Crise financière ou crise identitaire ?

C'est un espace complètement réaménagé et accueillant que Monique Beltrame, présidente du Comité Européen Marseille, invitée par le Mouvement Européen France, a découvert avec La Rotonde. Le restaurant du monument historique de la place Stalingrad à Paris accueillait le 18 janvier 2012 un « Café européen ». Le thème en était "L’Euro : 10 ans après, bilan et perspectives."

Comité Européen Marseille

De gauche à droite : Jean-Marie Cavada - Jean-Léonetti. © Monique Beltrame De gauche à droite : Jean-Marie Cavada - Jean-Léonetti. © Monique Beltrame

 
Ce lieu, illuminé en cette soirée d’hiver, était jadis un bâtiment édifié pour la perception de l’octroi. Désormais entièrement aménagée, La Rotonde ouvre ses nombreuses salles à un public nombreux et varié. 
Le thème retenu par le Président du Mouvement Européen-France, Jean-Marie Cavada, récemment élu à la tête de cette organisation, portait sur "L’Euro : 10 ans après, bilan et perspectives". Ce fut l’occasion d’un débat avec Jean Léonetti, ministre, délégué aux affaires européennes.

La Rotonde Paris
La Rotonde

« Absence de gouvernance fédérale »
Selon Jean-Marie Cavada, « la tourmente que nous traversons est une crise de confiance en l’absence d’une gouvernance fédérale. » Poursuivant sa démonstration, il a évoqué les USA, pays le plus endetté au monde mais moins sévèrement sanctionné par les marché. «Contrairement à l'euro, le dollar est garanti par un pouvoir fédéral, politique, économique et militaire... »
Pour le président du Mouvement Européen France, « Plus que l’endettement, ce sont les conséquences politiques et sociales qui alimentent le mythe de la sortie de l’euro », précisant qu'une sortie « entraînerait une perte considérable et immédiate de la valeur de la monnaie, le délitement de la construction européenne et des décennies d’appauvrissement. » 
Sur la crise de la monnaie européenne, l’analyse de Jean-Marie Cavada rejoint celle qui fut l’objet de deux colloques organisés par le Comité européen Marseille, en novembre et décembre 2011...

Le populisme fleurissant, la croix gammée fait une réapparition publique en Hongrie
Depuis le compromis de Luxembourg (1966), en l'absence d'un sentiment européen largement partagé, la dynamique intergouvernementale n'a pas apporté de réponses appropriées aux crises récurrentes. Son renforcement coïncide avec l'expression de nationalismes et de populismes. « Ces dérives sont inquiétantes en  Hongriea souligné Jean-Marie Cavada. Son ministre-président,Viktor Orban, a été invité à s’expliquer à Strasbourg, devant les députés européens, sur les graves atteintes apportées à la démocratie par son gouvernement.» L'intervention d'Orban, Jean-Marie Cavada l'a suivie de près, dans l'enceinte-même de l'euro-parlement : l'ancien journaliste est aujourd'hui député européen. Au Café européen de la Rotonde, il a évoqué des événements affligeants et inquiétants comme « ces partisans d’extrême droite, arborant la croix gammée, défilant sur un pont du Danube... Mais la Commission européenne dispose d’une panoplie de mesures tant économiques que politiques. Il s’agit de la mettre en œuvre pour redonner au moins l’espoir aux démocrates hongrois », a-t-il plaidé .

Le ministre Jean Léonetti, qui poursuivait ce soir-là des discussions à l’Elysée avec son homologue hongrois, a commencé son intervention avec un léger retard. « Le danger auquel nous sommes exposés, a-t-il argumenté, c'est la réticence des citoyens à soutenir leurs représentants dans le processus d’intégration de l’UE. Il faut comprendre que notre souveraineté française ne peut continuer à s'exprimer qu'à l'échelle d'un continent. Il faut faire de l'Europe un "Etat-continent" ».  

 Le "consensus mou" de l'Europe des États nations légitime, selon Jean Léonetti, lpouvoir régalien français
Le débat a donné la possibilité à la présidente Monique Beltrame du
Comité européen Marseille de faire remarquer que « Catherine Ashton, Haute Représentante de l'Union pour les affaires extérieures, arrive au terme de son mandat. Pourquoi serait-elle reconduite dans ses fonctions, alors que son action n’est pas jugée très positive par de nombreux responsables européens ? »
Dans sa réponse, Jean Léonetti a mis en avant la difficulté que représentait l'exercice d'une diplomatie européenne : « 
L’Europe n’est pas encore mûre pour une politique étrangère commune, fleuron du pouvoir régalien. la France a encore trop d’influence dans le monde pour s’effacer derrière un consensus européen mou. »
Mais, comme l'a fait remarquer Monique Beltrame à l'issue du Café européen ; « 
ce problème se poserait-il, si les Français avaient eu confiance en leur mission d’inspirateurs de l’Europe ? Ils auraient alors su, sans douter de leur identité, quel chemin emprunter pour construire l’avenir ! »

 


La Rotonde (Paris) Photo : Monique Beltrame

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