Billet de blog 11 sept. 2012

Le fait du Prince !

Comment noyer le poisson ? J'ai, pour quelques instants, replongé dans le milieu sportif. Un ami, en butte à une contrariété m'avait demandé de lui servir de témoin lors d'un entretien avec celui qui représente l'autorité fédérale en notre région. Je devais être un témoin silencieux, ce que je fis scrupuleusement, me plaisant à prendre des notes pour la contrariété manifeste de celui qui sait avec raison qu'on peut redouter ma plume quand elle prend plaisir à se tremper dans le vitriole.

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Comment noyer le poisson ?

J'ai, pour quelques instants, replongé dans le milieu sportif. Un ami, en butte à une contrariété m'avait demandé de lui servir de témoin lors d'un entretien avec celui qui représente l'autorité fédérale en notre région. Je devais être un témoin silencieux, ce que je fis scrupuleusement, me plaisant à prendre des notes pour la contrariété manifeste de celui qui sait avec raison qu'on peut redouter ma plume quand elle prend plaisir à se tremper dans le vitriole.

« Dan » est un dirigeant, bénévole et compétent, depuis bientôt vingt ans. Il a occupé bien des fonctions dans cette instance régionale, il a œuvré sans ménager sa peine pour agrémenter les locaux, créer puis animer l'outil informatique. Il siégeait à la commission de discipline, une instance qui ne manque jamais de travail dans le sport régional depuis huit années pour la satisfaction de tous.

Mais voilà, un jour, il reçoit une lettre de remerciement dans les deux acceptions de ce terme. Un quiproquo, un malentendu, une maladresse … Qu'importe puisque au bout de cet entretien, les deux parties finiront par se rabibocher, un peu aidées par la présence inquiétante de ce taiseux écrivant. Je ne vais pas entrer sur le fond de ce qui tient lieu de dialogue et qui en fait fut un long numéro d'amuseur public du Prince en son palais. Je me suis attaché à repérer les trucs et les astuces, les travers et les grimaces de la communication du pouvoir bien ordonné.

« Dic » est président depuis des lustres. Ses mandats se succèdent, celui qu'il vient de débuter étant toujours le dernier avant de faire celui qui serait de trop. Cette fois, c'est juré, il prépare sa succession dans quatre ans en proposant, ça va de soi, un plan d'action sur dix ans. Les mots s'emberlificotent pour éviter le sujet qui fâche, la rupture avec un vieux compagnon de route qui a cessé de plaire au souverain, qui a commis une faute ou qui a lassé sans le savoir. Dans ce monde aussi, les choix du seigneur sont impénétrables !

Il parle, il se saoule de mots. Il use de toutes les astuces que quelques grands modèles lui ont confiées pour tenir un rôle pour lequel, il n'avait peut-être pas le profil. Il a appris, il se sert des vieilles ficelles qui font fureur dans les vestiaires. De belles modulations de voix, des petits dérapages lexicaux pour aller explorer un registre familier, des allusions graveleuses, quelques confidences, de belles flatteries et le poisson est emballé dans un vieux papier journal jaune !

Je ris sous cape, je me gausse. Je reconnais les grimaces pour en avoir usé moi aussi quand j'avais la charge de tenir un discours d'avant match. Les dirigeants aussi jouent cette comédie du pouvoir. Il frappe du poing sur la table, joue des quelques onomatopées bien senties, fait quelques œillades à celui dont il ne veut plus dans sa petite cour. C'est véritablement du grand art.

Il ne recule pas devant ses responsabilités. Il revendique la solitude du pouvoir, la nécessité de la prise de décision. Il parle à la première personne du singulier avec un « Je » de majesté. « J'ai décidé ! » Il nous joue la sérénade du droit à l'erreur tout en affirmant mordicus son devoir de décision. C'est la franchise faite homme, c'est le sens d'un discours trop long pour être honnête …

De sa logorrhée incessante, il est bien difficile de garder une ligne de conduite. Il passe du coq (c'est lui, naturellement) aux ânes (tous les autres ou peu s'en faut). C'est un régal d'obscure clarté du discours sans fondement. Il ajoute quelques dessins sur un bloc pour donner corps à ses propos, use d'un langage que je pense convenu avec son interlocuteur pour découvrir ensuite qu'il ne l'était pas. Il métaphore, il élude, il ellipse, il gesticule, il embrouille, il s'emporte, il confidence !

Bravo l'artiste ! J'avoue ne plus rien saisir, ne plus savoir où il veut en venir. Il a noyé le poisson, il l'a écaillé, il l'a vidé, il l'a emballé et maintenant il a même l'intention d'en faire une petite matelote ! C'est sans doute pourquoi, il nous avait reçu avec un magnifique tablier de cuisine, d'un vert plein d'espérance pour sa victime d'alors. L'homme est jovial, c'est pour ça qu'on finit toujours par l'aimer malgré ce cirque insupportable !

À coté de lui, son bras droit n'a pas la parole. C'est pourtant lui l'auteur de la lettre de rupture. Chaque fois que « Dic » lui donne la parole, il le coupe presque immédiatement pour se lancer dans une nouvelle tirade. Il lui laisse juste le temps de quelques bredouillements, d'une ou deux hésitations et il reprend la main qu'il ne cesse d'ailleurs d'agiter en tous sens !

« Dic » finit par se lasser lui-même de sa débauche « d'emberlifications » oratoires. Il commence à trouver le temps long ; ça fait bientôt une heure qu'il déblatère pour ne rien dire ou presque. J'avoue moi aussi en avoir assez de ce spectacle qui finit par être pitoyable et si peu utile. Au bout de l'impatience, il finit par lâcher le morceau, réintégrer le malheureux avec quelques conditions d'usage. Tout ça pour si peu !

Le fond du problème n'est absolument pas réglé. Il y a manifestement une question d'incompatibilité d'humeur entre le bras droit et l'ex banni. Il faudra bien qu'une explication ait lieu, loin du moulin à paroles, entre quatre yeux et sans témoin. Je me demande à quoi j'ai bien pu servir. Je m'interroge. Ce spectacle ne m'était-il pas destiné, de crainte de ce que je pourrais écrire ? Je n'ai plus rien à voir avec son autorité et son pouvoir de pacotille. Je vous livre tel que j'ai ressenti ce moment d'une totale vacuité. Vous en ferez ce que vous voulez ! Moi, finalement, je me suis bien amusé !

Doctement vôtre 

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