Syrie de l'empire ottoman à la 1ère guerre israèlo-arabe -2

Empire Ottoman en 1914 Empire Ottoman en 1914

La province ottomane de Syrie pendant la Première Guerre mondiale

Le 5 novembre 1914, l’Empire ottoman entre en guerre aux côtés de l’Allemagne, tandis que les nationalistes arabes choisissent de soutenir les Anglais et les Français. Une répression s’abat alors sur eux : le 6 mai 1916, 17 nationalistes musulmans et 4 chrétiens sont pendus sur la place des Canons, à Beyrouth. Par ailleurs, suite à un échange de lettres, le haut-commissaire britannique en Égypte MacMahon promet un royaume arabe indépendant au chérif Hussein, dirigeant de la région du Hedjaz et gardien de la Mecque et de Médine (correspondance Hussein-MacMahon). Le chérif Hussein déclenche alors la grande révolte arabe destinée à libérer les provinces arabes de l’Empire.

Fin septembre 1918, les troupes arabes de l’émir Fayçal, fils du chérif Hussein, entrent à Damas qui a été évacué quatre jours plus tôt par l’armée ottomanes. Le 5 octobre 1918, un gouvernement arabe est formé, présidé par Ali Rida Rikabi. Au moment où la teneur des accords Sykes-Picot et de la déclaration Balfour leur est révélée, les Arabes de Syrie tentent de hâter l’avènement de leur État. Lors de la conférence de la paix qui s’ouvre le 18 janvier 1919 à Paris, Français et Britanniques se disputent le partage des territoires arabes et ne prennent pas en considération les revendications de la délégation menée par Fayçal. En août 1919, la commission américaine King-Crane envoyée sur place pour sonder les aspirations arabes émet des conclusions en faveur de l’unité de la Syrie sous un régime de monarchie constitutionnelle, avec l’établissement d’un mandat anglais. Le texte est rejeté par les gouvernements français et britannique qui refusent de reconnaître le royaume indépendant de Syrie proclamé le 8 mars 1920 par le Congrès général syrien.

L’établissement du mandat français en Syrie

Le 25 avril 1920, à San Remo, la France et la Grande-Bretagne finalisent le partage des mandats. Une fois la nouvelle connue, des émeutes se produisent en Syrie et une Constitution, la première dans le monde arabe, est votée. Les Français décident alors d’imposer les mandats par les moyens militaires. Les troupes arabes sont battues par la troisième division de l’armée du Levant commandée par le général Gouraud à Khan Maysaloun, à 20 km de Damas. Le 25 juillet 1920, les Français occupent la ville et ordonnent à Fayçal de partir. La division de la Syrie a lieu très vite, un mois après Maysaloun ; elle donne naissance aux Etats suivants :

  • Le Grand Liban, détaché de la Syrie et proclamé le 1er septembre 1920.
  • L’État d’Alep.
  • Le territoire alaouite, placé sous l’administration directe de la France.
  • L’État de Damas.
  • Le sandjak d’Alexandrette, province autonome placée sous l’autorité française.
  • L’État druze indépendant.

Si les maronites et les alaouites sont satisfaits du morcellement qui a été fait, le reste de la population s’y oppose. La France tente de brider par la violence les troubles qui éclatent dans toutes les régions. Puis elle décide de réunir les États de Damas, d’Alep et le territoire alaouite dans le cadre d’un Conseil fédéral. Le 5 décembre 1924, l’État de Syrie est proclamé, qui unit les Etats de Damas et d’Alep. Le territoire alaouite devient un État.

Démembrement de l'Empire Ottoman 1920 Démembrement de l'Empire Ottoman 1920

La Syrie sous le mandat

Le 18 juillet 1925, la grande révolte syrienne est déclenchée par les druzes commandés par Sultan al-Atrache. Le Parti du Peuple, ainsi que d’autres courants nationalistes, s’y rallient. Elle prend fin au printemps 1927, après un an et demi de violences marquées par l’instauration de la loi martiale et le bombardement de Damas en octobre 1925 et en mai 1926.

Le 24 avril 1928, une Assemblée Constituante dominée par les nationalistes du Bloc national voit le jour à l’issue d’élections auxquelles les Etats druze et alaouite ne participent pas car ils sont considérés comme autonomes. Le projet de Constitution élaboré par cette Constituante établit en Syrie une République parlementaire qui doit régir tous « les territoires syriens détachés de l’Empire ottoman, sans égards aux divisions intervenues après la fin de la Guerre Mondiale » [1]. Cette disposition vaut à l’Assemblée constituante d’être dissoute par le haut-commissaire qui promulgue une autre Constitution. Lors des élections de 1932, l’opposition nationaliste est battue et les villes connaissent des manifestations anti-françaises.

L’année 1932 est celle du retour en Syrie de Michel Aflak et Salah Eddine Bitar après quatre ans passés à la Sorbonne. Tous deux sont professeurs dans un établissement de la capitale syrienne et ils évoquent avec leurs élèves des idées suivantes : libération nationale, Etat solide capable de faire entrer la Syrie dans la modernité, Nation arabe, Unité. Leurs idées sont à l’origine de la fondation du parti Baath.

