Quand les Républicains essayent de détourner l’opinion de leur "guerre contre les femmes"

La polémique a fait rage ce weekend aux Etats-Unis. Au centre des critiques, Hilary Rosen, une stratège démocrate bien mal inspirée sur cette affaire mais qui avait pourtant le mérite de pointer du doigt une réalité effrayante : celle du parti républicain face à la situation des femmes dans ce pays.

sexist+ads+0412.jpgLa polémique a fait rage ce weekend aux Etats-Unis. Au centre des critiques, Hilary Rosen, une stratège démocrate bien mal inspirée sur cette affaire mais qui avait pourtant le mérite de pointer du doigt une réalité effrayante : celle du parti républicain face à la situation des femmes dans ce pays.

Invitée mercredi dernier sur CNN pour commenter ce que les médias américains ont décidé d’appeler la "guerre contre les femmes" du parti républicain, terminologie que les démocrates se gardent bien d’utiliser, Hilary Rosen y dénonçait "l’hypocrisie" de Mitt Romney qui estimait ces derniers jours, "après avoir discuter avec sa femme", que "ce qui compte pour les femmes de nos jours, c'est l’économie".

"Et bien devinez quoi, a lancé alors Hilary Rosen: sa femme n’a jamais travaillé un seul jour de sa vie. Elle n’a jamais eu à faire face aux vrais problèmes économiques auxquels sont confrontés la majorité des femmes de ce pays : comment nourrir ses enfants, les envoyer à l’école, s’inquiéter pour leur futur…"

Bien mal lui en a pris puisque les républicains, et la très conservatrice chaine de télévision Fox News ont sauté sur l’occasion pour dénoncer "la position des démocrates qui ne respectent pas le dur travail des mères de famille qui font le choix de rester à la maison". La femme de Mitt Romney, Ann, a d’ailleurs expliqué sur cette même chaine que rester à la maison était "son choix" afin de pouvoir élever ses cinq enfants, que c’était "un travail très dur" et que personne n’avait le droit de "décider à la place des femmes si ces dernières voulaient rester à la maison"…

La polémique a pris tellement d’ampleur que les démocrates (Barack Obama, sa femme Michelle, son chef de campagne David Axelrod…) ont tenu à se désolidariser aussitôt des propos de Rosen. "Je n’apprécie pas trop lorsqu’on s’en prend aux épouses des personnalités politiques", a ainsi lancé le président des Etats-Unis.

Pourtant, comme elle l’a indiqué dès le lendemain sur CNN à nouveau, Rosen n’a pas tenu de propos désobligeants à l’égard de Mme Romney. "J’ai moi même été mère au foyer fut un temps et je ne cherchait nullement à monter les femmes qui travaillent contre les femmes au foyer", a-t-elle précisé sans que personne n’y prête réellement attention. Même le présentateur de CNN, Wolf Blitzer, n’a pas hésité à réprimander la démocrate, insistant pour qu’elle présente des excuses à Ann Romney (ce qu’elle avait déjà fait) comme si il admonestait un enfant ayant fait une bêtise, une attitude paternaliste qui n’a pas plu à tout le monde.

Car si l’on peut remettre en cause le terme "guerre contre les femmes", force est de constater que ce "Rosengate", comme certains l’ont appelé, offre depuis près d’une semaine maintenant un bon de sortie aux républicains concernant leur politique très conservatrice à l’égard des femmes. Le "choix des femmes" si cher à Ann Romney lorsqu’il s’agit de rester à la maison semble moins évident lorsque l’on regarde les lois où les propositions de lois du parti de son mari oncernant la contraception ou l’avortement.

En novembre, sous l’impulsion des républicains, le Mississippi donnait le statut de personne à tout ovule fécondé, ouvrant la porte à une criminalisation de l’avortement et la pilule du lendemain. Des projets de lois ont été présentés au Texas, en Virginie ou dans l’Ohio pour obliger toute femme voulant avorter à "subir" une échographie vaginale, considérée par un éditorialiste du New York Times comme un "abus sexuel de la part de l’Etat". Dans le Wisconsin, les républicains ont abrogé la loi imposant l’égalité de salaire entre les hommes et les femmes, et en Arizona la semaine dernière, ce sont les délais légaux pour l’avortement qui ont été raccourcis… Enfin, en février, une sénatrice républicaine, Olympia Snow, a décidé de démissionner de son poste pour protester contre le retour aux idéologies des années 50 de son parti…

Obama, lui, semble en profiter. Un récent sondage de USA Today/Gallup le donne en tête de 18 points en moyenne chez les femmes dans les 12 états charnières dans lesquels pourraient se jouer l’élection. Pourtant sa gestion de "l’affaire Rosen" n’a toutefois pas convaincu tout le monde. Si l’intéressée elle même comprend que son propre camp la jette sous le bus : "c’est la règle en politique et j’ai déjà été dans la situation de celui qui se désolidarise", il serait bon que la "guerre contre les femmes" du parti républicain ne soit pas passée par pertes et profits par l’administration démocrate et que la campagne électorale américaine soit l’occasion d’une prise de conscience…

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.