Grandeur et décadence d'un club de rugby.

« Clochemerle » en Ovalie.


 

Il existe quelque part en France, un club de Rugby qui depuis bientôt 20 ans a la folie des grandeurs. La chose n'est pas rare, il y a partout dans ce pays des gens qui rêvent de gloire et de pouvoir et usent du sport pour réaliser ce rêve illusoire. La méthode est d'ailleurs toujours la même : un homme providentiel frappe à la porte, apporte d'une manière ou d'une autre des moyens financiers considérables.

 

Le sport est devenu une histoire de gros sous. Tout s'achète et les hommes sont à vendre au Rugby comme dans tous les autres sports. Ils traversent le pays ou bien viennent de lointaines contrées étrangères pour pratiquer un jeu qui n'est pour eux qu'activité lucrative. Les équipes deviennent alors étrange ensemble cosmopolite, tour de Babel qui n'a plus guère de sens.

 

Les gars de la région se retrouvent repoussés loin de l'équipe fanion. Des mercenaires ont pris leur place sur le terrain. Dans les coulisses, c'est le même drame qui couve. Le mécène intéressé met des hommes à lui en place pour tenir la structure. Ils viennent d'horizons différents et ont souvent en commun de ne rien connaître à ce sport et s'appliquent à le démontrer remarquablement bien ...

 

Les décisions sont prises alors dans une pure logique comptable. Le sport, la formation, les valeurs que l'on attribue généralement à l'activité perdent toute signification à leurs yeux de gestionnaires avisés. Les mots ronflants venant tout droit des écoles de commerce et de management prennent le pas sur le discours associatif. Le club devient entreprise qui communique vers les partenaires économiques du bassin local.

 

On échafaude des plans en trois ans pour gravir les échelons de la hiérarchie. On se donne des allures de grands, on déguise tout le monde : cravate, blazer, tenue officielle. Le club devient une entreprise qui n'existe qu'au travers d'une vitrine factice coupée des réalités locales et d'une base totalement ignorée.

 

D'année en année, il faut repousser le projet. Les résultats ne sont pas en relation avec les sommes englouties, les intentions affichées. Les collectivités locales se laissent prendre au joli discours. Elles apportent leur contribution, soutiennent à fond un projet qui sort totalement du cadre dévolu aux subventions publiques. L'argent finance des joueurs, Arlésiennes gourmandes qui rendent souvent bien peu les espoirs investis.

 

Dans les travées, on s'impatiente. La grogne monte. Le club se fissure. La base s'indigne du mépris avec lequel elle est considérée par des dirigeants qui n'ont d'yeux que pour leur miroir aux alouettes. Le gros pourvoyeur de fonds se lassent, de moins gros prennent sa place. La pente est mauvaise. Arrive alors une année de défaites. Le rêve se brise, l'équipe fanion est en berne. C'est la crise, la descente aux enfers !

 

Les couteaux sortent des placards. On se déchire la dépouille de la bête en espérant la voir renaître de ses cendres actuelles. Les anciens soufflent sur les braises pour espérer raviver la flamme. De nouveaux arrivent avec un autre projet, un plan en cinq ans (histoire de changer) pour rallumer le rêve : la seconde division professionnelle, le Graal local !

 

Il se murmure des grands noms d'ovalie, repreneurs magiques qui viendraient se perdre en notre province pour relancer la machine à pomper la manne financière. Ils bouteraient le souvenir glorieux de ceux qui vinrent en leur temps passer quelques moments profitables en notre bord de Loire avant que de s'en aller vivre le reste de leur âge bien loin de Clochemerle sur Loire..

 

Il y a aussi bataille juridique pour s'approprier la direction de l'épave. Assemblée extraordinaire, motion de défense, pétition ou référé. Les protagonistes y perdent toute mesure, ils prennent en otage des enfants, les bénévoles, les éducateurs et des joueurs qui veulent simplement assouvir leur passion quand d'autres ne leur retournent que des ambitions personnelles.

 

La mairie vient se mêler à la danse. Elle fait un choix, se permet d'imposer ses vues. Des arrières pensées politiques viennent ajouter à la confusion actuelle. La municipalité apporte son obole, elle fournit subsides supplémentaires pour éviter la faillite. Les contribuables assistent impuissants à cette forfaiture déloyale.

 

La presse locale s'amuse de la pantomime. Il y a de quoi écrire jolis papiers. Les jours passent, les coups pleuvent, les noms d'oiseaux volent certainement mieux que les bonnes intentions. Le sport n'était que prétexte, il passe totalement à l'arrière plan. Le bazar compromet déjà la saison à venir sans que ceux qui s'entredéchirent ne s'en soucient vraiment. C'est à pleurer de rage !

 

Irraisonablement leur.

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