Victoire au bout de l'ennui.


Quand la chambrée s'endort …

 

 

J'avais quitté le stade des Montées et le RCO en Fédérale 1, je retrouve l'équipe six mois plus tard en Fédérale 3, deux niveaux plus bas. Je pensais bien naïvement qu'en conservant quelques joueurs ayant évolués au meilleur échelon amateur et grâce à l'apport du centre de formation, ce club allait trouver des ressources pour sortir, au moins sur le terrain, de la crise dans laquelle une gestion calamiteuse l'a poussé.

 

Que nenni. Ce qui tint lieu de spectacle et qui s'apparente plutôt à un long pensum sans âme, fut d'une telle médiocrité que la victoire n'est en aucune manière sujette à satisfaction. Pourtant, tous les ingrédients étaient constitués pour que la fête fut au moins convenable. Une pelouse en parfait état, un soleil radieux, la présentation de l'école de rugby et une température idéale.

 

Fort de tout ça, je pensais que le club en avait fini avec ses vieux démons, sa folie des grandeurs passée. Le coup d'envoi fictif donné par deux joueuses de hand-ball, vice championnes du monde espoir. Si j'en crois les explications plutôt confuses du chauffeur de tribune... Ce fut le premier signal négatif. Décidément, il est difficile de se faire à la modestie et à la simplicité qu'impose ce niveau de compétition.

 

Pourtant une bonne chambrée remplissait une partie de la tribune. Je n'avais jamais imaginé jusqu'alors qu'on puisse utiliser ce vocable pour désigner les spectateurs d'une rencontre sportive. Après quatre vingt minutes soporifiques, je le comprends bien ; de la chambrée au sommeil profond, il n'y a qu'un glissement de sens ….

 

Examinons la confrontation de style, si on peut utiliser un terme bien trop élogieux, pour qualifier ce brouillon de rugby. D'un côté des visiteurs lourds, forts sur les phases de combat, dominateurs en touche, empruntés sur leurs arrières. De l'autre, quelques individualités véloces mais personnelles, de la vitesse et de l'enthousiasme pour les jeunes qui se voient enfin offrir une chance dans ce club qui les a quelques temps négligés.

 

Mais aucun patron dans le camp orléanais. C'est d'abord ça la plus mauvaise surprise. Pas un joueur ayant connu l'élite amateur ne s'est montré capable de poser le jeu, d'organiser les lancements, de s'imposer de manière ostensible. Bien au contraire, c'est un ancien de la maison, depuis quelques années à Pontault Combault qui survola les débats : Cédric A.

 

Ensuite, aucun fil conducteur. Pas de continuité. Les actions sont d'une pauvreté collective affligeante, les actions très courtes, le passage au sol systématique. Il manque véritablement un cadre à cette équipe et faute de patron, la stratégie pourrait prendre le relais, j'en veux pour preuve ce beau départ sur mêlée au centre du terrain avec un bel écran qui donna un des rares éclairs. Ce qui manque aux joueurs, l'entraîneur peut leur apporter par des combinaisons structurantes.

 

Mais ce ne fut qu'un instant dans beaucoup de grisaille. L'essai qui au final fera la différence sera même le fruit d'une maladresse, d'une confusion et d'un imbroglio digne de vidéo gag. Après une pénalité largement manquée pour le RCO, un joueur banlieusard prend trop son temps pour dégager son camp, il donne en mauvaise posture à un coéquipier qui prend le juge de touche pour un des siens. Le ballon tombe au sol et un Orléanais aplatit ce cadeau entaché d'un doute.

 

La fin fut un brouillon de rugby plus confus encore que l'essentiel de cette partie anesthésiante. La victoire 20 à 15 semble satisfaire une partie du public toujours aussi chauvine et qui a oublié d'apprendre la sportivité tandis que les connaisseurs faisaient la grimace. Nous pouvons nous réjouir pour les joueurs qui font leur possible, mais ce sont bien les seuls à avoir pris du plaisir en ce dimanche après-midi.

 

Somnolencement vôtre.  

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