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Le Club de Mediapart ven. 26 août 2016 26/8/2016 Dernière édition

Tous ensemble : laïcité, travaux pratiques

 Ce billet constitue une réflexion élaborée a partir de ma participation a une initiative organisée par les CEMEA (centre méthodes actives d’éducation) un des principaux acteur du secteur de l’éducation populaire qui proposait une demi journée de formation et de débats  à l’ensemble de son « réseau » (regroupant individu en cours de formation et « extérieurs » en relation plus ou moins étroite avec les CEMEA, en tout plus de 70 personnes)  autour de la question de la laïcité.

 

Ce billet constitue une réflexion élaborée a partir de ma participation a une initiative organisée par les CEMEA (centre méthodes actives d’éducation) un des principaux acteur du secteur de l’éducation populaire qui proposait une demi journée de formation et de débats  à l’ensemble de son « réseau » (regroupant individu en cours de formation et « extérieurs » en relation plus ou moins étroite avec les CEMEA, en tout plus de 70 personnes)  autour de la question de la laïcité.

Cette initiative était organisé par les stagiaires en formation selon le principe de l’éducation de « faire du formé l’acteur de sa formation ». Il y avait des éléments d’histoires éclairant cette notion si typiquement « française » (puisque très peu d’autres pays pratiquent « la laïcité » comme on le conçoit en France) et des rappels importants sur des dimensions oubliées de cette problématique. Cependant  La dimension la plus intéressante de cette initiative était de ramener cette question a une question de pratiques et de dispositifs (puisque pour paraphraser un dicton cher à l’éducation nouvelle : « le tous ensemble ça s’aménage ») plus que d’un discours très théorique sur des « valeurs ».laicite-positive.jpg

L’exposé liminaire était proposé et animé par Guy Millerioux, un des cadres du CEMEA ancien responsable de sa structure de formation et de sa fédération d’ile de France Il posait d’abord une définition de la laïcité comme conditions déterminante d’un vivre ensemble durable et un enjeu considérable de la démocratie. Il rappelait ensuite que les religions ne constituaient pas à elles seules l’espace d’application de la laïcité, puisque toutes les croyances sont concernées, tout autant les croyances politiques, philosophiques que les aspects strictement religieux. L’histoire de la laïcité était évoqué, depuis les origines pendant la révolution Française jusqu'à la proclamation de 1905.La  constitution d’un espace religieux autour de l’islam était ensuite décrit, et des réactions de rejet qu’ils ont suscité. Il replaçait l’ensemble de ces pratiques dans le contexte d’une affirmation identitaire.

Un échange sur des pratiques était ensuite organisé, avec un travail en petits groupes. La discussion était centrée sur les pratiques, et laissait apparaitre la grande diversité de la situation, et, partant, la grande difficulté du « consensus » à obtenir. Un des aspects qui m’a semblé le plus riche découlait du fait que si l’immense majorité des intervenants réalisait des taches éducative dans le contexte d’une association ou d’une institution laïque, un petit nombre d’intervenant avait une expérience pratique éducative dans des institutions religieuse (très majoritairement catholiques).

 Un des paradoxes de la description  des pratiques et du ressenti de la part des professionnels qu’elle entrainait, c’est que la laïcité était plus problématique dans des institutions dont c’était une des bases constitutives que dans des institutions aux valeurs clairement établies, mais qui laissaient participer des populations venues d’autres traditions ou d’autres croyances (ce qui est de toute façon une obligation légale pour une série d’institution, par exemple les écoles privées sous contrat peuvent avoir un engagement religieux, mais doivent accueillir des élèves de toutes confessions. Il ya également une vraie difficulté pour certains éducateur qui craignent d’être « pris en otage » par leur public dans un jeu d’appartenance difficile à résoudre seul Il a cependant été assez souvent rappelé que les associations d’éducations populaires ne se situaient pas spécialement « en dehors » de la société, contrairement à l’école, ou la notion de « sanctuaire scolaire » continue de faire des ravages.

