Ce que montrent les monstres

Après Jauffret, Bégaudeau, Salvayre, Velut, Rosenthal et Audeguy, Santiago H. Amigorena revient sur «cette France-là», ses monstres et le devoir de réserve qu'on entend imposer aux écrivains.
Après Jauffret, Bégaudeau, Salvayre, Velut, Rosenthal et Audeguy, Santiago H. Amigorena revient sur «cette France-là», ses monstres et le devoir de réserve qu'on entend imposer aux écrivains.

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Souvent, les monstres se déguisent : Mr Hyde se dissimule sous la douce apparence du Dr Jekyll et les lycanthropes ne sortent que les nuits de pleine lune. Souvent, comme les Centaures, sages et sauvages à la fois, comme le Minotaure, qui se terre au fond du labyrinthe plus qu'il ne s'y trouve prisonnier et reçoit finalement Thésée avec plus de curiosité et de soulagement que de peur, les monstres se dédoublent pour nous dévoiler tels que nous sommes.

Les monstres se montrent pour indiquer quelque chose, nous dit Isidore. Les monstres se déguisent et se dédoublent pour cacher leur propre monstruosité.

Hortefeux ou Besson sont de simples et vrais monstres, et ce qu'ils montrent est réellement monstrueux : ils montrent ce qu'est devenu la France, ce que sont devenus les Français.

Sarkozy, le plus monstrueux de tous, le monstre qui les guide, a été élu. Il a été élu alors qu'il avait déjà montré toute sa monstruosité en tant que monstre de l'intérieur. Son élection ressemblait plus à la deuxième qu'à la première élection de Bush : élection consciente de l'horreur de ce qu'on élit, élection post-mensonge sur les armes de destruction massive en Irak dans un cas, élection post-xénophobie exhibée au ministère de l'intérieur dans l'autre. Élections sans circonstances atténuantes pour leurs électeurs.

Sarkozy, Hortefeux ou Besson représentent bien la France d'aujourd'hui. Une France raciste où les figures du pauvre et de l'étranger remplissent le rôle de celles du juif, du communiste et de l'homosexuel en d'autres temps. Une France où on peut être emprisonné pour ce qu'on pense, pour ce qu'on a écrit, et non pour ce qu'on a fait. Une France qu'il nous faut combattre, comme Julien Coupat - ou une France qu'il nous faut fuir, comme Marie NDiaye.

Santiago H. Amigorena

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Santiago H. Amigorena est écrivain, scénariste et réalisateur. Il est notamment l'auteur de Une enfance laconique, Le Premier Amour et plus récemment 1978 (tous aux éditions POL).

Ce texte fait partie de l'édition participative «Nous sommes tous en réserve de la République» . Consultable ici. En voici la présentation :

Il y a quelques semaines Marie NDiaye se faisait rappeler à l'ordre par le député Eric Raoult qui, dans une question écrite, attirait l'attention du ministre de la Culture « sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt » et pointait un entretien aux Inrockuptibles dans lequel l'écrivaine confiait qu'elle trouvait « cette France-là monstrueuse », « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, (je les trouve) monstrueux ».

 

Puisque s'agissant de littérature, il convient de toujours revenir à la lettre, et que « les monstres » les écrivains en font d'ordinaire leur affaire, j'ai proposé à certains d'imaginer un texte en écho à cette polémique. Non pas un commentaire supplémentaire mais une proposition littéraire sur « cette France-là » et ces « gens monstrueux ».

 

Nous sommes tous en réserve (de la République) est une édition participative de Mediapart dans laquelle seront progressivement publié ces textes, quels que soient leurs formats et leur nature. SB

Déjà publié :

Payez ! par Régis Jauffret

Toutes proportions gardées par François Bégaudeau

Petites Monstruosités ordinaires par Lydie Salvayre

Asphyxie par Stéphane Velut

L'art de la guerre par Olivia Rosenthal

De petits criminels pâles par Stéphane Audeguy

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