Mary et Max

Mary habite à Melbourne. Elle a les yeux couleurs gadouille et une tache de vin couleur caca. Elle a au doigt une bague magique qu’elle a trouvée dans un paquet de céréales et qui lui dit de quelle humeur elle est. Elle fabrique ses poupées avec des feuilles d’eucalyptus et des os de poulet qu’elle récupère chaque dimanche. Elle aime le thé. Elle adore le thé. Plus tard, quand elle sera grande, elle se mariera avec un homme qui s’appellera Monsieur Earl Grey. Ils auront un château en Ecosse, neuf bébés, deux canards et un chien qui s’appellera Kevin. Son père met les cordons qui attachent les sachets de thé au petit carton et sa maman aime le sherry. Sa maman a dit à Mary qu’elle était née par accident, mais Mary ne comprend pas ce que cela veut dire, surtout que son papa lui a dit que les bébés naissaient dans les chopes de bière.

Max habite New-York. Max a une télévision qui n’a pas de son et une télévision qui n’a pas d’image, alors il branche ses deux télévisions en même temps. Max passe ses nuits à regarder ses télévisions en mangeant des hot-dogs au chocolat et en attrapant de la nourriture pour poisson. Et il arrive à attraper beaucoup de mouches, certains soirs. Ce jour là, Henri VIII, le poisson de Max, est mort. Et la vie de Max a perdu toute symétrie. Demain, il lui faudra acheter Henri IX.

Chaque jour, pendant que sa maman vole de quoi manger, Mary compte les choses grises. Ce jour là, elle ouvre un livre gris avec une dame qui tient une chandelle sur la couverture. A l’intérieur, il y a le nom de tous les américains et Mary s’aperçoit qu’il y a beaucoup d’américains et qu’ils ont de drôles de noms. Elle se demande si les bébés américains arrivent par des canettes de cola. Alors elle choisit un américain et décide de lui écrire pour lui demander. Elle choisit Max.

« Cher Monsieur,

J’ai huit ans, trois mois et neuf jours. J’aime le marron et le chocolat. Mon coq ne pond pas encore d’œufs mais ça va venir. Mon père attache les étiquettes aux sachets de thé et ma mère aime vraiment beaucoup le Sherry. Est-ce que les bébés américains naissent dans des canettes de cola ?

Amicaleusement

Mary »

Lorsque Max reçoit la lettre de Mary, on est jeudi. Max n’aime pas le jeudi. En plus, ce jeudi là, il a mangé deux hot-dogs de plus que d’habitude et il sait bien que c’est interdit. C’est ce qu’on lui dit tout le temps dans les réunions des hyperphages anonymes. Et ce jeudi là encore, Marjorie lui a lancé d’étranges œillades pendant la réunion. Max ne sait pas bien interpréter les signes non verbaux. Sans compter que le flirt lui est aussi étranger que le jogging. Il lit la lettre de Mary à quatre reprises puis fait ce qu’il fait toujours quand un évènement surprenant arrive : il se met debout sur un tabouret dans un coin de la pièce et tremble. Mais après avoir passé dix huit heures à regarder par la fenêtre, il prend enfin sa décision : il va répondre à Mary.

« Chère Mary,

Merci pour ta lettre que j’ai lue à 21h17 en sortant de chez le psychiatre. Je n’ai jamais rencontré d’australien. Je vais d’abord répondre à ta question : non, malheureusement les bébés américains ne naissent pas dans une canette. J’ai déjà demandé à ma mère quand j’avais quatre ans. Les bébés arrivent dans un œuf pondu par un rabbin ou, quand on n’est pas juif, dans un œuf pondu par une nonne, ou, quand on est athée, dans un œuf pondu par une prostituée.

Je vis avec un poisson, des escargots, une perruche qui s’appelle « Monsieur Biscuit » et un chat qui s’appelle « Hal ». Il s’appelle « Hal » parce qu’il a mauvaise haleine. Il est avec moi depuis que des enfants l’ont éborgné en lui tirant dessus avec un pistolet à air comprimé. Alors je l’ai gardé.

As-tu un kangourou ?

A ma naissance, mon père nous a abandonné, alors ma mère s’est suicidé et moi j’ai inventé le hot-dog au chocolat. Si tu veux, je peux t’envoyer la recette.

Quand j’étais jeune, j’ai inventé un ami invisible nommé « Monsieur Ravioli », mais comme mon psychiatre dit que je n’en ai plus besoin, je le laisse lire tranquillement dans un coin de ma maison.

Si tu veux, on peut être amis.

Max »

.

« Mary et Max » est un film d’animation. Extraordinaire source d’émotion et de beauté, il raconte l’histoire de vingt années de correspondance entre une australienne et un américain hors norme. Petite merveille de tolérance et d’intelligence du cœur, cette histoire est inspirée de faits réels : comme une magnifique cerise sur un gâteau merveilleux.

mary-and-max-1.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.