Crétinisme parlementaire

On peut dire ce qu'on veut, que Hollande - et Hamon ! - appellent à voter, en cas de second tour UMP-FN dimanche prochain, pour le parti de Sarkozy est une erreur stratégique, une bêtise politique et une honte pour la pensée.

Comme me le faisait remarquer un ami, nos politiques se réfugient désormais derrière l'adjectif "républicain(e)" lorsqu'ils veulent justifier une ignominie politique, une point de vue et/ou une décision réactionnaires. Le nom République et ses dérivés sont le nom de cela.

Par exemple, le gaulliste ultra-droitier Dupont-Aignan, au diapason du F"N" sur la question des étrangers notamment, se démarquera des brigands lepénistes en appelant à une maîtrise républicaine des frontières ou à des reconduites à la frontières selon les principes de la République.

On est loin de la République de Robespierre et de Saint Just, celle qui veillait à l'Egalité et à l'accès à la citoyenneté pour "les Juifs et les comédiens" mais le parlementarisme fait comme si République était un mot magique devant lequel seuls les gauchistes et/ou les communistes refusent, par sectarisme, de s'aligner. Pourtant, LA République n'existe pas. La Sociale a été écrasée en juin 1848 et, depuis, la République est le nom d'un compromis plus ou moins indigne avec les royalistes par exemple (cf. Mac Mahon) et d'une homogénéité, pour la fameuse IIIème qui fait tant baver nos néo-cons hexagonaux, au colonialisme.

Dans un tel contexte, parler de "Front républicain" est au mieux inepte et au pire abject. Pis, appeler à un "Front républicain" avec l'UM"P" de la part du P"S" est la preuve d'un profond crétinisme parlementaire dans ce parti. Enfin, parler comme Hollande et / ou Hamon revient à nier toute vérité politique au sein du parlementarisme.

Dire qu'il faut choisir l'UMP contre le FN dans les circonscriptions où ces deux partis se font face revient à s'asseoir sur les méfaits du sarkozysme et à relancer celui-ci et en particulier son chef malfaisant de l'Elysée.

La force du FN, c'est le legs de Sarkozy. De quoi Sarkozy a-t-il été capable ? De donner à l'extrême droite hexagonale une force électorale qu'elle n'avait jamais connu par le passé. De ce point de vue-là, la mine contrite de Guéant dimanche soir fut pathétique en plus de ridicule. Elle devrait toutefois amener le P"S" à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler.

S'agissant des étrangers, la politique de la France est sur le sentier balisé par le F"N". "La France, on l'aime ou on la quitte", a repris Foutriquet II. Le Président indigne parle de "racailles", de "kärcher". Hortefeux tient des propos de bistrot xénophobes qu'il accompagne parfois, en compagnie de Copé notamment, de rires gras franchouillards. L'Ecole est détruite, n'intéressant la Sarkozye que du point des gains de productivité que l'Etat, qui arrose la grande bourgeoisie, peut en tirer. Les ouvriers servent de faire-valoir au visites démagogiques de Sarkozy dans les usines...

Est-ce si différent du F"N" ? Quoi, estampillée "républicaine", une expulsion est "démocratique" et donc justifiée ? Le discours de Grenoble, oublié ?

Laissons un peu les gargarismes autour de la République et examinons les faits.

Ce pouvoir est le plus droitier, le plus réactionnaire, le plus raciste et le plus liberticide depuis Vichy et la Guerre d'Algérie. Il désigne des ennemis, en général étrangers (musulmans, principalement, et souvent étrangers ou d'origine étrangère et, surtout, pauvres et vivant dans des cités populaires). Il n'a plus du tout le sens d'une égalité minimale, assumant d'être fort avec le faible ou le prolétaire et doux avec les riches et les oisifs.

C'est là-dessus que Hamon et Hollande s'assoient. Leur position est honteuse.

A l'UMP de se débrouiller toute seule.

Ni Sarkozy, ni Le Pen. Tous deux sont lepénistes.

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