Marc Tertre
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Mille communismes

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Billet de blog 5 mai 2022

Lutte des places et luttes des classes, il faut choisir

Pour le npa la réponse c'est dans la rue et dans les urnes. Pour d'autres "ce n'est pas la rue qui gouverne". Le socialisme par en bas et la gauche par en haut ont décidément du mal à se rencontrer. Un avis d'un de leurs militant que je partage totalement...

Marc Tertre
Education populaire (science et techniques), luttes diverses et variées (celles ci qui imposent de "commencer à penser contre soi même") et musiques bruitistes de toutes origines
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Contribution personnelle sur les législatives

Si les gens qui disaient voter Melenchon mais préférer Poutou se révoltaient contre l’accord avec le PS ? Mais au-delà de cet accord contre la stratégie à visée uniquement institutionnelle de la FI/UP ? Il y a un enjeu politique majeur qui dépasse les législatives et qui pose la question d’une alternative au capitalisme. Où sont passés les : « Plus jamais PS ! » et la cohérence qui l’accompagne ?

Là on passe d’une possibilité de recomposition politique à un coup électoral (même si ça va avoir des effets de clarification politique). 70 circonscriptions pour le parti « socialiste ». De fait un pas de plus à droite. Je n’avais pas de grandes illusions sur les directions des « grands » partis de gauche mais je ne pensais pas que ça passerait aussi bien auprès des militantEs. D’autant que dans les faits les négociations avec le PS ont droitisé la direction de la FI/UP au moins tactiquement à en voir l’attitude vis-à-vis du NPA (certes plus petit mais censé être plus proche que du PS) : on nous propose 5 circonscriptions ingagnables (au lieu de 13 avec 2/3 gagnables), tout cela après avoir à plusieurs reprises repoussés nos rencontres pour continuer celles avec le PS. Il ne s’agit pas de se plaindre mais juste de constater. Nous avons conscience des rapports de force et ne jouons pas aux faux-naïfs. On constate et on discute avec celles et ceux qui pensent que le vote Mélenchon permettait de faire barrage à l’extrême-droite à la présidentielle tout en nous disant être d’accords avec notre anticapitalisme.

La politique c’est de la tactique et des compromis, mais c’est aussi des principes sans lesquels il n’y a aucune légitimité pour un groupe politique qui cherche à défendre une ligne stratégique cohérente. Quand on se dit révolutionnaire, faire des alliances avec des réformistes de gauche est possible, c’est même nécessaire dans des périodes de recul comme celle que nous vivons. Le faire avec des capitalistes devient une compromission au moins symbolique (surtout symbolique disons-le car sur le fond rien ne vous enlève vos idées). Du moins je parle pour le NPA car nos objectifs ne sont pas les mêmes que ceux de la FI/UP. D’où l’urgence de discuter de ces objectifs (y compris chez les insoumis) afin d’éviter les désillusions.

Maintenant il reste à mesurer le poids réel du PS (mais 70 circonscriptions c’est beaucoup) et le niveau du séisme interne dans ce parti. Toute l’aile droite va partir ? Au niveau local, les barons vont faire campagne (on voit que parfois oui et que donc toute l’aile droite ne part pas) ? Qui seront leurs candidatEs ? Quid du programme « partagé » de moins en moins radical ? L’honnêteté nous pousse à dire que, si le PS symbolise cette droitisation, de part le mandat Hollande et l’histoire de la social-démocratie, des problèmes similaires peuvent se poser avec le PCF (après la campagne calamiteuse de Roussel à bien des égards, mais aussi avec les alliances locales faites un peu partout dans des cadres de type « gauche plurielle ») ou avec EELV pour les mêmes raisons (campagne droitière de Jadot, co-gestion des institutions locales). Mais disons qu’au moins avec ces organisations, nous nous retrouvons dans des mobilisations sociales et écologiques.

