De gauche à droite :  Jean Vergès, Monique Beltrame, Joachim Rothacker. © Philippe Léger De gauche à droite : Jean Vergès, Monique Beltrame, Joachim Rothacker. © Philippe Léger

L'ancien vice président de la Commission européenne Günter Verheugen, commissaire chargé de l'Entreprise et de l'Industrie dans la commission Barroso1), puis de l'élargissement dans celle présidée par Romano Prodi), fait encore autorité dans les affaires européennes. Pour célébrer les 20 ans du traité de Maastricht, le Comité Européen Marseille l'avait invité à faire une conférence dans l'auditorium de la Maison Paca (Provence – Alpes-Côtes d'Azur) sur le thème « l'Union européenne a 20 ans : bilan et perspectives ».
Hélas ! quelques jours avant son départ pour la métropole phocéenne, un méchant escalier mécanique en a décidé autrement...
Trois éminentes personnalités du monde euro-associatif de la région Paca l'ont donc remplacé au pied levé.
On a assisté à une table ronde le 14 novembre 2012 avec Monique Beltrame, présidente du Comité européen Marseille, Jacques Vergès qui préside le Mouvement Européen France en Provence et Joachim Rothacker, directeur du Centre Franco-Allemand de Provence. La réunion s'est achevée sur un débat très démocratique avec le public marseillais. 

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Au premier plan : Antonia Blau (Goethe Institut)

Joachim Rothacker a rassuré d'emblée l'assemblée sur l'état de santé de Günter Verheugen, tout en précisant qu'on pouvait espérer sa venue en février 2013.
Autre bonne nouvelle : à l’occasion de Marseille-Provence 2013, l’Allemagne renforce ses liens culturels et artistiques avec la plus ancienne ville de France en ouvrant une antenne du Goethe-Institut à Marseille ! Fermé à la fin des années 90, le Goethe Institut revient à Marseille mais par la petite porte et sans sa bibliothèque qui reste à Aix-en-Provence. Le directeur du Centre Franco-Allemand a présenté à l'auditoire la Berlinoise Antonia Blau qui prépare cette ouverture à la « Coordination Projets culturels Marseille » (Maison Diamantée).
Autre invité surprise du président Rothacker, le truculent photographe altotypist Alfons Alt, très applaudi, un Bavarois à Marseille depuis 1993 (atelier à la friche Belle de Mai).

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de gauche à droite : 
1e plan : Michel Henriet (vice président de la Société de Géographie de Marseille et administrateur du Comité Européen Marseille)
Alfons Alt : photographe Altotypist, Friche Belle de Mai. 
2e plan, debout : Bernard Barbier, professeur émérite de l’Université de Provence,  président de la Société de Géographie de Marseille, membre de l’Académie de Marseille et vice président du Comité Européen Marseille

Alfons Alt a évoqué brièvement Marseille Provence 2013, capitale européenne de la Culture (on peut trouver un « développement » de ses propos en suivant ce lien).
Très vite, l'ordre du jour a repris ses droits avec le traité constitutif de l'Union européenne : le traité de Maastricht.
« Vingt ans se sont écoulés depuis sa signature mais ses nombreux détracteurs continuent à le vouer aux gémonies ! » lance d'emblée la présidente Monique Beltrame. « Ce traité, si célèbre et si décrié, n'en reste pas moins le point de départ d'une nouvelle aventure européenne, celle d'États européens qui se sont fixé comme objectif une plus grande intégration économique, monétaire et politique. » En posant cette problématique, Monique Beltrame a dévidé un fil d'Ariane facile à remonter pour le public....
Ce traité a-t-il aggravé ou amorti la mondialisation et les crises financières qui ont déferlé ces dernières années sur l'UE ? Quelle part de responsabilité porte-t-il dans la crise qui frappe la zone euro ? Fédère-t-il davantage les États ou contribue-t-il au ralentissement de leur intégration dans l'Union ? Que reste-il du projet initial des « pères fondateurs » et de l'objectif d'une « fédération européenne » ?

