L'Allemagne à mi-parcours de sa présidence du Conseil de l'Union Européenne

M. Wolfgang Thoran, Consul Général Adjoint de l’Allemagne* a présenté les points clefs de la présidence allemande à mi-parcours : « le Conseil européen qui s’est ouvert à Bruxelles jeudi 1er octobre inaugure la deuxième moitié de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne (UE). Quel premier bilan peut-on en tirer ? Quels seront les chantiers de la fin de l’année ?».

Wolfgang THORAN, Consul Général Adjoint de l'Allemagne. © Philippe LEGER Wolfgang THORAN, Consul Général Adjoint de l'Allemagne. © Philippe LEGER
« Tous ensemble pour relancer l’Europe » : c’est le slogan sur lequel s’est ouverte le 1er juillet la 13e présidence allemande du Conseil de l’Union européenne (UE). Elle a débuté dans un contexte particulier, marqué par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques. L’UE traverse « la plus grande crise de son histoire », avait souligné la chancelière Angela Merkel devant le Parlement européen. Trois mois plus tard, la crise sanitaire et ses conséquences restent une préoccupation majeure des Européens, mais la recherche de solutions concertées a progressé.

Une réponse inédite à la plus grande crise de l’histoire de l’UE

 Le premier temps fort de la présidence allemande s’est déroulé au cœur de l’été. Le 21 juillet, les 27 chefs d’État et de gouvernement sont parvenus à s’accorder un plan de relance d’une ampleur inédite : 750 milliards d’euros, dont 390 milliards de subventions, pour la période 2021-2023. Ce plan s’intègre dans un accord plus large sur le cadre financier pluriannuel (CFP), autrement dit le budget européen. Au total, ce sont 1800 milliards d’euros qui iront à l’UE au cours de la période 2021-2027.
C’est une réponse exceptionnelle à une crise exceptionnelle. Elle avait été précédée d’une initiative commune de la France et de l’Allemagne, qui avaient proposé à leurs partenaires un plan de relance de 500 milliards d’euros.
Pour autant, « cela n’a pas été facile », a concédé la chancelière Angela Merkel au sortir des négociations. Selon le gouvernement allemand, ce Conseil européen-marathon a duré 91 heures et 20 minutes. Presque un record : seul le Conseil européen de Nice, en décembre 2000, avait duré 25 minutes de plus…
Le défi porte désormais sur la mise en œuvre de ce gigantesque plan de relance. Il doit être validé par le Parlement européen et par les Parlements nationaux pour bénéficier concrètement aux Européens.

 Sanctions contre le régime biélorusse

 Le sujet était à l’ordre du jour du Conseil européen ces 1er et 2 octobre à Bruxelles, au même titre que d’autres dossiers économiques : le renforcement du marché intérieur, la définition d’une politique industrielle ambitieuse pour une économie compétitive et résiliente, la révolution numérique et la souveraineté de l’Europe en la matière.
Les 27 chefs d’État et de gouvernement européens ont, par ailleurs, longuement abordé la politique étrangère de l’UE, une autre priorité de la présidence allemande. Ils ont trouvé un accord sur la mise en place de sanctions contre des personnalités politiques proches du pouvoir en Biélorussie. Ils les accusent de fraude électorale lors des élections du 9 août dernier et de répression des manifestations pacifiques qui se succèdent depuis pour contester la réélection du président biélorusse, Alexandre Loukachenko. C’est « un grand progrès » et « un signal important », a commenté Angela Merkel. L’effectivité immédiate de ces sanctions souligne la crédibilité de l’UE, a ajouté le président du Conseil européen, Charles Michel.
Les 27 ont appelé à la poursuite d’un « agenda constructif » avec la Turquie. Ils veulent ainsi œuvrer à « résoudre pacifiquement les tensions » que les forages gaziers d’Ankara en Méditerranée orientale suscitent avec Chypre et la Grèce. Les relations avec la Turquie, membre de l’OTAN et partenaire clé de l’UE sur les questions migratoires, sont « très complexes », a souligné la chancelière allemande. « La diplomatie joue à mes yeux un rôle essentiel. » Le dossier reviendra à l’ordre du jour des 27 au plus tard lors du Conseil européen de décembre.
Enfin, les 27 ont évoqué le sommet virtuel UE-Chine qui s’est tenu à la mi-septembre. La négociation d’un accord d’investissement avec la Chine, ainsi que les questions relatives à l’Etat de droit devraient rester à l’agenda d’ici à la fin de l’année.

A l’ordre du jour d’ici fin décembre

 De fait, cette réunion du Conseil européen inaugurait la deuxième moitié de la présidence allemande. Plusieurs chantiers importants sont à l’ordre du jour d’ici au 31 décembre.
A commencer par le Brexit. Jeudi 1er octobre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a lancé une procédure d’infraction contre le gouvernement britannique, auteur d’un projet de loi national qui revient partiellement sur l’accord négocié avec l’UE. La nature des futures relations entre le Royaume-Uni et l’UE, qui a officiellement quitté l’UE le 1er janvier, reste donc pour le moment ouverte. Or, la période de transition s’achève à la fin de l’année.
La politique climatique sera un autre dossier phare, avec le Pacte Vert proposé par la Commission européenne. L’UE s’est fixé la neutralité carbone pour objectif à l’horizon 2050. La Commission souhaite l’inscrire dans une loi européenne pour le climat et propose de relever les ambitions européennes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle entend viser une réduction d’au moins 55% par rapport à 1990, au lieu de l’objectif actuel de 40%. Le gouvernement allemand la soutient dans ce projet.
Enfin, un autre chantier de la fin de l’année sera l’avenir de la politique européenne sur la migration et l’asile. Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a salué comme « une bonne base » le Pacte sur la migration et l’asile proposé le 23 septembre par la Commission européenne. Il entamera des pourparlers avec ses homologues européens dès le 8 octobre par visioconférence, et dès le 8 novembre à Bruxelles. Le texte vise à trouver un équilibre entre le partage équitable des responsabilités et la solidarité, et il suggère des solutions pratiques aux impasses des procédures actuelles. 

*Wolfgang Thoran, Consul Général Adjoint de l’Allemagne - Deutsches Generalkonsulat / Consulat Général d’Allemagne -10 Place de la Joliette, Les Docks - 1 3002 Marseille.

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