Sebastien Rome
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Municipales 2014

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Billet de blog 15 janv. 2014

A Lodève, une politique de la Ville, à la campagne

La séquence politique des municipales s’ouvre partout en France. Mon point de vue de directeur d’école de la petite ville de Lodève m’a permis de percevoir les tensions dans la ville et les énergies mobilisables pour dépasser ces tensions et de connaître le quotidien des habitants. En tant que citoyen, il me semble évident de poursuivre autrement mes engagements que les lecteurs de Mediapart connaissent, en participant à un projet pour la ville qui indique une nouvelle direction aux territoires péri-urbains.

Sebastien Rome
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La séquence politique des municipales s’ouvre partout en France. Mon point de vue de directeur d’école de la petite ville de Lodève m’a permis de percevoir les tensions dans la ville et les énergies mobilisables pour dépasser ces tensions et de connaître le quotidien des habitants. En tant que citoyen, il me semble évident de poursuivre autrement mes engagements que les lecteurs de Mediapart connaissent, en participant à un projet pour la ville qui indique une nouvelle direction aux territoires péri-urbains.


Si la liste des villes soutenues par le Ministère délégué à la Ville est encore en élaboration, on ne peut être que satisfait des premières intentions du Ministre, François Lamy. Avec le seul critère de la pauvreté, le ministre fait un pas important vers une autre égalité des territoires, qu’ils soient urbains ou périurbains.

Il était temps de rompre l’idée que pauvreté ne rimait qu’avec « Grands Ensembles ». Aujourd’hui, la réalité de la pauvreté doit être appréhendée au travers de nouvelles dimensions, jusque là aveugle à nos yeux (consultez la carte de France de la pauvreté en parcelle de 200m x 200m). Le premier à avoir guidé notre regard est Raymond Depardon. Les photos de la France de Raymond Depardon, « la France des sous-préfectures », sonnaient en 2010 comme une alerte du vote Front national de 2012. C’est la France de la péri-urbanité qui a porté le vote FN quand ce vote chutait dans les grandes villes au dynamisme économique fort. L’histoire de la Ville de Lodève, logée au pied du Larzac, est le reflet de celles d’autres petites villes. Elle était un angle mort de la politique française dans lequel le Front nationale s’est développé.

Après la fermeture, une à une, de toutes les grandes entreprises du territoire (DIM, COGEMA…), Lodève s'est sorti des problématiques d'accueil ou de relogements successifs des populations rapatriées ou des masses ouvrières de l'ancienne COGEMA. La cité SONACOTRA et les barres HLM ont été rasées au bénéfice de logements sociaux plus diffus, reconstruits ou rénovés. Lodève tente aussi d'oublier des années noires où le climat social de la ville était parfois tendu. Fort heureusement, les visiteurs actuels du Musée de Lodève n'auraient plus l'idée de comparer notre charmante sous-préfecture aux « banlieues chaudes » des grandes métropoles.

Pourtant ces années 80 ne sont pas si éloignées et ce qu'aucune politique ni culturelle, ni touristique, ni même économique ou sociale n'a su totalement enrayer jusqu'à présent, c'est le renouvellement continu ici de populations aux origines diversifiées, mais structurellement caractérisées par une très forte précarité. Les habitants ont encore une mémoire vive de ces évènements. En 2012 (sources CAF), le taux de pauvreté des enfants de moins de 6 ans était de près de 50 %.

D’autres contraintes fortes pèsent sur la ville de Lodève : la nécessité de tenir son rang de bourg centre et donc d'assumer d'importantes charges de centralité au sein d'un territoire très rural lui aussi fragile et paupérisé comme le note le rapport « Pauvreté, précarité, solidarité en milieu rural » du Ministère de l’Agriculture de 2009 qui étudie notamment le centre-héraultais.

