Projet de traité de libre-échange UE-USA : rien de nouveau sous le soleil !

Le projet de Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement (« TAFTA » pour ses opposants), en cours de négociation, fait couler beaucoup d’encre, attise les peurs et voit s'ériger à sa simple évocation un mur de refus. Cela n'a pas toujours été le cas pour un projet de cette ampleur.

UE-USA © Parlement Européen UE-USA © Parlement Européen

L'idée d'un partenariat économique entre l'Europe et les États-Unis n’est pas une nouveauté en soi. Le projet de mise en commun des richesses des deux ensembles au sein d’une même structure, constituant un vaste pôle de stabilité dans le monde, est presque aussi ancien que la construction européenne elle–même. Le « Trade Expansion Act of 1962 », envisageait un partenariat économique euro-américain. À cette époque, aux États-Unis, le président s'appelait John Kennedy et, en France... Charles de Gaulle !

Le « Trade Expansion Act of 1962 » représente le premier pas vers une organisation rationnelle des problèmes économiques intercontinentaux entre les Etats-Unis et la Communauté Économique Européenne. Il est évoqué une première fois devant le Congrès des États-Unis en janvier 1962 par John Fitzgerald Kennedy, suite à la visite de Jean Monnet, auteur d'un projet d’Association économique atlantique (12 juin 1959).
Les États-Unis représentent la partie du monde la plus proche de nous.
Des liens profonds nous unissent aux Américains. Nous partageons la même civilisation, fondée sur la liberté individuelle.
Les mêmes principes démocratiques régissent la vie politique des deux continents. « L’histoire a donné des preuves éclatantes de cette parenté profonde… Quand les valeurs humaines communes à l’Europe et aux États Unis sont menacées, ceux –ci interviennent sans ménager leurs vies et leurs ressources », déclare Jean Monnet dans ses mémoires.

L'Europe n'est pas prête : le projet de « partnership » reste en stand-by
Le 5 janvier 1962, Kennedy évoque l'idée « d'une association commerciale ouverte entre les États-Unis et la CEE ».
L’intention du projet se précise à Philadelphie le 4 juillet de la même année, jour de l’Independence Day. Le président américain prononce à cette occasion un discours au retentissement considérable.
Il propose un « partnership», une association de partenaires égaux… « entre la nouvelle union qui se forme en Europe et la vieille union américaine fondée à Philadelphie, il a 2 siècles... »
John Kennedy a saisi dans toutes ses dimensions l'originalité du projet européen dont Jean Monnet s'est fait le plus ardent propagandiste : « comme nos ancêtres (ndr : les 13 colonies et provinces qui ont contresigné la Déclaration d'indépendance des États-Unis), des nations européennes longtemps déchirées par les guerres recherchent leur force dans l’unité, et leur liberté dans la diversité … Nous ne considérons pas une Europe forte et unie comme une rivale mais comme un partenaire …» Puis, il glisse une petite phrase qui garde encore aujourd'hui toute son actualité : « Il faut d’abord que l’Europe achève de s’organiser à sa façon en prenant sa propre décision.» Une précision qui ne pouvait que satisfaire le général de Gaulle qui craignait « la dissolution du marché commun dans une zone atlantique à la dévotion des États-Unis ». Et qui rêvait « d'une politique européenne ayant une politique indépendante. » (« Histoire économique et sociale de la construction européenne » par René Leboutte. Editeur : PIE Peter Lang)
Le 11 octobre 1962, le Congrès des États-Unis édicte le Trade Expansion Act.... mais l'Europe n'est pas prête. Et ne prend aucune décision...

L'assassinat du président Kennedy sonne le glas du « Grand Dessein »
Après avoir proposé aux Européens « une association commerciale ouverte entre les États-Unis et la CEE », Kennedy n'a pas tardé à inviter les États de la Communauté Économique Européenne à parachever sa construction en assumant toutes leurs responsabilités.
La fin de l'année 1963 est endeuillée par l’assassinat du jeune président, tragédie qui fit retomber le souffle d’espérance suscité par son « Grand Dessein ».
Un demi-siècle plus tard où en est-on ? L’Union politique de l'Europe en est toujours à ses balbutiements. Malgré des liens commerciaux déjà étroits entre les deux continents, les bonnes relations ne résistent pas toujours aux succès économiques de l’UE et surtout à ses échecs politiques.

L'Europe est-elle enfin prête ?
Dans ce climat de crise et de mutation économiques dans un monde où la barbarie prévaut à nouveau sur la raison, le « Partenariat transatlantique de Commerce et d'Investissement » pourrait libérer les échanges entre les deux plus grands marchés de la planète pour faire face aux nouveaux géants continentaux en pleine expansion. Le rapprochement des deux principales économies mondiales permettrait de définir à terme une stratégie géopolitique dans le domaine commercial pour éviter d’être soumis aux conditions asiatiques ou sud-américaines. « Il vaut mieux agir que subir ». Une réactualisation du « Grand Dessein » de Kennedy, en quelque sorte.
À tout le moins, ces accords pourraient booster l’économie du vieux continent, car le principe d’efficacité prime dans le nouveau monde, à condition toutefois que les valeurs sociales et les normes qui gèrent l’industrie et les finances européennes ne soient pas remises en cause, mais puissent être comprises, acceptées et pourquoi pas, partagées. Mais de quel poids pèse un vieux continent frileux qui se croit à l’abri sous le parapluie américain, alors que Jean Monnet, comme tous les « pères fondateurs », appelait de toutes ses forces une Europe capable de prendre une part active aux problèmes du monde ? Monique BELTRAME, présidente du Comité Européen Marseille (1)

 

*Mémoires de Jean Monnet « Europe et États-Unis »

(1) Titre, chapeau, sous-titres, liens, documentation et rewriting : Philippe LEGER (secrétaire général du Comité Européen Marseille)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.