Dynamique Citoyenne : la politique autrement à Bagnolet

Mandana Saeidi, membre de la liste Dynamique citoyenne, qui s'est lancée à l'automne dans la campagne municipale, évoque ici le chemin parcouru par ce rassemblement ancré à gauche et où « ce sont les citoyens qui rassemblent les forces politiques et non les partis politiques qui cherchent à séduire des citoyens ».

Mandana Saeidi, membre de la liste Dynamique citoyenne, qui s'est lancée à l'automne dans la campagne municipale, évoque ici le chemin parcouru par ce rassemblement ancré à gauche et où « ce sont les citoyens qui rassemblent les forces politiques et non les partis politiques qui cherchent à séduire des citoyens ».


 

Face au constat catastrophique de la dernière mandature qui a plongé leur ville dans le marasme et la médiocrité, une trentaine de Bagnoletais (citoyens actifs, militants associatifs, syndicalistes…) issus des quartiers populaires se sont engagées en politique en créant Dynamique Citoyenne. Au terme d’une mandature qui fût celle du clientélisme, des projets aventureux, du gaspillage de l’argent public au sacrifice des services publics, du mépris du personnel communal et de la population… le maire sortant et son équipe laissent derrière eux une ville endettée, profondément désorganisée et blessée dans son identité.

Cependant ce mandat aura aussi été celui du réveil citoyen. En se mobilisant, les Bagnoletais ont empêché le bradage du patrimoine communal et contraint le maire à renoncer à plusieurs de ses projets immobiliers. Ils ont ainsi préservé l’avenir de la ville et rappelé qu’il ne pouvait s’écrire sans eux. La Dynamique Citoyenne est née des résistances et de cette volonté, de reconstruire un futur pour la ville avec ses habitants. A l’initiative de cette démarche, des militants, présents sur le terrain quotidiennement, très majoritairement issus et résidants des quartiers populaires, se sont organisés politiquement pour l’avenir de leur ville. En investissant l’espace électoral – indépendamment des partis politiques – ils entendent contribuer à réinventer la place des habitants au cœur de la vie politique locale et à l’inscrire résolument à gauche.

La professionnalisation croissante des parcours politiques, l’éloignement des élus avec les populations les plus en difficulté, le manque de représentativité des classes populaires au sein des formations politiques font partie des raisons qui ne les ont pas dirigé vers un investissement militant au sein d’une formation politique déjà présente sur leur ville. Les habitants à l’initiative de Dynamique Citoyenne sont à l’image de ceux qui ont perdu confiance dans les partis, dans la classe politique à scandale, dans des promesses rarement tenues et une présence sur le terrain se résumant trop souvent à des poignées de main, dans des décisions prises au cœur de conflits d’intérêt, dans une conception de la démocratie circoncise aux périodes électorales.

Bien qu’ils aient décidé de participer au jeu politique municipal, les règles partisanes qui placent des habitants au second plan ne les intéressent pas. L’enjeu n’est pas seulement électoral, cette candidature vise à former des militants et à réinvestir l’espace politique. Aux dernières municipales, plus de 50% des inscrits bagnoletais se sont abstenus. Parmi les raisons qui expliquent ce phénomène, la perte de confiance et la distance qui sépare les politiciens des habitants de leur ville ne sont pas négligeables. Conscients que le premier parti des villes populaires n'est pas le Front national mais l'abstention, ils s’engagent pour qu’une alternative de gauche, populaire et représentative de l’ensemble de la population bagnoletaise puisse émerger dans un espace politique dominé par des carriéristes et réhabiliter le sens premier du mot « politique » : s’occuper des affaires de sa cité.