Continuons de discuter car il est important que cette discussion sorte des bureaux des négos et que les gens s’expriment publiquement et discutent à la base. Que voulons-nous : unité pour gagner avec n’importe qui ou unité pour un front social et politique, dans les urnes et la rue ? Plus froidement : le modèle c’est Jospin et la gauche plurielle, avec le record absolu de privatisations, ou c’est autre chose, un gouvernement anticapitaliste au sens où celui-ci rejette et le pouvoir économique de la bourgeoisie et son pouvoir politique ? Et si c’est la deuxième option qui prédomine, ce gouvernement peut-il être le fruit d’une seule coalition électorale ? Là encore pas de fausse naïveté : seul le NPA porte cette perspective dans les organisations qui négocient et nous ne la défendons pas comme objectif stratégiquepour l’attelage unitaire à la lumière des rapports de force. Mais c’est important de souligner nos différences pour comprendre les enjeux qui dépassent ces élections. Ces enjeux sont réels et importants pour le NPA, c’est-à-dire battre Macron, l’extrême-droite et construire les luttes, sinon nous ne discuterions pas. Néanmoins entre soutenir et participer, entre voter et construire, il y a un pas qui ne se fait pas si simplement que ça. L’union, si elle ne répond pas à toutes nos exigences, doit offrir une possibilité stratégique pour nous : pas du point de vue de la construction du NPA, mais du point de vue de la stratégie révolutionnaire. Or le chemin emprunté pour le moment ressemble bien plus à celui d’une gestion qu’à une rupture. Nous comprenons les espoirs suscités après 5 ans de macronisme, 5 ans avant de hollandisme, 5 ans avant de sarkozisme, etc., et nous partageons la crainte de l’extrême-droite, toutefois nous devons continuer à penser avec la tête froide. Discuter oui, faire des choses ensemble oui, mais jusqu’où ? Pense-t-on vraiment qu’un gouvernement tel que celui qui pourrait se faire avec la NUPES serait une rupture sociale, écologique, démocratique ? C’est un coup de frein (au moins politique) dans la poussée raciste du moment (et c’est central) mais on est loin de l’anticapitalisme.

C’est le rapport dialectique entre rue et élections, la volonté d’arracher des nouveaux droits par tous les moyens, qui doit nous unir. Nous ne croyons pas qu’il y a la politique dans les élections et le social dans la rue. Nous pensons que la politique doit être partout. Que les luttes sociales doivent construire leur propre expression politique. Que la politique doit être faite des couches sociales en lutte. Mais il faut aussi définir des objectifs politiques, des débouchés. Jean-Luc Mélenchon 1e ministre c’est un slogan qui permet de faire de la politique à l’échelle nationale. C’est sans doute le pire moyen de le faire car ça renforce la personnalisation et le présidentialisme, mais au moins ça nous sort des tractations locales et de la victoire de Macron. Ça créé un fait politique.Une fois dit cela, disons aussi que cette position politique est insuffisante y compris pour mettre en place le programme défendu puisque pour être 1e ministre il faut gagner et donc faire des accords qui tirent à droite... Mais surtout parce que cette visée institutionnelle oublie de rappeler qu’il est nécessaire pour imposer un programme même vaguement social que la population s’en empare, se mobilise et l’impose. C’est pourquoi nous pensons qu’il serait plus judicieux de direqu’ensemble on peut peser fort et bousculer le pouvoir en posant non pas la question de gagner un gouvernement (même si nous entendons que ce soit un objectif pour des réformistes, c’est même logique) mais celle de former une force de masse, implantée dans la société, dans notre classe sociale… ne pas mettre la charrue avant les bœufs et poser la question de quel type de gouvernement nous voulons et dans quel cadre ? Car poser la question du pouvoir c’est bien mais ça ne permet pas de rassembler toute la gauche : il faut trancher entre réforme et révolution.

Ces discussions - aussi utiles soient-elles car pour la première fois depuis longtemps on discute à gauche et ça sature la vie médiatique à la place de l’extrême-droite - ne se positionnent pas sur un terrain qui permet aux anticapitalistes de peser réellement. D’où ce « pas à droite » logique dans une optique de victoire électorale. CertainEs souligneront plutôt la finesse tactique de Mélenchon qui vassalise ses concurrents à gauche. C’est vrai aussi mais nous ne nous préoccupons pas vraiment de cela : ça reste un autre aspect détestable de la politique politicienne.

Le NPA ne veut pas imposer son programme révolutionnaire (il ne le peut pas d’ailleurs), mais il ne peut pas participer à quelque chose d’antagonique avec ce programme (rapport aux institutions, à l’état, au patronat, absence de référence aux luttes…). Non pas qu’il soit contradictoire de défendre des alliances avec des non-révolutionnaires, mais il faut un minimum de marge de manœuvre, une compréhension à une échelle de masse de l’utilité de ce que l’on fait (et là la symbolique a du sens), mais surtout il faut des choses auxquelles se raccrocher pour défendre sa politique (luttes, éventuels éluEs, etc.). Les discussions ne sont pas terminées même si elles prennent un chemin nous éloignant d’un accord. Nous sommes un peu suspendus à la décision finale du PS même si les désaccords sont sans doute plus profonds (les symboles mais pas que). Tout ce texte est personnel et ne présage de rien. Individuellement je distingue la participation à cette union et le besoin de battre l’extrême-droite et Macron. Affaire à suivre... le débat continue !

Alexandre Raguet 

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