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Fragments antifascistes du XXe siècle

Au-delà de leurs différences, communistes, socialistes, démocrates et libertaires ont développé au cours du XXe siècle l'antifascisme comme politique commune face aux chemises brunes et/ou noires qui menaçaient l'Europe et le monde. Quels sont les visages de cet antifascisme? Quelles représentations peuvent en rendre compte? Exploration par des images d'archives.
  1. Trois miliciennes antifascistes posent en tenue de combat devant la caméra en 1936. Photographie de presse de l'Agence Meurisse, Paris, 1936. 13 x 18 cm. Suzanna Arbizu et Maëlle Maugendre expliquent à propos de ces miliciennes: "L’expérience des miliciennes espagnoles (et d’autres nationalités) sur le front pendant la guerre d’Espagne est un bon exemple de la possibilité pour les femmes d’avoir recours à la violence mais aussi de la permanence d’une reprise en main masculine et autoritaire. Ces images de miliciennes armées ont marqué les consciences car elles laissaient entendre une possible subversion des rôles traditionnels au sein de la société espagnole." Lire la suite, ici.

  2. Miliciens armés montrant le poing levé antifasciste en Espagne, 1936. Photographie de presse de l'Agence Meurisse, Paris, 1936. A noter la jeunesse des miliciens qui défilent, plusieurs d'entre eux semblent être des adolescents.

  3. Tournée de propagande communiste à Berlin, 1925. Photographie de presse de l'Agence Rol, Paris, 1925. Nous pouvons lire sur le camion: "Rache fur Karl und Rosa" soit "La vengeance pour Karl et Rosa" à propos de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg assassinés par des corps francs en janvier 1919 à Berlin lors de l'insurrection spartakiste. L'affiche accrochée sur la remorque indique "Kämpft gegen diese mit den kommunisten", soit "Lutte contre eux avec les communistes". "Eux" désigne le front commun de la bourgeoisie, des militaires, de l'extrême droite en uniforme, des catholiques, des policiers et des socialistes. A l'arrière de la remorque, un appel à un meeting: "Dimanche 18 janvier avant onze heure, rassemblement pour l’amnistie sur le Weberwiese". L'antifascisme communiste allemand s'articule notamment par cette pratique des tournées de propagande dans les rues où le drapeau rouge, les affiches et le journal sont les instruments par excellence pour contrer l'avancée du fascisme.

  4. Manifestation nazie devant le siège du KPD (Parti communiste allemand) en janvier 1933. Dans "Fascisme et grand capital" en 1936 (Paris, F. Maspero, 1965, p. 124-125), Daniel Guérin écrit au sujet de l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne : "Hitler, lorsqu'il est nommé par le président Hindenburg chancelier du Reich, comprend également qu'il serait malavisé de brûler les étapes. Les forces des partis ouvriers, de l'A.D.G.B. sont intactes. L'avènement brusqué d'une dictature pourrait pousser le prolétariat à la grève générale, à l'insurrection armée. Mieux vaut endormir l'adversaire en faisant semblant de respecter la Constitution. (...) Et, en même temps, il encourage, en sous-main, ses bandes à continuer la lutte sanglante contre le prolétariat: partout, les nazis s'attaquent à leurs adversaires, envahissent leurs locaux, sabotent leurs réunions publiques. A Berlin, ils guettent la nuit les ouvriers qui reviennent dans leurs quartiers, les assomment ou les assassinent. D'après les chiffres officiels, 51 antifascistes trouvent la mort dans des bagarres politiques du 30 janvier au 5 mars." Source: photographie de presse produite par Robert Sennecke Internationaler Illustrations Verlag (agence photographique) et diffusée par l'Agence Mondial, Paris, janvier 1933, dimensions 13 x 18cm.