Le déficit de démocratie n'est toujours pas surmonté 
Pour analyser les causes de la « crise » et les erreurs commises dans sa gestion, ce n'est pas sans raison que le Comité Européen Marseille avait invité Günter Verheugen... Privée par le mauvais sort de son expertise, Monique Beltrame a préféré insister sur les crises financières qui ont déferlé sur l'UE comme des tsunamis. « Elles ont montré les failles de la zone euro : « l'absence d'une politique de croissance commune ; l'absence de contrôle des engagements de Maastricht et des politiques menées par les États... »
On aurait entendu une mouche voler dans l'auditorium, car les remarques de Monique Beltrame touchaient le cœur de la cible et soulevaient des problèmes cruciaux. Pourquoi les gestionnaires de la zone euro n'ont pas eu à répondre de leurs actes ? En démocratie, c'est la moindre des choses, semble-t-il...  Les déficits ont été votés "très démocratiquement" par les parlements nationaux... En Espagne, la spéculation immobilière a été favorisée par les votes des députés... En Grèce, le malheur de la population a fait le bonheur de politiciens, un bonheur mis à l'abri dans les banques à l'étranger comme l'a révélé Kostas Baxevanis, le rédacteur en chef du mensuel grec Hot Doc qui a publié la liste Lagarde. Une liste qui contient 2059 noms de grecs titulaires d'un compte en Suisse et suspects de frauder le fisc grec.
Loin de tout esprit de polémique, Monique Beltrame a occulté ces faits, préférant sagement reprendre les propos de l'ancien vice président de la Commission européenne qui considère «qu'une meilleure intégration européenne doit être liée à une réforme fondamentale du système politique de l'UE. Cet avancement n'étant possible qu'avec plus de démocratie. »
La présidente du Comité Européen Marseille a donc laissé en suspend un certain nombres de questions. Elles seront abordées, on est en droit de le supposer, par Günter Verheugen à l'occasion de sa visite en 2013. D'autres étaient sur les lèvres des auditeurs, notamment celles, à n'en pas douter, des élèves de 2e année du Master Études européennes du professeur Philippe Mioche de l'Université de Provence (Chaire Jean Monnet d'histoire de la construction européenne). Le traité de Lisbonne, qui a modifié le traité de Maastricht, en répare-t-il les failles, permet-il une meilleure intégration des États, répond-il aux aspirations légitimes des citoyens ?  Comment parvenir « à plus de démocratie », sachant que depuis la ratification du traité de Maastricht, des voix se sont élevées pour l'exiger dans le cadre d'une souveraineté européenne authentique et populaire ?

« L'Europe fédérale pour préserver la paix, retrouver nos valeurs démocratiques et répondre aux défis de la mondialisation »
Succédant à Monique Beltrame à la tribune, le professeur Jean Vergès a rappelé que le Mouvement Européen France « prône la constitution d'une Europe Fédérale, l'Europe Unie, dans la droite ligne du plan Monnet... » Il s'est référé à la conférence « Où va l'Europe ? » qui s'est tenue à Sciences Po Aix, le 4 octobre dernier. Il a repris en substance les propos de Jean-Marie Cavada, le président du Mouvement Européen France, fervent partisan de l'Europe Unie : « l'Europe ne peut rester au milieu du gué. Il faut terminer le travail des pères fondateurs : la création d'une zone de paix par la prospérité... et par la vigilance, pour protéger nos libertés ! Nous sommes aujourd'hui dans la zone de paix, pas simplement la paix après les guerres entre États européens, mais la paix avant les grands conflits économiques qui peuvent se préparer du fait des États émergents et des nouvelles ambitions qui se dessinent. Dans ce grand jeu mondial, nous devons nous impliquer dans la construction européenne, car elle est plus que jamais nécessaire pour défendre nos valeurs, nos économies, nos produits, nos emplois.. La mondialisation nous lance un défi très fort ! » À la tribune de Sciences Po Aix, Jean-Marie Cavada avait fustigé la Fédération des États nations en des termes dénués de toute ambiguïté. Une petite vidéo réalisée par Provence + TV à l'issue de la conférence « Où va l'Europe ? » résume les propos de Jean-Marie Cavada qui répondait aux questions de Stéphane Salord, le président des Diplômés de Sciences Po Aix.

