Fête de l’Humanité, PCF et communisme

L'édition présente s'appelle "Mille communismes" et il est donc attendu que diverses sensibilités s'y expriment. Ce qui, tous, nous relie dans cette édition semble être le mot "communisme" et pourtant, il y a dans l'histoire des courants communistes de réelles divergences voire des antagonismes.

Pour des milliers voire des millions de gens, hélas, le communisme, c'est l'Est et l'URSS encore après la mort de Lénine et c'est en France, la rue La Fayette puis la Place du Colonel Fabien. Je ne doute pas qu'il y ait dans cette histoire-là des gens sincères, chaleureux et vaillants mais je n'ai aucune estime pour la direction du Parti communiste français qui, hormis le combat contre la guerre du Rif dans les années 1920, a toujours fait les mauvais choix.

Le PCF a soutenu l'insoutenable ailleurs - Brejnev, Jaruzelski, l'invasion en Afghanistan pour les faits les plus récents... - et y a participé ici - le seuil de tolérance est une de ses inventions, les bulldozers contre les foyers de prolétaires venus d'Afrique vers les banlieues dont le PC tenait/tient les mairies -. Dans la désorientation générale de l'époque, dont Mélenchon n'est pas le moindre nom, il est bon de ne pas oublier cela. Comme il est bon de ne pas oublier Paul Nizan qu'Aragon traita de flic dans une première version des Communistes parce que l'auteur d'Aden Arabie n'avait pas supporté le pacte germano-soviétique et avait quitté le Parti. Comme il est bon de ne pas oublier Georges Guingouin que le PCF essaya, après-guerre, d'éliminer parce qu'il n'avait pas attendu les directives officielles pour prendre le maquis alors que Jacques Duclos, lui, pendant ce temps, négociait avec les nazis la publication au grand jour de L'Humanité.

A côté de cela, il y eut d'autres courants, notamment et surtout après Mai 1968. On oublie souvent, aussi, que le PCF avait une sainte haine de Mai 68. Du reste, si vous écoutez Debray, soutien du Front de Gauche, sur la période, rien n'a changé : Mai 68 n'est qu'une fausse révolte puisque une "contre-révolution" libérale-libertaire (voir ici un article de l'historien Xavier Vigna). Au passage, des dix millions de grévistes, des ouvriers aux côtés des étudiants ou l'inverse, il n'est même pas question. Ces courants post-68 qu'on appelle gauchistes à la suite de Marchais (avec le temps, ce terme péjoratif s'est presque retourné en son contraire : il valait mieux être gauchiste établi en usine qu'aller en vacances chez Brejnev ou Ceausescu) étaient/sont pourtant communistes et l'étaient/le sont vraiment. Ils restent les premiers à avoir considéré le prolétariat réel de ce pays (les maos de l'UCFML, par ex., parlaient de "prolétariat international de France") et à ne pas négliger la cause des femmes (MLF) ni celle des homosexuels (cf. le FAHR de Guy Hocquenghem). Le PCF n'était pas très en pointe, à tout le moins, sur ces questions. Pis, au tournant des années 1980, il avait endossé un discours clairement xénophobe (voir ici) qui en pratique donna des actions violentes comme par exemple l'assaut du foyer de Vitry sur Seine à coups de bulldozers.

Je sais bien que le PCF compta et compte de valeureux militants. Force est d'ailleurs de constater que ce n'est pas eux qu'on met en avant, pas plus que ses intellectuels de renom comme Georges Labica (mort en 2009) ou André Tosel, entre autres. Mais le Parti communiste français a une face sombre et il me semble que, dans une édition appelée "Mille communismes", il soit nécessaire d'en faire état pour découpler les mots communisme et PCF.

D'autant que j'ai volontairement fait l'impasse sur les compromissions du PCF avec le Parti socialiste et particulièrement, l'infâme Mitterrand.

Je souhaite donc par ces lignes ouvrir un débat et non chasser tel(le) ou tel(le). C'est l'absence de clarté et la dilution des divergences qui nous affaiblissent.

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