Billet de blog 9 avr. 2014

Après les municipales, il est plus que temps d'agir

Gaëlle Lenfant, vice-présidente PS de la région PACA, était candidate aux municipales sur la liste d'Edouard Baldo à Aix-en-Provence. Elle appelle les responsables politiques à comprendre les raisons de la « claque cinglante pour la gauche » et à se donner les moyens d'agir pour « renouer un dialogue permanent avec la société », pour que la politique « se retrouve au cœur de la société, et non plus au-dessus ou à côté d’elle ».

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Gaëlle Lenfant, vice-présidente PS de la région PACA, était candidate aux municipales sur la liste d'Edouard Baldo à Aix-en-Provence. Elle appelle les responsables politiques à comprendre les raisons de la « claque cinglante pour la gauche » et à se donner les moyens d'agir pour « renouer un dialogue permanent avec la société », pour que la politique « se retrouve au cœur de la société, et non plus au-dessus ou à côté d’elle ».


Les électrices et les électeurs ont tranché : ces élections municipales sont une claque cinglante pour la gauche, au niveau national comme à Aix-en-Provence.

Durant cette campagne, nous avons frappé à plus de 12 000 portes à travers la ville, rencontré des milliers d’Aixoises et d’Aixois et organisé plusieurs centaines de réunions d’appartement et de quartier. Malgré cette campagne de proximité, vous avez décidé de réélire Maryse Joissains avec un score jamais atteint de 52 % en triangulaire. Lorsqu’on fait de la politique, s’il est bien une chose que l’on doit prendre avec humilité, c’est le verdict des urnes. Il est sans appel et je souhaite donc à la maire d’Aix-en-Provence, pour le bien de notre ville, toute la réussite et le courage possibles.

Maintenant, nous avons le devoir de comprendre et de répondre au message exprimé par ce vote… ou ce non vote.

Il y a d'abord un message national. En 2012, les Français ont élu François Hollande à la présidence de la République. Ils sont déçus, et je le comprends. Si je veux rappeler les progrès réalisés depuis deux ans –le chômage des jeunes est en baisse, la croissance amorce un rebond, des mesures fortes ont été prises pour les droits des consommateurs, le logement, l'économie, l'égalité– je n’oublie pas que beaucoup d'entre vous vivent encore des situations difficiles et que la gauche n’a pas été jusqu’à présent à la hauteur des espérances. Et si je veux croire que le nouveau gouvernement, resserré et volontariste, saura y répondre, je n’attends pas le salut seulement de l’Élysée ou de Matignon : en tant qu’élue locale et en tant que socialiste, j’entends porter ces aspirations à plus de changement.

Car il y a également dans le message des urnes un rejet fort de la politique. Les affaires de ces derniers mois en donnent en effet une piètre image. Si certains veulent croire que les affaires de la droite font le bonheur de la gauche et vice-versa, ils se trompent : elles n’empêchent pas des Balkany, Copé, Mahéas ou Joisssains (qui vient d’être mise en examen…) d’être réélus et, surtout, nous voyons bien qu'elles n’aident que l’abstention et le FN. C'est pour moi la plus grande source d'inquiétude : quand le « tous pourris » se répand à ce point, c’est que, quelque part, quelque chose est cassé. Terrible constat, qui va demander un énorme travail de la part des militants, des responsables, des élus. Déjà, lorsqu’a éclaté l’affaire Cahuzac, j’appelais au sursaut les élus. Je poursuis cet engagement et je crois plus que jamais qu’il faut que nous soyons, dans nos collectivités comme dans nos organisations politiques respectives, plus intransigeants vis-à-vis des dérives. Mais seuls, les élus ne peuvent pas grand chose : il incombe aux acteurs économiques, sociaux, culturels, intellectuels, à l’ensemble de la société, de se mobiliser face aux clientélismes et aux démagogies extrémistes.

