Premier caucus républicain mardi : pourquoi l'Iowa ?

« Pour résumer : ce mardi, va se dérouler une élection visant à sélectionner le candidat préféré d'un petit groupe de gens qui est en fait plus âgé, plus riche et plus blanc que l'électorat américain moyen, et plus à droite que l'électeur républicain moyen. Le monde entier observera. Les cookies seront excellents. »

« Pour résumer : ce mardi, va se dérouler une élection visant à sélectionner le candidat préféré d'un petit groupe de gens qui est en fait plus âgé, plus riche et plus blanc que l'électorat américain moyen, et plus à droite que l'électeur républicain moyen. Le monde entier observera. Les cookies seront excellents. »

 

Voici les mots de Gail Collins, éditorialiste du New York Times qui conclue ainsi un texte acerbe intitulé N'hésitez pas à ignorer l'Iowa dénonçant l'attention médiatique disproportionnée qui entoure ce premier round des élections primaires américaines et critiquant l'existence même de ce caucus, trop influent à son goût. Le caucus d'Iowa se tiendra mardi prochain, le 3 janvier, et il viendra inaugurer le processus des élections primaires visant à sélectionner le candidat républicain qui affrontera Barack Obama, candidat à sa réélection lors des présidentielles américaines, le 6 novembre 2012.

Les mots de Gail Collins nous interpellent : pourquoi en effet suivons-nous cette élection, même en France ? Que se passe-t-il vraiment en Iowa ? Pourquoi cette élection a une place si importante ? Et un caucus américain, à quoi cela ressemble-t-il ? Le politologue David Redlawsk a accepté de répondre à nos questions. Avec Caroline Tolbert, il est le co-auteur d'un ouvrage intitulé Why Iowa ? (Pourquoi l'Iowa ?) publié en décembre, le résultat de plus de dix années d'analyse de terrain .

 

Que se passe-t-il en Iowa le 3 janvier ?

David Redlawsk : C'est le jour du caucus, il s'agit de réunions de quartier pendant lesquelles les habitants peuvent venir exprimer leur préférence pour tel ou tel candidat à l'investiture républicaine et élire leurs délégués, ceux qui auront ensuite le droit de voter à l'échelle des comtés. Les délégués des 99 comtés d'Iowa éliront à leur tour les délégués nationaux qui voteront lors de la convention nationale du parti, en juin, et éliront le candidat républicain qui affrontera Barack Obama.

Le caucus diffère d'une élection primaire : on y élit le délégué de son comté lors d'une réunion tandis qu'une élection primaire consiste à se rendre aux urnes pour élire directement un délégué national.

Ainsi, lors du caucus d'Iowa, un chapitre de politique locale s'écrit, ce qui est peu pris en compte par les médias. Les représentants du parti républicain à l'échelle des comtés sont élus. Ce caucus est donc aussi un moment dédié à la construction du parti, depuis la base. Un programme local prend forme, même s'il reste très proche du programme national du parti républicain. Comme spécificité locale, on notera l'opposition au mariage gay, qui est actuellement autorisé dans l'Etat et que les Républicains veulent absolument abolir.

C'est donc l'occasion pour les habitants de faire un premier choix présidentiel mais c'est aussi un moment servant à structurer le parti républicain. A noter que le caucus a lieu tous les deux ans en Iowa, élection présidentielle ou non.

 

Pourquoi l'Iowa tient cette place dans la course à la présidentielle américaine ?

David Redlawsk : Par accident... Il faut savoir que toute décision concernant les primaires est prise au niveau fédéral, aux sièges nationaux des partis politiques. Ainsi en 1972, le parti démocrate décide de changer les règles et d'organiser le caucus d'Iowa très tôt, en janvier et non plus en mars, pour qu'il soit plus remarqué par le public et plus accessible. Jusque là, les médias focalisaient plutôt sur les Etats organisant des élections primaires, plus simples à comprendre que le caucus.

Puis en 1976, Jimmy Carter devient candidat à l'investiture démocrate. Personne n'y fait trop attention jusqu'au fameux caucus d'Iowa : Carter s'y rend extrêmement visible, on parle beaucoup de lui. Il remporte ce caucus puis l'élection primaire du New Hampshire. Six mois plus tard, il est le candidat démocrate à la présidentielle. Puis il est élu président. Et ainsi naît l'image d'une campagne présidentielle réussie qui peut commencer en Iowa. L'élection de 76 montre qu'on peut attirer l'attention sur soi grâce à ce caucus.

Les leaders de partis ont donc souhaité garder cette formule. Et même si le caucus arrive vraiment tôt, s'il est critiqué car l'Iowa n'est pas un Etat assez « représentatif de l'électorat américain », et bien personne n'a été capable de se mettre d'accord sur autre chose.

 

Pourquoi cette élection est critiquée aux Etats-Unis ?

David Redlawsk : Car le caucus d'Iowa a une influence disproportionnée sur le processus électoral des primaires. Mais c'est normal, c'est le premier Etat à voter ! L'élection est forcément très suivie par les médias, c'est un premier indicateur des bons ou mauvais candidats. Par ailleurs, on critique l'Iowa car ce ne serait pas un Etat assez représentatif de l'électorat américain. Certes. Mais aucun Etat n'est représentatif du pays, pas même la Californie. C'est en votant dans plusieurs Etats que l'on arrive à représenter le pays.

Un caucus, à quoi cela ressemble ?

David Redlawsk : C'est un exercice de démocratie directe. C'est intéressant car cela oblige les candidats à aller sur le terrain, à écouter les habitants et à comprendre quelles sont leurs préoccupations. Cet exercice fait sortir les présidentiables de leur bulle.

Il y a vraiment une dynamique particulière en Iowa. J'ai pu l'observer chez moi, en y vivant : j'ai accueilli des candidats dans mon jardin, où des dizaines de personnes sont venus discuter. Les candidats répondent aux questions, ils testent leurs formules et leurs propositions.

Ils sont obligés de faire ce travail de terrain pour séduire la population. Car à la différence d'une élection primaire, un caucus demande une organisation solide : il faut motiver les électeurs pour qu'ils se rendent à une réunion se tenant à tel endroit, à telle heure, pour élire leur délégué. C'est plus contraignant qu'une journée électorale dans un bureau de vote.

Pour mieux visualiser le caucus, voici une vidéo réalisée en 2008 : cliquer ici. Avant le caucus, les candidats sont en campagne dans l'Etat et mènent un vrai travail de terrain. S'ensuivent les fameuses réunions du caucus tenues dans des écoles, des salles de mairie... Les programmes, les idées et les personnalités des candidats sont mis à l'épreuve.

 

Cette élection du 3 janvier 2012, qu'a-t-elle de particulier ?

David Redlawsk : On dit que ce caucus suscite un peu moins l'attention des médias. C'est normal, il n'y a que le caucus républicain cette année. En 2008, se tenaient à la fois les caucus républicain et démocrate. Au total, 17 candidats étaient venus à la rencontre de la population locale.

Cette élection diffère aussi à cause des débats télévisés qui ont eu lieu ces derniers mois entre les candidats à l'investiture républicaine. Ces débats ont pris tant de place que les candidats ont passé moins de temps sur le terrain. Nous verrons mardi si la participation s'en ressent.

Enfin, 2012 est spéciale du fait des incertitudes du parti républicain, tiraillé entre la faction Tea party et les candidats plus traditionnels. Il me semble que cette difficulté du parti à trouver une direction favorise Mitt Romney. Personne ne le défie vraiment pour le moment.

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