驴友
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Mille communismes

Suivi par 149 abonnés

Billet de blog 29 janv. 2014

驴友
Abonné·e de Mediapart

Riposter aux diviseurs funestes de l'humanité

Depuis des semaines, peut-être des mois, les diviseurs réactionnaires de l'humanité sont à l'oeuvre. Ils agissent même sur Mediapart en se drapant parfois du drapeau de nobles causes - comme l'antisionisme ou l'égalité hommes/femmes - pour déverser, de front ou en biais, leur haine, islamophobe ou antisémite.

驴友
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis des semaines, peut-être des mois, les diviseurs réactionnaires de l'humanité sont à l'oeuvre. Ils agissent même sur Mediapart en se drapant parfois du drapeau de nobles causes - comme l'antisionisme ou l'égalité hommes/femmes - pour déverser, de front ou en biais, leur haine, islamophobe ou antisémite.

L'histoire, relatée par Libé il y a quelques jours (ici), d'un antisémite du parti fasciste hongrois Jobbik découvrant ses origines juives pour devenir loubavitch en dit long sur le point commun entre les antisémites et les sionistes, à savoir leur conviction - jalouse dans un cas, fière dans l'autre - que "les Juifs" sont séparés du reste de l'humanité. Ce point est au carrefour du délire antisémite et de la justification du sionisme. Le militant de Jobbik, perclus comme Soral de jalouissance antisémite, s'est tourné vers une aile sectaire du judaïsme après avoir découvert sa propre judéïté car sa haine et son complexe d'infériorité se sont mués en une fierté "d'en être" et en un complexe de supériorité. La trajectoire de ce militant d'extrême droite n'étonnera donc que les naïfs : dans les deux cas, il a certes changé de position par rapport à "l'être juif" mais guère de conviction. Il reste persuadé, sans aucun doute, qu'il existe une race juive. Il reste en cela au carrefour de funestes théoriciens comme Soury ou Edouard Drumont d'un côté et Jabotinski ou Meir Kahane, fondateur de la LDJ de l'autre.

Ce sont des gens comme ce transfuge de Jobbik qui ont défilé dimanche. Des gens qui, comme disait Albert Cohen, s'aiment de détester ensemble bien que cela crée - heureusement, peut-on dire pour des raisons tactiques - des conflits internes à cette nébuleuse entre d'un côté ceux qui détestent surtout les musulmans et les musulmanes comme Renaud Camus, l'ami de MM. Finkielkraut et Zemmour, et de l'autre, ceux qui, comme Alain Soral, du mouvement d'extrême-droite Egalité et réconciliation, réactivent ou tentent de réactiver le vieil antisémitisme d'antan, honteux depuis 1945.

Le discours de Renaud Camus consiste à dire que la France est menacée d'un "grand remplacement" de population passant d'un pays blanc et catholique à un pays basané et musulman tandis que Soral et Dieudonné soutiennent que la France et l'Etat d'Israël, c'est pareil puisque, par derrière, les Juifs sont à la manoeuvre, comme au bon temps du judéo-bolchevisme.

20000 personnes derrière ces furieux, c'est glaçant. D'autant que le FN, plus parlementarisé et en quête de respectabilité, n'appelait pas à cette manif (du moins, pas officiellement). D'autant aussi que si les haines de ces groupes divers ont des "priorités" divergentes, on peut hélas penser qu'il y aura bientôt une structure ou quelqu'un pour les rassembler vu que, par exemple, Soral n'a pas spécialement de sympathie pour les gens d'ici venus de pays musulmans.

Il y avait sans doute bien longtemps que sur le pavé parisien de tels slogans haineux et antisémites n'avaient pas été beuglés par autant de monde et il y avait longtemps aussi que la droite dite républicaine n'avait pas été, à tout le moins, aussi timorée sur ces manifestations, certains membres éminents de l'UMP allant jusqu'à "comprendre" ce défilé que Vingtras, à juste titre (ici), rapproche de la manifestations des ligues de février 1934.

Que se passe-t-il donc pour que nous soyons si nombreux à être inquiets et à constater que ça déraille ?

Plusieurs choses, évidemment, dont la plus visible immédiatement : un retour en force du discours racial et essentialiste. Je le constate aussi parmi mes élèves. Cela peut se dire sur le ton de la blague mais c'est un univers mental reconstitué. Les Noirs sont comme ceci, les Arabes comme cela et Les Juifs, je ne vous dis pas.

Un deuxième aspect, qui explique au moins en partie le premier, est la faillite complète de l'idéal politique de l'émancipation. Ce qui s'appelle la gauche - et singulièrement le Parti socialiste - a une responsabilité écrasante sur ce point. Elle a désespéré les ouvriers quand elle ne les a pas carrément traités en ennemis ainsi que le montre tout récemment le pas de deux avorté entre Hollande et Peter Hartz, l'homme qui a fait exploser la pauvreté en Allemagne.

