Iris Deroeux
Journaliste à Mediapart

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November 6, 2012

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Billet de blog 23 oct. 2012

Dernier débat présidentiel américain: 1917 versus 2012

Le troisième et dernier débat télévise entre les candidats à l’élection présidentielle américaine s’est tenu ce lundi soir à Boca Raton, en Floride. Il a confirmé, si c’était nécessaire, le style et la vision du monde de chaque candidat. D’un côté, un Mitt Romney oscillant une fois encore entre du pur conservatisme et des positions modérées. De l’autre côté, un Barack Obama performant,

Iris Deroeux
Journaliste
Journaliste à Mediapart

Le troisième et dernier débat télévise entre les candidats à l’élection présidentielle américaine s’est tenu ce lundi soir à Boca Raton, en Floride. Il a confirmé, si c’était nécessaire, le style et la vision du monde de chaque candidat. D’un côté, un Mitt Romney oscillant une fois encore entre du pur conservatisme et des positions modérées. De l’autre côté, un Barack Obama performant, préférant insister sur l’éducation, la recherche, la sciences et les énergies renouvelables plutôt que sur les dépenses militaires. Le tout au cours d’une discussion d’abord centrée sur la politique étrangère et la place de l’Amérique dans le monde. Résumons en citant quelques phrases chocs échangées lors de ce débat.  

« Moins de bateaux qu’en 1917 ? Oui gouverneur, nous avons aussi moins de chevaux et de baïonnettes ! Car la nature de l’armée a changé. On a des choses qui s’appellent des porte-avions, des sous-marins nucléaires… »

Voici ce que rétorque Barack Obama suite aux grandes explications de Mitt Romney sur sa capacité à équilibrer le budget du pays tout en investissant dans une armée moderne. Mitt Romney : « Notre force navale est plus petite maintenant qu’à n’importe quel moment depuis 1917 (…) Ils ont besoin de bateaux. C’est inacceptable (…) Je veux faire en sorte qu’ils les aient », pareil pour les forces aériennes. Il ne réduira donc pas le budget militaire « à hauteur de 1.000 milliards comme le veut le président ». Car le futur serait incertain sinon. Barack Obama répond que, non, ce n’est pas son plan, en revanche Mitt doit comprendre comment l’armée fonctionne. Pas comme en 1916 ou 1917 donc.

« Nos dépenses militaires dépassent déjà celles de dix pays combinés », résume Barack Obama, expliquant qu’il faut réfléchir au budget dont le pays a vraiment besoin pour rester en sécurité, mais que « vous -Mitt Romney- ne pouvez pas augmenter de 2.000 milliards les dépenses militaires, surtout que l’armée ne les demande même pas, et annoncer 5.000 milliards de taxes en moins… »

Voilà donc évoqué, comme à chaque débat, un point central du programme de Mitt Romney : la promesse d’une réduction des impôts de 5.000 milliards de dollars au total. Comment ? En supprimant quels abattements, en remédiant à quelles lacunes du système fiscal ? Quelles coupes sont effectuées dans le budget fédéral ?

« Ma stratégie est de m’en prendre aux méchants », dixit Mitt Romney. Je le souligne parce que Twitter ne s’en remet pas. Mitt Romney dit aussi (dans le même débat) que les Etats-Unis ont « le privilège de rendre le monde plus pacifique ». Les deux candidats souhaitent le départ des troupes américaines d’Afghanistan en 2014. Sur la Syrie, ils semblent tous les deux vouloir travailler avec leurs partenaires « afin d'aider l’opposition » souligne Obama, et « en créant un conseil, quelle qu’en soit la forme », estime Romney.

« Ce n’est pas le gouvernement qui fait le succès des entreprises ». Plus tard, « Investir dans les entreprises ? Absolument pas ». Les phrases de Mitt Romney, glissées au cours d’une analyse sur la menace chinoise et ce qu’il juge être Le problème numéro 1 : la Chine manipule sa monnaie afin de gonfler ses exportations. A noter que le Congrès américain s’en préoccupe déjà.

S’exprimant sur cette fameuse menace chinoise, Barack Obama insiste sur l’importance des investissements dans la recherche, la science et l’éducation pour être compétitifs.

« Je suis un enfant de Detroit », dixit Mitt Romney quand il explique que jamais il n’a souhaité la mort de l’industrie automobile. « Ah non, ce n’est pas ce que vous avez dit », rétorque Barack Obama qui lui rappelle l'un de ses discours, prônant la faillite des constructeurs automobiles (afin qu’ils ne renaissent mieux de leurs cendres) plutôt qu’un plan d’aide de l’Etat, tel que l’a initié l’administration Obama.

Les « Food stamps », les bons alimentaires que touchent 47 millions d’Américains pauvres aujourd’hui. Mitt Romney souligne leur existence à plusieurs reprises car le président et ses politiques n’ont manifestement pas aidé ces Américains-là. Les « food stamps » sont généralement cités dans une phrase où il est question d’ « équilibrer le budget » et de « la dette ». C’est la conclusion de Mitt Romney : « Avec ce président, c’est plus de dettes et plus de bons alimentaires ».  

« Oui mais pour donner l’exemple / Avant de se poser en leader … » : un élément de phrase qui revient souvent dans la bouche de Barack Obama et qui lui permet d’insister sur l’importance d’investissements à faire à l’intérieur du pays. Avant d’intervenir ailleurs en somme. A plusieurs reprises, il parle du système éducatif, de la science et la recherche et des énergies renouvelables : les secteurs qui doivent permettre aux Etats-Unis d’être et de rester compétitifs.

A la toute fin du débat, Mitt Romney exprime enfin son opinion sur le sujet : « Oui enfin, j’aime bien les professeurs mais je ne crois pas que l’Etat doivent trop intervenir dans l’éducation. » Toujours avec ce style du patron compatissant rappelant à quel point il vous apprécie lorsqu’il s’apprête à vous licencier.

Ce qui donne lieu à une conclusion assez inattendue du modérateur : « Oui je crois que nous aimons tous bien les enseignants ».

En introduction et en conclusion du débat, les commentateurs américains n’ont cessé de répéter un chiffre, le sondage indiquant qu’à ce jour Barack Obama et Mitt Romney sont à égalité dans les sondages, à 47% d’intentions de vote. Ils se demandent maintenant qui a remporté cette troisième manche : il semble bien que ce soit Barack Obama. Même le New York Times le dit

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