Les jeunes ont orienté le débat sur la culture
Dans deux mois, va débuter la manifestation « Marseille Provence 2013, Capitale européenne de la Culture ». Est-ce pour cette raison que le débat qui a suivi la table ronde à la Maison de la Région Paca a plutôt porté sur ce thème ? Un étudiant du Master européen a confié son inquiétude pour Erasmus, le programme européen
d’échanges interuniversitaires d'étudiants (de tout le continent) popularisé en 2002 par « l'Auberge espagnole ». Dans le film de Cédric Klapisch, on découvre des jeunes Européens qui vivent sur fond de rencontres et d'échanges, une bohème dynamique et vivifiante, un métissage culturel qui fait l'éloge de la connaissance partagée.

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Un étudiant du Master européen 

Dans sa réponse, le professeur Jean Vergès a reconnu que le nouveau projet de budget 2013 du Fonds social européen (FSE), qui finance Erasmus, sera plus difficile à boucler. On n'en est pas pour autant aux pièces... « Non, Erasmus n’est pas en cessation de paiement ! s'est-il exclamé. Ce programme créé en 1987il vient tout juste de fêter ses 25 ans en septembre – fait partie des actions prioritaires de l’Union européenne. »  Selon lui, « les étudiants français n'ont rien à redouter du cri d’alarme lancé le 1er octobre par Alain Lamassoure, le président (français) de la Commission du budget du Parlement européen. La gestion du programme est déléguée dans chaque pays à une agence spécialisée. Côté français, on a pris ses précautions et fait des provisions... »

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René Mazeri

Le débat a été agrémenté de témoignages qui montrent la vitalité associative dans l'espace public européen. René Mazari, responsable régional des scouts musulmans de France, a parlé avec enthousiasme du séjour en Allemagne de nos scouts marseillais, de l'accueil chaleureux que leur ont réservé les scouts catholiques et protestants de ce pays, des échanges qui ont permis à chacun d'approfondir ses connaissances sur les croyances de ses camarades.

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Au micro : Jean-Jacques Battitelli

Jean-Jacques Battitelli, qui se présente comme « chercheur en technologie appliquée ». Sur le thème de la solidarité, il invite toute personne, notamment celle qui se reconnaît dans la mouvance européenne à prendre contact avec lui (parole.2007@hotmail.fr) pour apporter son témoignage à l'occasion de conférences ou d'émissions radiophoniques qu'il projette pour 2013.
On retrouvera avec plaisir tous les participants de cette table ronde le 7 décembre prochain, à partir de 14h 30, salle « Europe » du Word Trade Center (2 rue Henri Barbusse Marseille 1er – en face de l'ancienne poste Colbert ). À l'occasion de la remise du Prix Nobel de la Paix à l'Union européenne, le public est convié à la Rencontre organisée par la Représentation régionale de la Commission européenne en France. Un cocktail suivra dans ses bureaux du CMCI. Philippe LEGER

  

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Un public connaisseur

1 - Toutefois dans l’acte final du traité, 16 des 27 États membres - Belgique, Bulgarie, Allemagne, Autriche, Grèce, Espagne, Italie, Chypre, Lituanie, Luxembourg, Hongrie, Malte, Portugal, Roumanie, Slovénie et Slovaquie - déclarent leur attachement au drapeau étoilé sur fond bleu et à l’hymne européen tiré de l’Ode à la Joie de Ludwig van Beethoven, à l’euro et au 9 mai en tant que Journée de l'Europe. Ils indiquent que ces symboles « continueront d’être, pour eux, les symboles de l’appartenance commune des citoyens à l’Union européenne et de leur lien avec celle-ci ».

Version consolidée du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (page 4) 
http://eur-lex.europa.eu/JOHtml.do?uri=OJ:C:2008:115:SOM:FR:HTML

 

 

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