Une force de rassemblement

Rapidement, le discours et le projet de Dynamique Citoyenne ont trouvé écho auprès des Bagnoletais. Ainsi, dès le début de la campagne, une association politique bagnoletaise, du Neuf à Gauche (membre du Front de Gauche) a rejoint l’initiative. Ces derniers représentent une autre génération de militants de la gauche, français engagés contre la guerre d’Algérie, militants antiracistes et anticapitalistes de longue date, syndicalistes du public et du privé, membres de partis politiques ou non encartés, ils ont participé aux luttes sociales qui ont marqué l’histoire contemporaine française et bagnoletaise. Un projet qui a également convaincu des militants écologistes qui, comme tous ceux qui ont rejoint Dynamique Citoyenne, ont toujours dénoncé la politique du maire actuel. Ainsi Dynamique Citoyenne, au cœur des municipales 2014, a donné vie à un rassemblement peu observé dans l’histoire politique de la France des dernières décennies, et jamais à Bagnolet, venant apporter une contre analyse considérable aux discours sur la dépolitisation des quartiers populaires, sur le divorce de la gauche et des cités, ou pire sur le manque de citoyenneté des enfants d’immigrés. Il s’agit également d’une démonstration de force démocratique : ce sont les citoyens qui rassemblent les forces politiques et non les partis politiques qui cherchent à séduire des citoyens.

Dynamique Citoyenne est plus qu’un espoir, c’est une expérience politique qui a déjà débuté, une preuve que l’espace politique peut avoir un autre visage que sa face actuelle.

Un projet élaboré par les habitants

Les Bagnoletaises et Bagnoletais qui ont conscience que les décisions politiques prises au niveau de la ville ont des conséquences importantes sur les conditions de vie des habitants ont répondu en nombre à l'appel de cette Dynamique Citoyenne. Pour eux, la vie politique n'est pas réservée aux professionnels de la politique. Ils se sont alors réunis autour de cinq ateliers thématiques, où les techniques d’éducation populaire ont permis de faire l’état des lieux de leur ville, formuler des propositions et les adopter.

En effet, ensemble ils veulent, dès la campagne, faire de la politique autrement. Ainsi suite au premier meeting (qui a réuni 350 personnes), une centaine d’habitants ont participé aux ateliers pour rendre le pouvoir aux citoyens. Ces ateliers ont permis de construire un programme articulé en 70 propositions et articulés autour de quatre axes faisant de la mise en œuvre de pratiques démocratiques, du développement économique et de l’insertion professionnelle, de l’émancipation individuelle et collective et de la lutte contre les inégalités le projet politique de Dynamique Citoyenne (télécharger le programme). Ils se sont également attaqué à des questions dépassant les limites de leur ville, ainsi trois débats ont été menés avec la population : sur la réforme des rythmes scolaires, sur le Grand Paris et sur les finances publiques. Bien que ces questions soient présentées comme techniques et inaccessibles, c’est ce travail d’information et d’éducation populaire qui a déjà débuté lors de la campagne et qui est incontournable pour cette jeune formation politique. Il s’agit de s’informer et se positionner pour faire des propositions concrètes, comme en atteste leur programme.

Une liste légitime : les militants politiques doivent être des militants de terrains.

Dynamique Citoyenne a désigné en son sein sa tête de liste en la personne de Mohamed Hakem. Militant associatif local, Mohamed Hakem est devenu, en 2008, adjoint au maire à la Jeunesse dans un projet qui devait faire de la Jeunesse une priorité. Très vite, il se rendra compte que l’autoritarisme et l’austérité prônée par le maire et son équipe ne correspondaient ni à l’intérêt des Bagnoletais, ni au programme qui les avait fait élire. Critique, il a eu le courage de s’opposer régulièrement au système établi (PLU, emprunts, cessions du patrimoine, démocratie, budgets…) jusqu’à la rupture définitive.

Reconnu comme personnalité politique intègre, crédible et maîtrisant ses dossiers, Mohamed Hakem aura la tâche de conduire une liste qui regroupera de nombreux citoyens non encartés, des militants associatifs, des syndicalistes, mais aussi des militants politiques dont Marie-Christine Lacazette, ancienne première adjointe et Christiane Pesci, conseillère municipale écologiste dans l’opposition. 

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