À propos de "La Marseillaise" chantée par la France insoumise

Si, incontestablement, l'hymne national de la République française a une origine révolutionnaire, force est de constater qu'il est depuis longtemps souillé par des épisodes peu glorieux ou carrément infâme de l'Histoire de la France. Nul ne chante innocemment, pourrait-on dire en plagiant partiellement Saint-Just.

Une chanson a son histoire. Elle ne peut être décontextualisée ni exempte d'un trajet, d'une éventuelle récupération. Que "La Marseillaise" ait été un hymne révolutionnaire ne fait pas de doute, que, même, elle ait été chantée le 11 novembre 1940 peut encore se comprendre. Mais enfin : elle est devenue un chant colonial ensanglanté tout comme le drapeau français tricolore qui, par ailleurs, a été choisi en 1848 contre le drapeau rouge ("rouge du sang de l'ouvrier", dit une chanson de La Commune) et qui était brandi dans les massacres de masse des indigènes. Comment peut-on accepter d'avoir en partage avec les pires réactionnaires l'hymne national, hymne qui a valu à un jeune homme qui ne le chantait pas d'être tabassé dans un meeting de Fillon.
Pour la petite histoire, j'ai fait un séjour "officiel" - via l'association France-RDA - en Allemagne de l'Est un peu avant la désintégration du bloc soviétique. C'était à l'été 1989. Il y avait là plein de JC et nous étions une sorte de délégation officielle du bicentenaire de la Révolution reçue par le maire de Berlin-Est. En sortant de la mairie, les jeunes gens des JC, enthousiastes, ont entonné "L'Internationale" en traversant la ville. J'étais mal. C'était finalement, dans ce contexte, un hymne au social-impérialisme, au Mur, à la Stasi et à la punition sans fin de l'Allemagne. J'ai donc refusé de chanter. Les regards des Berlinois autour de nous me faisaient honte. 
Tout chant a un contexte. Le nier, c'est adhérer aux fariboles sur le récit national. 

Talbot Grèves ouvrières © Ina Société

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.