Ainsi, la faiblesse du potentiel fiscal de tout un territoire se traduit par une difficulté structurelle pour la collectivité à dégager des marges de manœuvre pour lutter seule contre une pauvreté qui prend racine, cumulant, de fait, les contraintes d'une zone urbaine sensible à celles d'une zone de revitalisation rurale.

Dans « La fin du village », chez Gallimard, Jean-Pierre Le Goff évoquant son village de Cadenet décrit parfaitement ces problématiques en utilisant le terme de « déglingue » à la place de « pauvreté » (pp.436-438) : « Ce mot me parut le plus approprié pour caractériser l’absence de travail combiné avec la dislocation de la famille et des liens d’appartenance et de solidarité ».Ainsi, « au sein du vieux village existent encore des logements insalubres en location, habités pour la plupart des familles pauvres souvent « monoparentales » venant de la région de Marseille et du nord du département. Le développement du logement social ne parvient pas à mettre fin à cette situation. Il peut même alimenter une sorte de trou sans fond : dès que les anciens locataires de logements insalubres s'installent dans des logements sociaux, d'autres viennent aussitôt occuper des logements insalubres laissés vacants. Très vite les nouveaux locataires de logements insalubres vont demander à leur tour de pouvoir accéder au logement social étant donné la faiblesse de leurs revenus… ».

À 50km de Montpellier et à 30 minutes par l’autoroute A750 de cette métropole, Lodève connait exactement la même situation de détresse sociale.

            Si comme le pense Laurent Davezies, la France retrouvera le chemin de la croissance en favorisant des champions comme Montpellier, Nantes, Grenoble ou Lille, il prend soin de souligner dans sa conclusion de la Crise qui vient qu’il s’agissait de territoire en retard économique il y a 30 à 40 ans. L’histoire économique nous apprend que toute poussée de croissance forte est d’abord liée à une économie de rattrapage. Un territoire comme Lodève subit la part négative de cette attractivité nouvelle de Montpellier. De nombreux concitoyens, souvent les plus pauvres ou les jeunes couples accédant à la propriété, sont repoussés en troisième couronne de Montpellier, multipliant pour eux les freins à l’emploi et réduisant, du fait du prix de l’essence, leur mobilité. On ne peut se satisfaire d’un tel déséquilibre. Soutenir la France des « sous-préfectures », c’est investir dans la nécessaire transition écologique source d’innovations et d’emplois en développant la production d’énergie locale et renouvelable, les circuits courts, les réseaux d’entreprises. Ces territoires ont tout à la fois besoin d’affirmer leurs identités radicalement différentes des métropoles et leur entière complémentarité. A côté des métropoles, on doit trouver des pôles à taille humaine. De nombreux français souhaitent que cette option de vie existe, le politique doit la faire exister. Par le lien de l’A750, Lodève peut ainsi jouer contre Montpellier, tout contre ; c’est une chance pour notre ville. À chaque niveau de l’État, à chaque niveau des collectivités territoriales, chacun doit prendre conscience de la nécessité de développer des équilibres, en bannissant les déserts d’emplois là où pauvreté se concentre. Ainsi, à la nécessaire égalité des territoires développés par le Ministère de la Ville, qui est une forme de solidarité nationale verticale, doit être développée une solidarité horizontale entre les territoires proches, aux cultures différentes, mais reliées en eux.

Développer les coopérations de territoires (lire ici, , encore là ou regarder ceci) où citoyens, entreprises, élus, associations et autres acteurs des territoires travaillent ensemble est une réalité qui existe déjà et dont il faut amplifier la force. Les ressources locales (humaines, naturelles, culturelles, artisanales, entrepreneuriales…) sont nombreuses : libérons ces énergies, créons de nouvelles coopérations.

Que le Ministère de la Ville ait pris conscience de ce nouveau visage de la France, qu’à côté des quartiers populaires, il y a des petites villes populaires, c’est un signe d’espoir pour nos territoires. Car l’enjeu est bien évidemment économique, mais aussi social, politique et culturel dans cette France des arrières pays, celle des petites sous-préfectures.

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