La gauche Ruquier, cap au pire.

La façon dont, une fois de plus, Philippe Poutou, candidat ouvrier du NPA, a été traité samedi soir dans l'émission de Laurent Ruquier illustre à la fois la morgue de classe médiatico-parlementaire ainsi que la promotion, au moins en creux, du Front national par le consensus dominant.

Dans l'émission de samedi soir (), les masques sont tombés. Les visages défardés des factotums bien rétribués du capital que sont, certes parmi d'autres, Vanessa Burrgraf, Yann Moix et Laurent Ruquier, sont apparus pour ce qu'ils sont : des gens hors-sol qui brassent du vent et qui ne sont là où ils sont que pour asséner la doxa de ce que Marx appelait la loi d'airain du capital et défendre, dans une prétendue bonne humeur, leurs intérêts de classe.
Très vite, Vanessa Burrgraf s'étonne que Philippe Poutou propose, lui et à la différence des deux PS (Hamon ou Macron) ou de la France insoumise, un réel programme socialiste impliquant d'interdire les licenciements, de taxer les plus riches et de remettre à leur place les grands patrons, que le candidat du NPA n'hésite pas à qualifier de voleurs, en réponse à une question outrée de la présentatrice, ceci afin de combattre les inégalités criantes des sociétés capitalistes au nom d'un idéal d'égalité qui stipule, à tout le moins, qu'on puisse vivre de son travail salarié sans être obligé d'y perdre son temps et sa vie.
La façon condescendante dont le candidat est traité correspond, fou rire à propos des licenciements en moins, peu ou prou à celle avec laquelle il fut méprisé lors de son précédent passage sauf que là, la clique consensuelle du samedi soir n'a pas apprécié que Philippe Poutou, via quelques médias ou réseaux sociaux, s'exprime sur la morgue inouïe de ladite clique et fasse réagir, souvent de façon hostile et jusqu'au Figaro, nombre de commentateurs et d'internautes.
L'entretien, pour tendu qu'il soit, finit par faire tomber définitivement les masques d'un Ruquier qui passe son temps à se dire "de gauche" et de ses chroniqueurs qui, empêchant quasiment le candidat ouvrier de parler, dénoncent son "double visage", reprenant au passage, en ce centenaire de la Révolution d'Octobre, l'image un temps répandue et extrêmement réactionnaire du bolchevik au couteau entre les dents.
Il n'y a à cela au fond rien d'étonnant. Imaginons un instant que M. Poutou devienne Président, MM. Ruquier et Moix et Mme Burrgraf se verraient obligés de travailler comme tout le monde et de faire un métier utile à la société entière sous peine, sinon, de voir leurs salaires mirobolants fortement revus à la baisse. On comprend dès lors que ces gens n'aient que mépris et haine de classe à jeter à la figure d'un ouvrier de Ford à Blanquefort qui, au moins en creux, pointe leur travail quasi fictif et leur statut, certes médiatique, d'oisifs ou, pour le dire plus crûment, de parasites sociaux.
Bien plus grave est la suite car plus tard, dans l'émission, Florian Philippot , invité lui aussi, se voit traité de la même façon que son ennemi politique du NPA alors que la lèpre lepéniste est l'alpha et l'oméga de la politique parlementaire hexagonale (sur les migrant.e.s, sur les mineur.e.s isolé.e.s, ...). C'est l'aspect au fond le plus fâcheux de l'émission car faire passer MM. Philippot et Poutou pour d'équivalents fous dangereux à l'égard de ce que l'on appelle communément le système (l'anti-système en étant une variante), alors il est possible, pour toutes celles et tous ceux qui rêvent de renverser la table, de voter Front national dont le projet d'apartheid néo-pétainiste ne serait après tout que le pendant de droite de l'autre "extrême", du côté gauche.
C'est là le fond extrêmement inflammable du discours médiatico-parlementaire procapitaliste. Renvoyant dos à dos les "extrêmes" comme le faisait un vulgaire Manuel Valls, il légitime absolument le Front national et en est, une fois de plus, un des fourriers.
En cela, au-delà du discours de classe des médias dominants, ces derniers font, à diverses échelles, la promotion du néo-pétainisme. C'est une chose qu'il importe de dénoncer le plus vigoureusement possible. Il y a plusieurs autres voies et non une seule. L'une est effroyablement réactionnaire et potentiellement criminelle : celle du FN ; l'autre a pour souci l'émancipation de l'humanité entière : son nom ? Socialisme (authentique) ou communisme.
Il serait temps que le consensus médiatico-parlementaire tire les leçons du NON de 2005. À brouiller les pistes contre les "extrêmes", il fait cap au pire, comme disait Beckett.

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