Expressions courantes (01)

J'écris donc mon premier article sur le patois de la contrée de mes aïeux. En fait, je me contenterai de relever des expressions courantes entendues dans mon enfance, puis oubliées ou presque, puis remémorées au hasard des courriels échangés avec mes frères, mes soeurs, cousins et cousines, ou amis. Les uns et les autres dispersés un peu partout en Europe et jusqu'en Amérique, en Afrique et sa périphérie.

Ces expressions rapportées ne le sont pas selon les formes académiques de la langue d'oc. Elles sont rapportées sans prétention, plus ou moins phonétiquement. Essentiellement dans le but d'en conserver une trace à une époque où la transmission orale risque de cesser ou presque.

Je souhaite que d'autres internautes en fassent autant en ce qui concerne le patois de leurs aïeux.

 

Par convention, je vais procéder ainsi :

oc : la citation en patois

oïl : la traduction en français

nb (nota bene) : un éventuel commentaire

 

C'est parti pour un modeste début.

 

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oc : Lou sourel me fa canta, et tu me fas caga.

oïl : Le soleil me fait chanter, et toi tu me fais suer.

 

nb : Littéralement : "tu me fais déféquer". Se dit, la plupart du temps, entre deux amis, sur un ton plutôt affectueux. Cela peut par exemple indiquer qu'on est d'accord sur le fait qu'on n'est pas d'accord.

 

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oc : Marquo mal se proumeno.

oïl : L'orage menace d'éclater.

 

nb : Littéralement, "des nuées noires se promènent". "Marquo mal", c'est le temps qui menace. "Ça se présente mal". Nous sommes dans une société de ruraux, d'agriculteurs. La météo est quelque chose d'important pour le travail.

Cette expression était en général adressée par le paterfamilias à la tablée de ses enfants trop turbulants. La parole était accompagnée d'un geste ébauché en direction du béret vissé sur le crâne détenteur de l'autorité. En général, ces quelques mots et le geste accompagnateur suffisaient à calmer les esprits.

Dans le cas contraire, le béret était saisi promptement et s'abattait à bout de bras sur le crâne du plus récalcitrant des enfants. Comme ce n'était pas un objet spécialement contondant, on ne relevait aucun hématome, mais la victime pouvait en rester légèrement sonnée pendant quelques secondes. Dans tous les cas, ses ardeurs en restaient calmées jusqu'à la fin du repas. Idem pour le reste de la troupe.

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