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Billet de blog 23 mars 2020

Coronavirus ou le coût humain insupportable de la "non-Europe"

Pas d'Europe de la santé ! Pour mettre fin à la carence des États membres, l'ancien commissaire Michel Barnier avait émis dès 2006 douze propositions pour faire face à une crise de santé publique. En vain. Les Européens risquent de le payer très cher...

Philippe LEGER
A travaillé comme journaliste. Retraité.
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Les États membres de l'UE n'ont pas les mains propres. On leur conseille de les laver. © Dati Bendo (ID: P-042956/00-05 Date: 12/03/2020 Location: Brussels - EC/Berlaymont)


Le 9 mai 2006, Michel Barnier présentait un rapport sur la protection civile de l'UE au Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et au Président du Conseil, Wolfgang Schüssel.
Ce rapport a été remisé au fond d'un tiroir... C'est le moment de le ressortir !
Il envisage le cas d'une "crise de santé publique" et présente 12 propositions.
Pour l'ancien commissaire européen et ancien ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, la réponse à une crise de santé publique doit être européenne et menée en liaison avec les organismes internationaux.
Cette réponse, moins coûteuse et plus efficace que les approches nationales, voire nationalistes, prône une organisation réelle des capacités de protection civile et l'assistance consulaire des Etats membres, appuyée sur des scénarios, des formations et des exercices communs.
Les 12 propositions énumérées par Michel Barnier dans son rapport « Pour une force européenne de protection civile: europe aid » (lien pour le pdf, relevé sur le site « pompiers.fr ») n’ont manifestement pas été suivies si l’on en juge les différentes approches de la pandémie du coronavirus par les États membres.

Les 12 propositions qui figurent dans le rapport de Michel Barnier de 2006. Entre temps, les États membres ont ratifié le traité de Lisbonne, un « mini-traité », suite au rejet de la Constitution européenne par référendum en France le 29 mai 2005 (55%) et aux Pays-Bas le 1er juin 2005 (61%). © Rapport de Michel Barnier "Pour une force européenne de protection civile: europe aid" - page 11.


Manque d'anticipation de la plupart des États membres... et chacun pour soi !

Partie de Chine, la maladie à coronavirus débute en novembre 2019 dans la ville de Wuhan, en Chine centrale, puis se propage dans le monde entier. Le 30 décembre, un médecin ophtalmologue, Li Wenliang, donne l’alerte. Le 20 janvier, une des sommités médicales du pays, Zhong Nanshan, annonce que le virus est transmissible entre humains. Le même jour, le président Xi Jinping sonne la mobilisation du pays.
Le 30 janvier, l’OMS (Organisation mondiale de la santé, une institution de l’ONU) proclame l’état d'urgence de santé publique de portée internationale.
Cette procédure est enclenchée quand « un événement extraordinaire constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États, en raison du risque de propagation internationale de maladies, et peut requérir une action internationale coordonnée ».
On aurait pu penser que l’Union européenne était, grâce à ces alertes et de par sa nature (« Union »), prédisposée à faire face au défi. Elle ne l’était pas ! L’est-elle aujourd’hui ? La santé publique reste du ressort des États.
L' Allemagne a, par décret, interdit l'exportation de matériels de protection médicale (masques, gants, combinaisons) mais s’est bien préparée pour faire face une crise sanitaire majeure, contrairement à la France : pénurie de masques, de gants etc. Pas de plan pour coordonner l’action des hôpitaux publics et privés… Sous la présidence Hollande, la France s’est débarrassée de près de 2 milliards de masques (1), ceux que la politique généreuse mais prévoyante de Roselyne Bachelot, ministre de la santé sous la présidence Sarkozy, avait mis de côté en prévision d’une pandémie !
On peut distinguer dans toute l’UE deux approches. Pour le moins.
L’approche allemande, qui n’exclut pas le confinement, accorde la part belle au dépistage massif. Elle s'avère aujourd’hui la stratégie la plus efficace : moins de 50 décès… contre 5 500 en Italie, pays du confinement sévère et sans dépistage massif. Comme elle, la France du président Macron ne le pratique toujours pas en dépit des appels quasi désespérés de l’OMS. Elle marche avec l’Espagne sur les pas de l’Italie, un pays de 60 millions d’habitants qui compte aujourd'hui à lui-seul la moitié des décès par le coronavirus dans le monde !

L’Europe de la santé n’existe pas

Chaque État membre a abordé la pandémie avec sa propre stratégie, sans concertation ou presque avec les autres États membres. 
En matière de santé publique, le gendarme bruxellois ne fait pas peur. « L' égoïsme sacré des États » règne en maître ; c’est lui qui semble guider leurs conduites. Des conduites vivement dénoncées par Pascal Canfin, président de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire au Parlement européen. « Soit l’Europe réagit vite et fort, soit les frontières se fermeront en cascade », réagit-il, tout en décryptant les mesures mises en face par l’Union européenne pour lutter contre la propagation du coronavirus. En expliquant comment l’Europe pourrait se coordonner davantage (propos recueillis par Céline Schoen - journal La Croix, 14 mars 2020).
Sur la plan économique et financier,  les mesures adoptées par la Commission cloue le bec aux détracteurs des accords de Maastricht. Ils ne pourront notamment plus prétendre que les critères concernant les déficits sont gravés dans le marbre.
Avec cette dérogation accordée par la Commission à la règle des déficits, le «fonds de réponse au coronavirus » (dont la mise de départ s’élève à 7,5 milliards d’euros) sera-t-il suffisant pour surmonter la crise ?
Le plan anti-coronavirus d'une autre institution, la BCE, est loin de rassurer les marchés après une déclaration imprudente (2) de sa présidente, Christine Lagarde…
Aux dernières nouvelles, Michel Barnier est toujours en quarantaine, comme son projet. Profitons de ce billet pour souhaiter un bon et prompt rétablissement à ce vaillant et grand Européen !
(1) Fin 2009, la France disposait pour le moins de 723 millions de masques FPP2, et de 1 milliard de masques chirurgicaux, stockés dans les plates-formes logistiques de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).

 (2)  " Nous ne sommes pas ici pour fermer les écarts, il existe d'autres outils et d'autres acteurs pour traiter ces questions ". Cette déclaration de Christine Lagarde avait provoqué en mars une forte tension sur les taux italiens et provoqué une baisse de l'euro. Avec l'annonce de la BCE d'un "programme de rachat d'urgence d'obligations de 750 milliards d'euros qui sera réalisé d'ici à la fin de l'année", comme réponse à l'instabilité de la zone euro suite à la pandémie du covid 19, Christine Lagarde a rassuré les marchés : "pas de limites à notre engagement en faveur de l'euro". Elle a suggéré que d'autres mesures sont encore susceptibles de suivre, et ce quitte à utiliser "le plein potentiel de nos outils"... (propos relevés sur https://forex.tradingsat.com/cours-euro-dollar-FX0000EURUSD/conseils/euro-dollar-christine-lagarde-ouvre-les-vannes-905363.html)

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