Jacques Prévert; sur la Gréve à Citroen

Derniére nouvelle : je m'apperçoit que cet excellent moment a déja été publié sur un blog de Médiapart par mon camarade  Bob 92 Zinn qu'on connait surtout pour son suivi de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes Mais bon, l'urgence de la situation fait qu'il ne m'en voudra pas si je reposte le lien...

 

Présenté par Raymond Bussiére, l'acteur "prolo" par excellence (et pilier du groupe de théatre "octobre") la poésie faite par Jacques Prévert (le scénariste emblématique du Groupe octobre) Il faudrait dire quelque chose de cette troupe de "théatre prolétarien" qui s'en allait dans les cours d'usine et parmis les ouvriers en gréve mettre en scéne la société telle qu'elle ne va pas. http://www.ina.fr/video/I11068444

 

 

Extrait :

la porte des maisons closes C’est une petite lueur qui luit…
Mais sur Paris endormi, une grande lumière s’étale :
Une grande lumière grimpe sur la tour,
Une lumière toute crue.
C’est la lanterne du bordel capitaliste,
Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

Citroën ! Citroën !

C’est le nom d’un petit homme,
Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
Toujours la même.

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,
500 voitures, 600 voitures par jour.
Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

Bénéfices nets… Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville,
Le voilà à Cannes qui sort du Casino
Le voilà à Nice qui fait le beau
Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,
Beau temps aujourd’hui !
le voilà qui se promène qui prend l’air,

Il prend l’air des ouvriers,
il leur prend l’air, le temps, la vie
Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,
Ses poumons abîmés par le sable et les acides,
il lui refuse Une bouteille de lait.
Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre, Une bouteille de lait ?
Il n’est pas laitier…
Il est Citroën.

Il a son nom sur la tour,
il a des colonels sous ses ordres.
Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
Des journalistes mangent dans sa main.
Le préfet de police rampe sous son paillasson.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser,
pour que malgré tout Les bénéfices ne diminuent pas,
il suffit d’augmenter la cadence et de
Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,
Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
Pour faire la grève… La grève…

Vive la grève !

Jacques Prévert

Jacques Prévert sur Citroën (grève de 1933) © rikiai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ps : si j'ose dire : je remercie le camarade de lutte ouvriére qui a communiqué l'adresse (sur Dailymotion) de cette vidéo.

 

 

 

 

 

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