Le 24 novembre 1934, l’Assemblée est dissoute par le haut-commissaire français. Aux élections de novembre 1936, les nationalistes sont vainqueurs. Le Front Populaire propose un projet de traité (traité d’indépendance) qui prévoit d’accorder à la Syrie son indépendance dans un délai de trois ans ; les États alaouite et druze sont réintégrés à l’État syrien. Le 14 décembre 1938, le sénat français rejette le projet de traité ; l’Assemblée nationale syrienne est à nouveau dissoute, la Constitution suspendue et les nationalistes réprimés.

La Syrie pendant la Seconde Guerre mondiale – Fin du mandat français

Le 23 juin 1939, la France cède le Sandjak d’Alexandrette à la Turquie, contre un pacte de non-agression. Parmi les personnes qui se retrouvent contraintes à l’exil, se trouve Zaki Arsouzy, alaouite né en 1901 à Alexandrette et qui a fait ses études à Paris. Une fois installé à Damas, Arsouzy fonde le Parti Arabe Nationaliste. Comme il ne s’entend pas avec Michel Aflak, la tentative d’unir leurs deux mouvements (Parti Arabe Nationaliste et parti Baath) échoue et Zaki Arsouzy part à Bagdad. En 1940, il retourne à Damas, et, avec six de ses étudiants, il fonde le Parti de la Résurrection Arabe, Hizb al-Baath al-Arabi qui mène des actions anti-françaises. En1941, Arsouzy est exilé de nouveau. Son groupe, qui a quadruplé ses effectifs, s’affaiblit.

Le 8 juin 1941, les troupes britanniques et celles de la France Libre entrent en Syrie et y proclament l’indépendance que le général de Gaulle n’est pas disposé à reconnaître. Contraint par les Anglais, il accepte la tenue d’élections au cours de l’été 1943, qui sont remportées par le Bloc National. Choukri Kouatly devient le premier président de la Syrie indépendante. Au cours l’été 1944, la République syrienne est reconnue par l’Union Soviétique et par les États-Unis. La Syrie indépendante est membre de la Ligue des États arabes et des Nations unies. A la suite des émeutes nationalistes de mai 1945, les troupes françaises quittent la Syrie le 17 avril 1946. Ce jour devient celui de la Fête nationale.

La Syrie indépendante - Naissance du parti Baath

Dès 1946, quand éclate au grand jour le contentieux autour de la Palestine, des volontaires sont appelés pour combattre auprès des Palestiniens. Michel Aflak et Salah Bitar donnent l’exemple. L’indépendance est propice au développement du parti Baath qui publie le journal qui porte son nom à partir du 3 juillet 1946.
Le 27 janvier 1947 a lieu à Latakieh la réunion préparatoire au congrès constitutif du parti. Au bout de trois jours de négociations, Aflak et Bitar réussissent à gagner à leur mouvement les membres du Baath al-Arabi fondé par Zaki Arsuzy en 1940. Ils sont dans leur grande majorité alaouites et leur dirigeant, Wahib Ghanem, accepte la fusion à condition que la formation élargie adopte une orientation encore plus socialiste. Le Baath prend position contre la Doctrine Truman et rejette les projets de traités proposés par la Turquie et la Grande-Bretagne aux pays arabes.

Le 4 avril 1947 s’ouvre le congrès de fondation du Baath à Damas, en présence de 247 participants parmi lesquels se trouvent des Libanais, des Palestiniens et des Jordaniens [2]. Le 7 avril 1947, date de la fin du congrès, sera retenue comme date officielle de création du Baath. Ses relations avec le pouvoir sont tendues et, en mars 1948, le Baath, accusé de conspiration, n’est plus autorisé à se réunir.

Le 14 mai 1948 est proclamé l’État d’Israël. Le choc est immense en Syrie où la Palestine est toujours considérée comme la Syrie du Sud. L’Etat syrien participe à la première guerre israélo-arabe et signe un accord d’armistice avec Israël le 20 juillet 1949.

 

à suivre Sionisme et création de l’Etat d’Israël…

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[1] Cité in GUINGAMP Pierre, Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Ed. L’Harmattan, Coll. Comprendre le Moyen-Orient, Paris, 1996, p : 39.

[2] Guingamp, op.cit., pp. 52-53.

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Bibliographie

Denise AMMOUN, Histoire du Liban contemporain, Tome II, 1943-1990, Ed. Fayard, Paris, 2004, 1009 p.
Jean-Pierre CALLOT, Philippe RONDOT, Charles SIFFERT, « Syrie », Encyclopédie Universalis 2009.
Pierre GUINGAMP, Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Ed. L’Harmattan, Coll. Comprendre le Moyen-Orient, Paris, 1996, 401 p.
Claude PALAZZOLI, La Syrie, le rêve et la rupture, Ed. Le Sycomore, Paris, 1977, 293 p.
Site du ministère des Affaires étrangères, Maison des Français à l’étranger, Portail pays, Syrie.

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Sources Texte Les clés du Moyen Orient, Par Daniel Charentais et Yara El Khoury.

Carte Atlas-historique

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