Retour à Barbès

Plus qu'un mois à patienter pour le nouvel album de l'Orchestre national de Barbès, Rendez-vous Barbès. Comme nous avons de sources ;))), nous avons pu l'écouter avant les autres.

happy feet orchestre national de barbes © chaouirabah

Plus qu'un mois à patienter pour le nouvel album de l'Orchestre national de Barbès, Rendez-vous Barbès. Comme nous avons de sources ;))), nous avons pu l'écouter avant les autres.

 © Chloë Lang © Chloë Lang

 

A l'occasion d'une fête pour célébrer les deux ans de Mediapart, l'ONB est venu taper le bœuf au New Morning, la salle de leur premier concert (il y très longtemps, une quinzaine d'années). Joie contagieuse, qui s'immisce dans les zygomatiques, fait taper des mains, fait bouger les pieds, s'empare du corps entier. Un grand moment.

 

Sont-ils 5, 10 ou 20 dans cet «Orchestre national de Barbès»? Il est probable qu'ils ne le sachent pas eux-même. Ou que ça n'ait pas d'importance. Deux guitares, un violon, une basse ou des percussions, un ngoni, un accordéon, c'est selon arrivage et disponibilité. Et bien sûr, le résultat est entièrement différent. Sonne salsa, ska, raï, chaâbi, jazz, reggae, rock ou gnaoua. Une improvisation-ci, un bœuf-là. L'essentiel semble moins d'exécuter un morceau bien codifié que le plaisir de jouer ensemble.

 

 

Faute d'effectif stable, il y a donc un noyau. Youssef Boukella, bassiste venu du rock algérois (il jouait dans le groupe T.34 dans les années 1980 > voir la vidéo) débarqué à Paris parmi les musiciens du pianiste de jazz Jeff Gardner en pleine explosion du raï. Il a accompagné Cheb Mami et TakFarinas. Larbi Dida, ancien chanteur de Raïna Raï, ou Aziz Sehmaoui, qui mélange avec la musique sacrée (à l'origine) gnawa et pop anglaise.

 © Chloë Lang © Chloë Lang
Kamel Tenfiche, qui apporte une touche raggamuffin, et Fateh, qui est passé de la musique arabo-andalouse au beaucoup plus populaire style chaâbi. Avec un manager, Djilali, qui imagine la «bougnoule connection», un nom trouvé «pour appâter les journalistes».

A vrai dire, on ne se sent pas tellement visé.

Que dire donc de ce futur quatrième album? Qu'il est encore plein de joie. Beaucoup de musique de danse. Du ska même. Du bon groove. Des chansons qui tournent dans la tête. Toutes chose qui font penser que c'est encore en concert qu'on les appréciera le mieux.

Cela commence avec la basse obstinée, le glall (percussion grave) et la voix d'Ahmed Bensidhoum sur Sidi Yahia-bnet Paris.

Sidi Yahia-bnet Paris

ONB (Harmonia Mundi)

On passe vite à un ska des plus classique, Chkoun?, capable d'emporter n'importe quel dancefloor avec une touche d'accordéon qui trahit des origines oranaise, à un reggae pechant vers le ragga de Rod Balek, une chanson satirique sur l’immigration illégale, ou à un dub mâtiné de gnawa avec Chorfa et la belle voix d'Hafid Bidari. On retrouvera cette profondeur sur Jarahtini-Marhba-Jibouhali.

No no no ne déparerait pas sur un album de Zebda quand RDV Barbès, qui regarde plus du côté du raï, célèbre avec l'évident plaisir des assonances de Youssef Boukella, la profusion d'un quartier des plus parisiens.

Passé les saturations et le tempo lourdement marqué de Laafou avec, si je lis bien, la complicité de l'orchestre gnawa Bania, le disque se clôt sur deux ballades, l'une très nostalgique, Denya, et la dernière Allah idaoui, plus inspirée, subtilement chaâbi.

Allah idaoui

ONB (Harmonia Mundi)

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