Denis Baupin: «La ligne de partage passe entre les productivistes et les écologistes»

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre.

Mediapart a adressé un questionnaire à des représentants des différentes motions d'orientation stratégiques présentées au suffrage des Verts dimanche 16 novembre. Pour la liste Face à l'urgence, unir les écologistes (motion D, Unir), Denis Baupin, membre du conseil national des Verts, maire adjoint de Paris au développement durable, répond.

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Faut-il refonder l'écologie politique et si, oui, sur quelles bases?
Oui. Pas en faisant table rase mais en prenant acte du fait que l'organisation actuelle des Verts n'est pas satisfaisante et qu'elle ne permet pas de répondre à l'urgence écologique. Pour cela, il nous faut inventer une organisation politique du XXIe siècle, qui fonctionne en réseau, avec les acteurs politiques, mais aussi avec le mouvement associatif, avec les intellectuels, avec les mouvement syndicaux. Il faut dépasser nos lourdeurs de fonctionnement et mieux occuper l'espace politique de l'écologie que nous avons laissé en déshérence.
Si nous avons fait 1,57% à la présidentielle, si José Bové ou Nicolas Hulot ont pu occuper le terrain de l'écologie, c'est que les Verts n'incarnaient pas l'ensemble de la légitimité écologiste.. Donc pour nous, la question du dépassement des Verts est clairement posée. Et cela ne doit pas être un coup politique, sur l'élection européenne, mais une évolution durable.

Le mouvement doit-il rester ancré à gauche ou revenir sur des fondamentaux environnementalistes?
Les Verts n'ont jamais été un parti strictement environnemental. Je suis adhérent depuis 1989 — ce parti n'avait que 5 ans —, mais déjà les Verts étaient pour la régularisation des sans papiers, les 35 heures, etc. Toutes ces questions font partie du bagage de l'écologie politique. Il y a une cohérence à cela: : quand on défend l'environnement, c'est qu'on a une vision exigeante de la qualité de vie des terriens, donc qu'on est humaniste.
La question de notre rapport à la gauche se pose d'un point de vue théorique autant que pratique: nos valeurs sont évidemment plus proches de la gauche que de la droite, et donc nos alliés logiques sont du coté de la gauche. Mais nous avons une approche critique de la gauche, car la grille de lecture des autres partis est restée figée et antérieure à la prise de conscience écologique. Or prendre en compte les impératifs écologiques remet en cause une bonne partie de leur approche.
La gauche défend un développement humain plus équitable, une redistribution des richesses, mais ne la conçoit qu'en augmentant la taille du gâteau. Or, estimer que la croissance va régler tous les problèmes est une idée fausse. Le monde n'est pas infini et déjà l'empreinte écologique moyenne des humains équivaut à 1,3 planète. Cela veut dire que nous consommons plus que nous pouvons produire. Par exemple, face à la crise pétrolière, nos partenaires de gauche proposent de baisser les taxes pour permettre de continuer à surconsommer. Ce que nous apportons à la gauche, c'est une façon de penser un système de redistribution du « gâteau » existant, non seulement entre « pays riches », mais également au niveau planétaire. Parce qu'eux n'arrivent pas à résoudre la contradiction entre des questions environnementales perçues comme élitistes et des questions sociales auxquelles ils ne répondent que par du productivisme.


Les Verts doivent-ils se situer comme un complément ou une alternative au Parti socialiste?
Ca peut paraître prétentieux, surtout avec notre score à la présidentielle - qui devrait être relativisé par celui que nous ferons aux européennes - mais notre objectif est forcément de nous situer comme une alternative. L'écologie politique a vocation à structurer la gauche en créant un nouveau clivage, à la manière de celui qui a opposé les monarchistes aux républicains, puis quand la République l'a emporté, la droite à la gauche. Nous sommes bien sûr plus proches de la République et de la gauche, mais pour nous, la ligne de partage politique passe entre les productivistes et les écologistes. Nous n'avons pas vocation à n'être que les alliés des socialistes.


L'écologie doit-elle servir la croissance économique ou tendre vers l'austérité et la décroissance?
La décroissance telle que nous l'envisageons n'est pas l'austérité, parce qu'elle n'est pas subie mais organisée. Elle peut même passer par une croissance dans certains secteurs comme les transports collectifs ou les énergies renouvelables, par exemple. Il faut redéfinir les indicateurs économiques pour qu'ils rendent mieux compte de la compatibilité de la façon de vivre des êtres humains avec les ressources naturelles. On peut se montrer innovants: les transports collectifs, la création d'écoquartiers, l'isolation, ... permettent plus de justice sociale et de créer des emplois. Qui plus est, des emplois non délocalisables. Il ne faut pas confondre décroissance et récession.

Pouvez-vous détailler trois mesures concrètes que propose votre motion?
Nous proposons trois axes principaux:
- trouver des réponses qui permettent de concilier les réponses à la crise écologique comme à la crise sociale;
- l'organisation d'ici fin 2009, dans la foulée des européennes, d'un congrès qui permette de dépasser les Verts;
- consacrer désormais l'essentiel de notre énergie à agir à l'extérieur du parti: il faut inventer des règles qui cessent de valoriser ceux qui passent leur temps dans des jeux de réseaux et de tendances.

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