Définitions et propositions

C’est la norme qui, en creux, dessine la minorité. L’ordre majoritaire s’impose comme normal ; en retour, il minore ce qui n’est pas conforme, ce qui ne se conforme pas à la norme. Pour autant, la minorité n’est pas forcément une réalité statistique : elle résulte d’un rapport de pouvoir. Aussi les femmes, démographiquement majoritaires, peuvent-elles s’inscrire, politiquement, dans une logique minoritaire. L’essentiel, c’est l’écart à la norme, en l’occurrence, à la norme de genre.

C’est la norme qui, en creux, dessine la minorité. L’ordre majoritaire s’impose comme normal ; en retour, il minore ce qui n’est pas conforme, ce qui ne se conforme pas à la norme. Pour autant, la minorité n’est pas forcément une réalité statistique : elle résulte d’un rapport de pouvoir. Aussi les femmes, démographiquement majoritaires, peuvent-elles s’inscrire, politiquement, dans une logique minoritaire. L’essentiel, c’est l’écart à la norme, en l’occurrence, à la norme de genre.

L’évidence de la norme s’impose tout naturellement : elle va de soi. La figure de cette évidence, c’est d’ordinaire la tautologie : un homme est un homme, une femme est une femme. Ce qui est vrai pour la différence des sexes l’est également pour toutes les différences naturalisées, qu’il s’agisse de l’orientation sexuelle ou de la couleur de peau. La logique minoritaire nous aide à en prendre conscience, même l’âge ou le handicap ne sont pas tant des données naturelles que des distinctions sociales naturalisées. A l’inverse, même la religion peut être naturalisée : l’Islam n’est-il pas aujourd’hui racialisé ?

De même pour la classe – d’où le racisme de classe. Pour autant, les logiques de classe ne se réduisent pas aux logiques minoritaires, non plus qu’à l’inverse celles-ci ne renverraient, en dernière instance, à celles-là. Sans doute les unes comme les autres sont-elles des logiques sociales productrices d’inégalités ; mais si elles se recoupent parfois, le plus souvent, elles ne se confondent pas. La discrimination a sans doute des effets économiques – les femmes ou les minorités visibles en savent quelque chose ; mais elle ne se résume pas à l’exploitation. Discrimination et exploitation doivent donc être combattues par des politiques distinctes, même s’il importe de les penser de manière complémentaire. C’est pour mieux les articuler qu’il convient de ne pas les confondre.

 

 

L’ordre des choses s’impose d’autant mieux qu’il ne requiert pas l’intention discriminatoire. Nul besoin d’être misogyne, homophobe, raciste pour que continuent de fonctionner le sexisme, l’hétérosexisme ou la discrimination raciale. C’est même tout l’intérêt de la notion de minorité : elle dispense des procès d’intention, justifiés ou non. La question n’est pas, n’est plus de savoir si, au fond, telle ou tel est homophobe, ou non : en réalité, poser l’hétérosexualité au principe du mariage ou de la filiation, c’est reproduire un ordre hétérosexiste. C’est le résultat qui compte.

 

 

 

 

 

C’est donc la discrimination qui fait la minorité. Qu’est-ce qu’un Noir ? C’est quelqu’un à qui l’on refuse un emploi ou un logement en raison de sa couleur de peau, quelle que soit son origine (Antillais, Africain, ou autre). C’est pourquoi la minorité n’est pas (nécessairement) fondée sur une culture commune, mais sur une expérience partagée : la discrimination. La minorité ne requiert pas une identité – même si, bien sûr elle ne l’exclut pas. Et d’autant plus que, même quand l’identité n’en est pas le point de départ, elle peut fort bien en être le point d’arrivée. Mais loin d’être figées dans l’essence d’une culture intemporelle, les identités minoritaires sont susceptibles de se déplacer, de se composer et de se recomposer, au gré d’une histoire politique.

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’une politique minoritaire ? C’est une politique qui interroge l’ordre des choses : les normes paraissent moins normales dès lors qu’elles sont perçues comme normées. C’est pourquoi la politique minoritaire est inséparable d’un savoir minoritaire : dans un cas comme dans l’autre, la question minoritaire donne à voir l’ordre normatif pour ce qu’il est – un ordre arbitraire, tout à la fois historique et politique. Autrement dit, l’ordre du monde, avec son évidence, perd sa transparence : il ne va plus de soi ; il est troublé.

 

 

Minorités en tous genres ? Cette édition participative invite à une telle dénaturalisation du monde social. Il s’agit de croiser des savoirs et des savoir-faire différents : chacune des contributions apportera un éclairage sur l’ordre des choses qui, d’ordinaire, va sans dire. Ici pourraient d’ailleurs converger ce que, les unes et les autres, nous écrivons ailleurs, par exemple dans des blogs. Car cette édition nous donne l’occasion de dialoguer autour des enjeux minoritaires : interrogations, suggestions, critiques, tous les commentaires seront les bienvenus. Celles et ceux qui travaillent ces questions, et qu’elles travaillent, n’ont pas si souvent la possibilité d’échanger ainsi. Par sa souplesse, le cadre qui nous est donné y invite. Profitons-en !

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