La désespérance sociale n'est pas nécessairement la cause du racisme mais l'effondrement d'un discours de classe laisse de toute évidence le champ libre à un autre discours, haineux voire fasciste, qui peut prospérer sur les ruines d'un discours progressiste. Les racistes et les fascistes, de ce point de vue, ne sont pas nécessairement des "progressistes retournés" ; ils se relèvent sur une extinction discursive. A tel point que l'on constate avec horreur qu'en ces années 2010, la manifestation d'extrême droite fasciste est le pendant de celles, rouge écarlate, de l'immédiat après-68.

Manque donc un idéal, un idéal qui rendrait au peuple des cités une fierté ouvrière et prolétarienne. Pasolini nous sera sans doute d'une grande aide contre l'extrême droite qui s'engouffre avec succès dans l'affaissement terrible de l'idéal communiste, affaissement qui rend possible la pénétration des "valeurs" bourgeoises dans toute la société. Les mots "ouvriers" et "patrons" nous manquent.

Mais il y a urgence. 20000 personnes qui hurlent "Juif, Juif, la France n'est pas à toi !" dans les rues de Paris et l'UMP infichue de condamner, voilà qui est grave et inquiétant. D'autant qu'il ne faut pas se faire d'illusions : si rien n'est opposé à cela, il n'y a aucune raison pour que ce mouvement s'effondre tout seul, bien au contraire. L'histoire ne nous apprend rien et seuls les naïfs peuvent s'imaginer que les crimes du passé font réfléchir. C'est maintenant qu'il faut agir. Non par la mémoire, vaine et contingente, mais par la politique. Communiste.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Services publics
RER B : voyage sur la ligne qui déraille
Le RER B est la deuxième ligne de train la plus chargée d’Europe, et pourtant elle souffre de nombreuses tares : quatre terminus, un tunnel partagé avec le RER D et, surtout, un sous-investissement chronique de la part de la région et de l’État. Les usagers souffrent, les conducteurs aussi.
par Khedidja Zerouali
Journal — Migrations
Étrangers sous OQTF : la justice recadre la préfecture de Seine-Maritime
Le tribunal administratif de Rouen vient de débouter la préfecture qui demandait aux gestionnaires de centres d’hébergement d’urgence d’exclure de leur dispositif « insertion » les étrangers en situation irrégulière faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire exécutoire. Une décision qui vient contredire les circulaires et les récents engagements du ministère de l’intérieur.
par Manuel Sanson
Journal
La précarité étudiante s’enracine et le gouvernement répond à côté
Le gouvernement vient de débloquer 10 millions d’euros pour soutenir les associations qui agissent en faveur des étudiants précaires. Seulement, les principaux acteurs considèrent que la réponse est insuffisante et attendent des mesures structurelles pour endiguer la pauvreté des étudiants.
par Faïza Zerouala
Journal — Europe
À Mykolaïv, les morts hantent civils et militaires
La ville de Mykolaïv subit depuis des mois le manque d’eau potable et les coupures d’électricité. La région a été bombardée sans relâche par l’armée russe jusqu’à la mi-novembre 2022 et plus de la moitié des habitants a quitté les lieux. Civils et militaires restés sur place racontent leur « cauchemar ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Des chênes (français) pour la Chine
Fric-frac dans les forêts françaises. Voler du bois n’est pas une mince affaire. Et pourtant, dans les Pyrénées, en Moselle, en Vendée, dans le Nord, le brigandage se multiplie. A l’heure des drones, GPS et autres trackers… (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet d’édition
Reboiser les forêts brûlées est favorisé par une niche fiscale
Si l'investissement forestier offre des possibilités de rendement limitées, il constitue en revanche une niche fiscale qui permet de réduire le montant de son impôt sur le revenu. L'investissement forestier réalisé par une personne domiciliée en France lui permet de bénéficier d'un avantage fiscal, que ce soit au titre de l'impôt sur le revenu ou de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière).
par Patrick Cahez
Billet de blog
Vidéo - le gouvernement empêche les débats sur les forêts publiques par 49-3
Il y a un mois, nous avons publié ici une tribune signée par plus de 40 parlementaires, demandant un débat sur l’avenir de l'Office National des Forêts dans la loi de finances avant le 49-3 du gouvernement. Devinez quoi : les débats devaient avoir lieu le 2 novembre à 17h05. Le 49-3 a été activé le 2 novembre à 17h00. Mais tout n'est pas perdu : la suite se joue au Sénat dès mercredi.
par Pour des forêts vivantes
Billet de blog
Incendie de forêt : les causes ne sont pas que climatiques
[Rediffusion] Les forêts du Sud en particulier demandent beaucoup d'attention pour ne pas prendre feu. Coupe feu, garde-forestiers, défrichages, surveillances, pompiers de proximité, les moyens sont-ils encore là ou ces incendies sont-ils causés par l'impéritie des pouvoirs publics ?
par lecteurfid