Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

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Billet de blog 5 avr. 2009

Les dessous de la campagne d'Obama, par Howard Dean

Un jour pour les politiques, un jour pour les blogueurs: après avoir planché samedi 4 mars devant des députés socialistes, Terra Nova et quelque 200 spectateurs, samedi 4 mars, l'ancien candidat à l'investiture du parti démocrate pour la présidentielle de 2004 et chef du parti pendant la dernière campagne américaine, Howard Dean, est venu porter la bonne parole dimanche devant la petite tribu Web parisienne.

Vincent Truffy
Journaliste à Mediapart

Un jour pour les politiques, un jour pour les blogueurs: après avoir planché samedi 4 mars devant des députés socialistes, Terra Nova et quelque 200 spectateurs, samedi 4 mars, l'ancien candidat à l'investiture du parti démocrate pour la présidentielle de 2004 et chef du parti pendant la dernière campagne américaine, Howard Dean, est venu porter la bonne parole dimanche devant la petite tribu Web parisienne.
Howard Dean est généralement crédité de la première campagne électorale utilisant pleinement les possibilités d'Internet, conçue par Joe Trippi (directeur de campagne) et Zephyr Teachout (responsable Internet). La légende raconte que le gouverneur du Vermont a été surpris de trouver 300 militants enthousiastes à New York lors d'un meeting, qui s'étaient donnés rendez-vous en utilisant Meetup, un réseau social spécialisé dans l'organisation de recontres et de réunions. «C'était un site utilisé pour construire et entretenir des communautés sur les sujets les plus variés, comme le jardinage. Nous nous sommes contentés de rapprocher les initiatives spontanées de blogueurs et membres de Meetup pour créer un communauté au niveau national». Convaincu de la puissance de l'outil, il s'appuiera, dans la course à l'investiture, sur l'association MoveOn et la plateforme informatique DeanSpace: «Le changement est venu du renversement de logique: les initiatives remontaient de la base vers le sommet». La suite est connue: John Kerry est devenu le candidat démocrate et a été battu par George W. Bush.
Mais l'expérience, pour lui, ne fut pas vaine: «la campagne pour l'élection d'Obama a commencé en 2003». Il a appliqué ces techniques de collecte de fond et d'organisation du travail militant dès son arrivée à la tête du parti démocrate en 2005, en mettant en place PartyBuilder qui se déclinera pendant la campagne en MyBarackObama.com «Cet outil nous a permis de consolider notre base de données de militants et de sympathisants: aux Etats-Unis, nous sommes en campagne électorale permanente; il y a toujours une élection locale. Nous avons mis à la disposition de nos candidats nos données; ils nous les renvoyaient vérifiées et souvent augmentées de nouvelles informations». Le résultat, ce fut Catalist, qui gère une base de 220 millions d'Américains avec parfois 600 informations par personne, 1,3 million de numéros de téléphone mobile pour mobiliser les sympathisants par SMS, dix fois plus d'adresses e-mail («Il n'y a pas de problème de données privées: les gens ont donné volontairement ces renseignements», assure-t-il, même si la base a été constituée par achat de fichiers pour 30 millions de dollars). En pendant la campagne, 1,2 million de militants actifs, 68 millions d'électeurs contactés, soit près de la moitié du corps électoral. «La campagne d'Obama était très décentralisée, mais ce fut l'une des plus disciplinée que j'ai jamais vu.»

Faut-il pour autant faire reposer entièrement les campagnes sur l'outil technologique? «Non, répond Howard Dean. Internet ne vous offre pas aucune garantie que vous aurez quelque chose d'intéressant à dire. Mais cela permet aux gens de s'organiser. Je me souviens de cette femme qui disait: "jusqu'à présent, je pensais que j'étais toute seule...". Ce qui est important, c'est de garder toujours le contact: le moyen le plus efficace de faire en sorte que les gens votent pour vous reste d'aller frapper à leur porte. Simplement, ici, chaque militant avait son contingent de 40 portes, auxquelles il est allé frapper 4 fois pendant la campagne en moyenne. Cela crée une relation. Et puis cela a permis à chacun de se sentir impliqué dans la victoire de Barack Obama: donner du temps, de l'argent, c'était faire partie de quelque chose de plus grand que soi.»

C'est donc un pouvoir «participatif» que l'équipe de campagne d'Obama a promis, où les électeurs ont eu l'impression, un instant, de prendre la main et d'inspirer le candidat — «bien sûr, Obama et son équipe sont des politiciens; mais ils sont plus enclins à écouter la base» (grassroots), assure Howard Dean.

Cette volonté résistera-t-elle à la transformation, symbolique, de Change.gov en WhiteHouse.gov? Jeudi 26 mars, Barack Obama s'est livré à l'exercice des réponses aux questions des Américains («Open for questions») en le modernisant: 92.925 personnes ont envoyé 104 129 questions sur l'économie, en 36 heures, au président. En 70 minutes d'émission, il a pu répondre qu'à moins d'une dizaine d'entre elles. Les limites du participatif.

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