Le racisme ordinaire de Newt Gingrich et les applaudissements du public

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les derniers rebondissements des élections primaires républicaines aux Etats-Unis : le troisième round aura lieu ce samedi, en Caroline du Sud, et la Floride suivra le 31 janvier.

Pour ceux qui n'auraient pas suivi les derniers rebondissements des élections primaires républicaines aux Etats-Unis : le troisième round aura lieu ce samedi, en Caroline du Sud, et la Floride suivra le 31 janvier. La course à l'investiture républicaine se poursuit donc avec quelques candidats en moins (Michele Bachmann et John Huntsman) et un favori en la personne de Mitt Romney, suivi par Newt Gingrich. C'est justement lui qui nous intéresse. Newt, ancien président de la Chambre des représentants, a des vues charmantes sur la race et la pauvreté. Il a pu les exprimer une nouvelle fois lors du dernier débat télévisé entre candidats républicains, le 16ème du genre, qui s'est déroulé lundi sur un plateau de la chaîne Fox News installé en Caroline du Sud, face à un public en délire.

"Newt, l'homme compatissant", © Kaveh Adel.

 

Voici la scène :

Le journaliste Juan Williams interroge les candidats sur leurs idées pour améliorer la situation de la communauté afro-américaine. Monsieur Rick Santorum, que feriez-vous pour diminuer le taux de pauvreté chez les Afro-américains ? Monsieur Ron Paul, pensez-vous que les lois de ce pays particulièrement sévères en matière de drogue ont des effets néfastes sur la communauté afro-américaine ? Monsieur Newt Gingrich, pouvez-vous revenir sur vos commentaires précédents : à savoir que les « jeunes pauvres urbains » (comprendre noirs) manquent de modèles parentaux qui leur inculquent l'« éthique du travail », d'où leur inactivité, et qu'au lieu de chercher du travail, ils ne font que demander des aides au « food stamp president », c'est-à-dire le président Obama qui aurait fait exploser le nombre de gens bénéficiant des bons alimentaires (comprendre des assistés) ?

Le journaliste afro-américain termine sa question par : « Vous ne pensez pas que c'est un minimum insultant pour les Américains et particulièrement pour la communauté afro-américaine ? Vous n'avez pas l'impression de rabaisser les pauvres et les minorités raciales ? »

 

« Non », répond le candidat aux faux airs d'Eric Raoult, avant de dérouler fièrement le fil de sa pensée. Quand il répète que le président Obama est responsable de l'explosion du nombre d'Américains bénéficiant de bons alimentaires, le public applaudit très fort. Quand il conclut en expliquant que, lui, il va apprendre aux enfants pauvres (noirs) à se bouger les fesses (par exemple, « nettoyer les toilettes ou le sol de leurs écoles »), à décrocher un job et à le garder, c'est la standing ovation. Malaise garanti. Coupure publicitaire.

 

 

Face à un tel méli-mélo de racisme et d'inepties, les journalistes américains -ceux qui ne partagent pas les vues de Newt et d'un certain nombre d'Américains présents dans le public lors de ce débat- n'en finissent plus de réagir.

« Ca me laisse sans voix ! Newt a-t-il déjà entendu parler des 'working poor' ? Il est tellement bon en maths qu'il pense que si les gens ont deux jobs pour s'en sortir, en fait les deux s'annulent et ils ne font rien ? », réagit Larry Wilmore sur le plateau de l'émission satirique de Jon Stewart, The Daily Show. Au même moment, l'intitulé « Senior correspondent » en bas de l'écran se transforme à sa demande en « Senior Black correspondent » et le journaliste dénonce le racisme de Newt pour qui les quartiers de centre-ville sont peuplés de Noirs, « ceux qui n'ont pas pris l'habitude de se lever pour aller travailler dès le lundi ». L'émission est à regarder en cliquant ici.

La journaliste Joan Walsh du site Salon est outrée (lire ici) : « Par où commencer ? L'administration Obama n'a évidemment pas fait grossir les rangs des bénéficiaires des bons alimentaires...Sous l'administration Bush, le taux de pauvreté a pratiquement doublé, le GOP n'a jamais défendu une politique de relance économique telle qu'il la faudrait, les taux de chômage et de sous-emploi restent scandaleusement élevés », écrit-elle.

« A ce rythme-là, d'ici la fin de la campagne du GOP, on peut être quasiment sûr que ces clowns vont ouvertement vanter les mérites d'un retour à l'esclavage des Africains histoire que notre économie retrouve la pêche... », conclut le site Wonkette

 

Trêve de plaisanterie cynique, les inepties de Newt Gingrich sont d'autant plus mal venues que l'heure est Très grave. 46,2 millions d'Américains vivent sous le seuil de pauvreté aujourd'hui, du jamais vu depuis 52 ans. Le seuil de pauvreté y est fixé à 17.446 euros de revenus maximum par an pour une famille de quatre, c'est-à-dire 1.454 euros par mois pour une famille de quatre. Les minorités sont les plus touchées : 27% de pauvreté chez les Noirs américains, 26% chez les Latinos contre 9.9% chez les Blancs. La Brookings Institution prédit que d'ici 2015, la récession aura ainsi fait 10 millions de nouveaux pauvres aux Etats-Unis.  

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