  5. Autre cliché de la même manifestation nazie de janvier 1933 devant le siège du KPD. Sur l'immeuble des communistes allemands, on lit "In ihrem geist Vorwärts im kampf" soit "Dans son esprit, en avant dans la lutte"; puis "Gegen kriegsgefahr faschismus hunger und frost, für arbeit, brot u. freiheit " soit "Contre le danger de la guerre, du fascisme, de la faim et du gel, pour le travail, le pain et la liberté". Sur la moitié droite d'immeuble, nous pouvons lire le slogan suivant: "Im zeichen des leninismus wählt rote betriebsräte stärkt die revolutionäre gewerkschafts-opposition" soit "Sous le signe du léninisme choisis les comités d'entreprise rouge et renforce l'union de l'opposition révolutionnaire". Au milieu, les portraits de Lénine, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Source: photographie de presse produite par Robert Sennecke Internationaler Illustrations Verlag (agence photographique) et diffusée par l'Agence Mondial, Paris, janvier 1933, dimensions 13 x 18cm.

  6. L'antifascisme en cravate et nœud papillon: les élites savantes s'engagent contre le fascisme. De gauche à droite: Carl Vetter, Albert Einstein et Paul Langevin lors d'un meeting antifasciste à Berlin en 1923. Photographie de presse de l'agence Rol, Paris, 1923, dimensions 13 x 18cm. Pacifiste dès 1914, Albert Einstein a déjà reçu le prix Nobel de physique en 1921 lorsqu'il participe à ce meeting. Paul Langevin sera plus tard dans les années 1930 un compagnon de route du PCF, avant d'y adhérer en 1944. Dreyfusard, humaniste et pacifiste, partisan de la Société des nations après la guerre, il est à l'origine de la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes en 1934.

  7. Nazim Hikmet, poète internationaliste d'origine turque, photographié en 1952 par Horst Sturm, vraisemblablement à son arrivée en RDA depuis l'Union soviétique (l'avion en arrière plan porte l'acronyme soviétique "CCCP" pour URSS). Nazim Hikmet écrivait le 25 décembre 1937 dans son poème en hommage aux antifascistes espagnols intitulé "Il neige dans la nuit": "Il neige dans la nuit./Tu es à la porte de Madrid./Tu as toute une armée devant toi./Une armée qui tue ce qu nous avons de plus beau, l'espoir, la nostalgie, la liberté et les enfants./Il neige dans la nuit." Source: Wikimedia Commons.

  8. Une affiche de propagande devenue mythique au sein des gauches depuis la Libération, montrant comment la victoire de la Résistance a transformé cette affiche antisémite, anticommuniste et nationaliste des collaborateurs avec l'occupant nazi en France en document de gloire des martyrs antifascistes. Les Résistants communistes de cette affiche appartiennent au réseau clandestin des francs-tireurs partisans (FTP) - main d'oeuvre immigrée (MOI). Les FTP-MOI sont une organisation du Parti communiste pour organiser les Résistants parmi les immigrés. Le chef de ce groupe était Missak Manouchian. Contrairement à ce que l'on pourrait croire avec notre regard d'aujourd'hui, ces Résistants ne se considéraient pas comme "Juif hongrois" (pour prendre l'exemple de Thomas Elek) mais avant tout comme des militants antifascistes, communistes et internationalistes.

  9. Portrait de Marek Edelman (1919-2009) en 1944. Edelman fut l'un des dirigeants de l'insurrection du ghetto de Varsovie en 1944. Sa biographie Wikipédia indique: "Ses parents meurent quand il est enfant. Il est élevé par des amis de ses parents. Mauvais élève, non religieux, il se politise très vite et pratique le coup de poing dans la rue contre les groupuscules fascistes. « Juif non religieux dans un paysage antijuif » comme il se définit à la fin de sa vie cette période. Il est membre du Bund (Union générale des travailleurs juifs), mouvement socialiste juif, dont sa mère était militante comme la famille qui l'a recueilli. Le Bund milite alors pour la lutte des classes, l'émancipation des ouvriers juifs et l'autonomie culturelle juive."

  10. Affiche de Mai 68 du comité d'action Unef de la fac de Médecine, Paris.

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