 On se souvient que bien avant que « la guerre du voile » ne déchire les passions, c’était Jean  Zay qui fixait des règles impératives pour l’école qui interdisait non pas l’expression des opinions religieuses (puisque cette « liberté d’expression » a été explicitement reconnue dans la loi « laïque » de 1905) mais qu’elle interdisait tout prosélytisme religieux ou politique. « Les circulaires de Jean Zay de 1936 et 1937 insistent d’ailleurs sur la notion de « propagande » politique ou religieuse, en la mettant constamment en relation avec « l’ordre public » et « la paix à l’intérieur des établissements d’enseignement ». La manifestation des opinions est d’ailleurs traitée de manière plus spécifique, sous le nom de liberté de communication, dans l’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».Il existe une Charte de la laïcité dans les services publics. »*

Un autre aspect important des situations éducatives qui ont été décrites découlait presque entièrement du fait que puisque justement l’institution éducative dans laquelle nous intervenions n’était pas un « sanctuaire », nous avions également une troisième partie à régler, celle de l’extérieur. Et cette situation revient, dans la pratique, à être confronté a des problèmes de groupes ou de communautés, et ce d’autant plus quand les pratiques religieuse sont considérées à la fois comme « minoritaires » et « dangereuses » Le danger du communautarisme, danger à la fois réel et phantasme, revient sans cesse dans les discours et proclamation des politiques, laissant les médiateurs de terrain gérer ces relations difficiles. « Le mot « communauté » est employé couramment, mais avec des significations différentes, servant souvent à désigner de manière négative certains groupes. D’un point de vue sociologique, la communauté est un groupe particulièrement intégré par son mode de vie, ses références identitaires, son organisation tant économique et sociale que politique. Il faut distinguer les communautés territoriales et les communautés transversales. Les premières sont celles qui sont plus ou moins rattachées à un territoire, même si leurs membres ont quitté ce territoire d’origine en raison de l’immigration ou de la mobilité. Les communautés transversales sont celles qui divisent la population nationale pour se regrouper sur des bases affinitaires quelles soient d’ordre religieux, philosophique, politique, culturelle, sexuelle ... Ce terme est aussi utilisé dans le cadre sociétal. Par exemple, la « communauté scolaire » désigne celles et ceux qui appartiennent de fait au collectif que représente l’institution scolaire. Le « travail social communautaire » est aujourd’hui revendiqué par les professionnels sociaux agissant notamment en terrains difficiles afin de créer les conditions d’une responsabilité partagée sur un territoire donné entre les différents acteurs incluant les personnes bénéficiaires. »*

Les considérations contradictoires de la laïcité « à la française » font apparaitre la nécessité de compromis négociables à partir d’une situation précise, dont les caractéristiques ne sont pas invariables. Les « accommodements raisonnables »  est l’expression consacrée par nos voisins québécois à cette exigence de compromis. L’accommodement raisonnable est une expression qui traite de la tentative des sociétés laïques de s'accommoder des exigences des différentes minorités religieuses au sein de la société civile. C'est une expression d'origine québécoise mais qui s'étend à d'autres pays francophones confrontés au même phénomène.  Au sens juridique, l’accommodement raisonnable est une conséquence du droit à l’égalité et à la protection contre la discrimination. C’est une mesure corrective qui vise à assurer qu’une personne puisse avoir accès aux mêmes emplois, établissements ou services que les autres, peu importe ses caractéristiques personnelles : âge, handicap, religion, langue, etc. Fait à souligner, l’accommodement raisonnable est fait en faveur d’un ou de plusieurs individus précis et non d’un groupe. En effet, il arrive qu’une règle apparemment neutre crée indirectement des effets discriminatoires. Ce serait le cas, par exemple, si la cafétéria d’une entreprise décidait de mettre au menu, un mercredi sur deux, un seul plat : du bon ragoût de pattes de cochon. Puisque, parmi les employés, David, Leila, Jean et Mohamed ne mangent pas de porc pour des raisons religieuses, cette mesure aurait pour effet de les priver du service de cafétéria offert aux autres employés. (C’est sans compter les protestations des végétariens, mais le végétarisme n’est pas un motif de discrimination protégé par les Chartes). Lorsqu’une caractéristique propre à une personne l’empêche d’avoir accès aux mêmes avantages que la majorité, le principe de l’accommodement raisonnable veut que l’on corrige le tir en accommodant la personne, afin de lui permettre de ne pas être exclue. L’accommodement raisonnable crée donc une norme différente pour une personne sans pour autant pénaliser le reste du groupe.  Et puisqu’il doit être « raisonnable », il ne doit pas pénaliser outre mesure le fonctionnement de l’entreprise, de l’association ou du service public dans lequel il s’exerce. 

