L'ouvrier syndiqué CGT d'Aulnay mouche une représentante de l'aile droite de l'oligarchie... Et c'est bon !

Je suis tombé hier sur Le grand journal de Canal + que je trouve en général assez détestable car extrêmement dans l'air du temps. Il y avait là l'inénarrable Mme Morano mais face à elle se trouvait le camarade Jean-Pierre Mercier, militant LO et représentant CGT des ouvriers de l'usine d'Aulnay.

Comme à chaque fois qu'un ouvrier ou simple salarié fait face à l'un des clowns grimés du capitalo-parlementarisme, c'est le prolétariat qui mouche la bourgeoisie. C'est arrivé avec le facteur Besancenot en 2002 et 2007, c'est arrivé au Guilvinec avec ce pauvre Sarkozy peu après son élection et c'est arrivé, enfin, lors d'une émission pourtant sur mesure avec l'ancien président sur TF1, face à un syndicaliste brestois.

Pourquoi cela ? Parce que, sans aucun doute, la parole ouvrière et/ou populaire est arrimée au ras du réel des gens les plus humbles de ce pays, au ras de ce qu'ils vivent. C'est exactement ce qui s'entend dans les paroles de Jean-Pierre Mercier aujourd'hui comme dans celles de Charles Hoareau en 1995 ou dans celles de Piaget de LIP dans l'après-68. Et bien que LO ne prise pas particulièrement Jean-Paul Sartre, c'est bien à lui aussi que renvoie cet affrontement verbal entre un ouvrier d'Aulnay et une représentante des fondés de pouvoir du capital qui trustent l'Etat. Sartre sur son tonneau devant Billancourt disait que c'était aux intellectuels à apprendre des ouvriers ; c'est ce qu'illustre Jean-Pierre Mercier, après d'autres.

Le camarade Mercier est populiste diront nos élites autoproclamées inféodées à loi d'airain postmaastrichtienne. Populiste car il dit ce qui ne peut être entendu par les vendus au capital, qu'ils soient de droite ou "de gauche". Populiste car rebelle refusant de marcher dans les clous plantés par la nécessité capitaliste.

Tout à coup éclate une parole politique qui tranche. Qui dit l'évidence opiniâtrement gommée par nos capitalo-parlementaires et leurs larbins notamment médiatiques qui, eux, ne savent que ressasser le même vide en acier trempé post-thatchérien.

Face à une parole ouvrière en situation, nos bien nourris corrompus des lambris de la République ne savent donc plus quoi dire. Voilà la démocratie authentique qui leur explose à la figure : celle où un vaut un et où la parole d'un ouvrier vaut au moins autant que celle du ministre Montebourg, par exemple (sinon davantage). Nos parlementaires s'étaient habitués à choisir leurs adversaires en miroir, à savoir les représentants de la lèpre lepéniste (avec lesquels Mme Morano n'a aucun problème pour s'entendre) qui eux servent les puissants en faisant tout pour détourner les ouvriers de la lutte des classes. Du reste, M. Mercier n'est pas un adversaire mais bel et bien un ennemi du patronat et de ses laquais parlementaires. C'est en cela qu'il faut le saluer.

De ces affrontements, il y a une leçon à tirer : la classe ouvrière n'a pas besoin de représentants cravatés pour parler en son nom et nos hiérarques socialistes font bien d'aller montrer patte blanche au Medef. Les prolétaires font toujours trembler les puissants de papier !

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