L'impuissance apparente de la politique à pouvoir changer la vie des gens contribue aussi à ce rejet et à l'abstention. Face à la mondialisation, à l’accumulation des richesses et du pouvoir dans les mains de quelques-uns, il incombe donc aux responsables politiques de se donner les moyens d’agir. D’une part, il faut que les acteurs politiques prennent conscience de leur responsabilité : ce que nous disons nous engage et, une fois élus, nous sommes tenus d’appliquer ce que nous avons promis. D’autre part, il faut que nous nous engagions réellement sur le chemin de la participation active des citoyens. C’est la condition pour reconstruire, pas à pas, une démocratie vivante.

Lors de ma première campagne électorale, en 2007, mon slogan était « Le monde change, la politique aussi ». Depuis, le monde a changé… la politique doit encore s’améliorer. En effet, si le temps du politique devrait être un temps long, il se trouve broyé aujourd'hui par le rythme rapide de la communication. Plutôt que de nous y coller sans réflexion, il nous faut revenir aux réalités quotidiennes des gens. C’est à partir de là que nous pourrons leur proposer des réponses qui permettent vraiment de penser l'avenir. Des questions complexes nécessitent des réponses complexes : celles-ci ne peuvent surgir toutes faites de programmes électoraux concoctés à intervalles réguliers et sur lesquels les citoyens auraient à se prononcer une fois pour ne plus rien avoir à dire pendant cinq ou six ans. Il est maintenant de la responsabilité des élus et des militants –et je pense en particulier à mes camarades socialistes– de renouer un dialogue permanent avec la société, de construire les cadres de réflexion et d’échanges nécessaires pour que la politique se retrouve au cœur de la société, et non plus au dessus ou à côté d’elle. La ville et le territoire de demain se construira dans les cafés et en bas des immeubles : multiplions les démarches participatives, revenons à l'éducation populaire et à ses méthodes d'animation, de partage, de construction collective.

Paradoxalement, nous avons une opportunité pour cela à Aix-en-Provence : six ans d’opposition. Soyons lucides sur la situation locale : il s’agit de notre quatrième défaite consécutive. Il ne s’agit pas d’accuser tel ou tel, nous avons chacun notre part de responsabilité. Mais il est plus que temps de nous poser de sérieuses questions et d'engager les réponses : je voudrais terminer mon propos par esquisser quelques pistes qui me paraissent importantes. 

D’abord, la relation avec nos camarades de gauche. Nous le savons pour l’avoir éprouvé : désunis, nous sommes plus faibles. Mais l’union de la gauche ne se décrète pas, elle se travaille : au delà d’un simple accord électoral, il est temps de trouver des passerelles entre nous, de rebâtir des ponts, de retisser des liens. Ensuite, l’organisation. Ma conception est celle commune à toute la gauche : un parti politique n’est pas une machine électorale, c’est un outil aux services de nos idéaux et de nos projets. Il nous faut rebâtir un Parti socialiste qui soit cet outil. L'élue de l'opposition que je suis se mettra au service de cette reconstruction, dans un esprit de travail et d'apaisement retrouvé. Enfin, l'écoute et le lien avec la cité. Nous devons dès aujourd'hui nous donner les moyens d'écouter ceux qui d'ordinaire ne s'expriment pas : il faut aller à leur rencontre chez eux, dans les parcs, sur leurs lieux de travail, leur proposer des moments d'écoute, et leur restituer surtout ce que nous aurons écouté. Pour leur permettre d'aller écouter les autres à leur tour.

Ce travail ne sera pas une mince affaire. Mais ça n'est jamais une mince affaire que de penser et faire vivre la démocratie.

La campagne qui s’achève fut éprouvante. J’ai une pensée particulière pour tous les militants qui s’y sont investis sans compter et pour lesquels le résultat est une forte déception : je veux vous dire que cette défaite n’aura servi à rien si nous en restons là. Alors ouvrons une nouvelle page.

Gaëlle Lenfant, vice-présidente de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, secrétaire nationale adjointe du Parti socialiste aux fédérations

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