Cette notion a été récemment combattue avec force par un courant qui défendait l’opinion que tout accommodement était par nature impossible (et donc « pas raisonnable »)  dans une version canadienne de remise en cause du modèle communautariste si présent dans le monde anglo saxon.

Un débat s’est également ouvert  sur la tension entre une vision « républicaine » dont l’alpha et oméga est l’égalité des doits, et une version communautariste (au sens anglo saxon du terme) ou les communautés d’appartenance et d’origine bénéficient de droits spécifiques.  Face à ça, la représentation française de l’égalité des droits doit être rappelée et réaffirmée. Mais pour qu’elle le soit avec une petite chance de convaincre, encore faut il lutter de façon proactive contre toutes les discriminations, tout les racismes, toutes les injustices visant plus spécifiquement tel ou tel groupe.

 

La conclusion de ces discussions  fait donc appel a l’évocation d’un destin commun, de valeurs partagées au de la des prises de positions idéologiques des un et des autres. Comme elle dépend aussi de l’effort particulier de celui ou celle qui est en position d’effectuer une action éducative qui soit au cœur du fonctionnement démocratique de notre société

*Les citations entre parenthése et suivie d’une étoile renvoient a l’excellent site web fait par les CEMEA, les franca et la ligue de l’enseignement sur l’espace législatif et les différentes réponses à apporter en matiére de laicité. La partie « législative » en particulier est très bien faite  http://www.laicite-educateurs.org

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Attention : Les « accommodements raisonnables » tel que développés au Canada et en Grande Bretagne sont fort critiqués par ceux qui les ont vécu.

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L'auteur

Marc Tertre

Education populaire (science et techniques), luttes diverses et variées (celles ci qui imposent de "commencer à penser contre soi même") et musiques bruitistes de toutes origines
Ma ville : Partout où ça manifeste - Mon pays : La Terre

L'édition

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Mille communismes

À propos de l'édition

"La révolte seule [...] est créatrice de lumière" nous dit André Breton à la fin d'Arcane 17. C'est dire combien aujourd'hui manque singulièrement de clarté. Notre époque manque gravement

de politique, quelles qu'en soient les voies. Pis, en pensant à Marx qui écrivait à Ruge : « Nous serons les premiers à entrer vivants dans la vie nouvelle », nous pouvons mesurer la régression intellectuelle et politique dans laquelle nous ont plongés trente années où la Réaction a relevé la tête.

Il n'y a pourtant pas de fatalité politique comme de fatalité tout court. Comme en 1968, avec une politique de la peur articulée sur des lois liberticides, la Réaction espère reconstituer "la majorité silencieuse", apeurée, sérialisée et soumise. Sa forme actuelle - le sarkozysme - se réclame de l'opinion, mais celle-ci ne signifie plus rien pour peu qu'il y ait de la politique (émancipatrice) et/ou de la pensée créatrice (absolument moderne).  Pour le dire autrement, nous pensons que l'état de minorité numérique importe peu, et que des minorités résolues, parlantes et agissantes peuvent changer le cours des choses. 

On parle à nouveau de révolution. 

Les peuples arabes s'insurgent ; nous avons des raisons de nous réjouir après tant de défaites. 

Pour tenir et passer à l'offensive créatrice, il faut, il faudra compter avec toutes celles et tous ceux qui portent, d'une manière ou d'une autre, l'idée communiste, avec toutes celles et tous ceux qui, dans leurs luttes et leurs inventions, font surgir et exister des gisements de communisme. Il y a une pensée du communisme, depuis fort longtemps, et, aujourd'hui, cette pensée prend mille formes. 

Imaginer les voies (politiques, mais pas seulement) de l'idée communiste pour notre temps, qui semble s'ouvrir sur les valeureuses révoltes et révolutions arabes, tel est l'objet de cette édition. Mille communismes, qui aurait tout aussi bien pu s'appeler Editions des archaïques rêveurs inadaptés inadaptables... Mais combatifs !