C'est quoi une "régie" ? Comment ça marche ?

La Régie était autrefois un département d'un support.

La Régie était autrefois un département d'un support.

Un support c'est un journal une chaine de télévision, une radio, un réseau d'affichage ou un réseau de cinémas.
La régie était donc le département qui était chargé de vendre ce qu'on appelle pudiquement un espace publicitaire.
Un espace publicitaire, c'est une page ou une partie de page d'un journal, un petit morceau de temps (appelé spot) d'une émission radio, ou d'un écran publicitaire à la télé ou au cinéma.
Une régie était donc un département, un peu comme le département comptable, composé de commerciaux et de gestionnaires, la vente de l'espace publicitaire permettait de compléter les revenus d'un journal, d'un réseau de cinéma, les radios privées quant à elles ne vivaient que de la publicité, les télévisions aussi sauf la télévision et la radio d'état.

Pour ces dernières, elles avait à la fois des revenus de la redevance et des revenus de la publicité.
La régie avait un coût, mais elle permettait de faire entrer dans les caisses du support des montants bien plus important.
Avant la loi "Sapin" (1993) les régies des supports avaient pris l'habitude de "commissionner" les Agences et Groupe de Publicité, cette pratique permettait de rémunérer l'agence qui avait la bonne idée de recommander à son client (l'annonceur) d'acheter une insertion dans le support en question. Avant la loi Sapin quand un annonceur achetait 100 une insertion, pour remercier l'agence, le support rendait, rétrocédait 5, 10 ou 20 même parfois 30 à l'agence. Ces remises confidentielles pour la plus part, ou pour la plus grande partie, étaient secrètes et non connues de l'annonceur.

Avec la loi Sapin dès 1993 ces remises deviennent illégales.
En filialisant leurs départements "régie" certains supports on défini une "rémunération" un peu théorique a cette activité de commercialisation d'espace.
Quand un journal, une chaine de télé, un réseau accepte de filialiser sa régie, et puis accepte de céder une partie du capital de cette régie à un Groupe de Publicité, et sous reserve que le contrat de rémunération de la Régie permette de dégager des bénéfices, cela permet de donner à ce groupe de Publicité une partie de l'argent qui a été versé par l'annonceur, en définitive, cela permet de détourner complètement l'esprit de la loi Sapin.
On défini un taux de rémunération de la régie un peu trop important, la régie fait des bénéfices, on convient que la régie est détenue à 50 / 50 entre le support et le Groupe Publicitaire, et le tour est joué. 50 % des bénéfices iront au support et 50 % iront le plus légalement du monde à l'Agence de Publicité.
Dans le cas de nombreux supports (journaux) qui sont déficitaires, il est assez interessant de constater que leur régies sont bénéficiaires et qu'ils acceptent donc, qu'une grande partie de ce "bénéfice très théoriques" parte dans le Groupe Publicitaire auquel ils sont associés dans leur "régie".
Il en va ainsi je crois du journal Le Monde, ou de Libération.
La loi Sapin à interdit les ristournes aux Agences, pas de problème, il n'y a plus de ristournes, juste le partage de "bénéfices", quand bien même le journal est déficitaire.
Voila comment en toute légalité les supports peuvent rémunérer les Agences, (ou plutôt certaines très grosses agences), pour les inciter à recommander des insertions dans leurs éditions. La presse française va mal, mais les régies vont bien, même très bien. Ce qui existait jusqu'a aujourd'hui pour les journaux, l'affichage et le cinéma, n'existait pas encore pour les télévisions, avec la privatisation de la régie de France Télévision cette "anomalie (si l'on peut dire) va être enfin réglée. Demain le Groupe Publicis touchera sur tous les achats d'espaces publicitaires sur les chaines France 2, France 3, France 4, France 5...

Mais bon, on n'y croit pas, puisqu'on nous dit qu'il n'y aura plus de publicité sur les chaines publiques !

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