«Victoire», la Communeuse

Victoire Tinayre née Guerrier fait partie de cette «Commune-bis» dont je rapporte le rôle majeur dans mes deux livres intitulées «Les 72 Immortelles» qui proposent un regard neuf et affectueux pour rétablir la juste mémoire de la Commune de Paris 1871. Elle était mon arrière grand-tante et a laissé des archives ainsi que deux livres co-écrits avec Louise Michel.

Marguerite Victoire Guerrier (dite Victoire Tinayre) est née le 6 mars 1831 à Issoire (Puy de Dôme), un an avant son cousin éloigné Jules Vallez (qui deviendra Jules Vallès). Elle est issue d'une famille modeste de petits artisans et, comme elle n'a aucun goût pour la passementerie, elle fait la classe après avoir obtenu son brevet élémentaire ; elle obtiendra par la suite le brevet de capacité qui lui permettra de diriger des pensions de jeunes filles.

Comme ses parents, son frère aîné Ambroise* et sa jeune soeur Anna, Marguerite a des convictions républicaines et socialistes qui se sont affirmées lors des journées révolutionnaires de 1848, ce qui la conduit au militantisme politique et à l'engagement pour une pédagogie laïque.

En 1858, elle épouse un clerc de notaire, Jules Tinayre, avec qui elle aura six enfants (dont Louis qui deviendra un peintre célèbre et Julien qui fut l'époux de la romancière Marcelle Tinayre).

Le couple s'installe à Paris où Marguerite fonde et co-dirige une école professionnelle et plusieurs pensionnats.

En 1867, elle crée la "Société des Equitables", coopérative de consommation à l'usage des plus démunis, qui adhère à l'Internationale ainsi qu'à la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières.

Soutenue par Varlin au Conseil de la Commune, elle est nommée le 11 avril 1871 "inspectrice des écoles de filles du XIIe arrondissement". Elle avait adhéré auparavant à "l'Union des femmes pour le secours aux blessés" d'Elisabeth Dmitrieff et Nathalie Lemel, qui regroupe la plupart des femmes communeuses, et qui va jouer un rôle important dans l'élaboration des idées et des projets en débats aux Clubs rouges.

Elle participe aux combats pendant la Semaine sanglante , allant de barricade en barricade pour soigner les blessés...

En rentrant à son domicile le 26 mai 1871, elle est arrêtée par les Versaillais sur dénonciation du concierge de son immeuble. Son mari, non partisan de la Commune, sera fusillé à sa place alors qu'il se présente pour prendre de ses nouvelles.

Relâchée le lendemain de cette exécution sommaire, elle part pour Genève avec ses enfants et sa soeur (qui avait épousé l'élu communeux Jules Babick). Son exil la conduira en Hongrie où elle travaillera comme gouvernante puis préceptrice dans des familles aisées.

Le 27 novembre 1879, elle sera amnistiée de sa condamnation à la déportation dans une enceinte fortifiée puis rentrera en France.

Elle va retrouver son amie Louise Michel qui revient du bagne calédonien, elle écrira avec elle le roman "La Misère" et "Les Méprisés" sous le pseudonyme de Jean Guêtré.

Elle prendra de 1883 à 1885 la direction des écoles du familistère de Guise car elle était devenue "positiviste".

Décédée en 1895, "Victoire" la Communeuse a bien mérité sa place au Panthéon du féminisme.

* dit Jean Guerrier, mon arrière-arrière grand-père

 

 

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