1967, antisioniste

Le plupart des Juifs Français de gauche sont de tradition antisioniste : Macron envisage-t-il de les condamner ?

Je me souviens.

J'étais mariée et mère d'un fils né en décembre 1964.

Mon mari était juif par sa mère. Comment l'avais-je appris ? aucun souvenir. Ou plutôt je crois que c'était en faisant connaissance de ses parents dont étaient vivantes en 1963 : sa mère et sa grand-mère. Cette dernière avait été Menchevik à Saint-Pétersbourg qu'elle avait du quitter en 1905 à l'âge de 19 ans. Une tradition alimentaire restait juive ou russe, je ne sais : le thé noir et fort qu'on buvait en mettant un sucre dans la bouche, quelques plats, les beignets, les petits pains fourrés de viande, les "côtelettes" mot désignant une manière de cuire le veau…

Des Juifs j'en avais connu dès ma jeunesse : amis de mes parents. Juifs Bulgares en particulier dont les enfants étaient mes amis, la fille particulièrement dont le visage s'ornait d'un nez au-dessus de la moyenne. Elle, complexée, l'avait fait refaire avec la complicité de sa mère, en cachette de son père, qui, quand il la découvrit avec ce nouveau visage la renia "tu n'es plus ma fille"… reniement qui ne dura pas longtemps évidemment.

Pas de racisme dans ma famille, merci à mes parents, plus particulièrement à mon père qui avait épousé ma mère immigrée italienne juste parce qu'il l'aimait, son origine était le dernier de ses soucis !

Mon premier amour de jeunesse, Jacques Abran, était juif, lui aussi, et d'autres rencontres, surtout des garçons, Louis…. Tous avaient en commun d'être athée et de gauche.

Donc la fréquentation des juifs formait mon ordinaire. Quelques amis de mon mari étaient juifs, ils s'additionnaient aux autres parmi mes connaissances.

Cet "ordinaire" de fréquentation je le poursuivis durant de longues années, quelques Juifs me nommèrent "des leurs", soit Juive, ce que je pris comme une intégration inaccoutumée et un honneur, car c'était une intégration par l'esprit, le mode de pensée et d'être.

En 1967, peu après juin,  je me souviens plus particulièrement d'une réunion amicale dans un modeste château appartenant à l'un des amis de mon mari. Ils avaient tous, plus ou moins, fait du soutien au FLN, porteurs de valises, et condamnés par la justice française.

Au cours de cette réunion chauffée par les récents événements de la guerre des 6 jours, nous échangions sur nos comportements présents et à venir vis-à-vis d'Israël. Nous étions tous contre cette guerre. Sauf un. Philippe. Ce prénom dénotant le choix de ses parents de le protéger, car né durant les années 1940.

Ce Philippe avait un surnom : "petit juif". Pourquoi ? je suppose qu'il devait se revendiquer plus juif que les autres. Bien que tous étaient athées… jusqu'à ce jour de juin 1967.

Car Petit juif pris parti pour Israël. Il se fit charrier par ses "amis de guerre" ceux avec lesquels il avait combattu contre la guerre coloniale française contre l'Algérie.

Ses autres compagnons ne se fâchèrent pas avec lui et ne prirent pas une position hostile à son égard, mais le mirent en boite tant et plus. Surtout qu'il devint pratiquant, et épousa, le seul de la bande, devant un rabbin dans une synagogue, une femme croyante et pratiquante.

Puis la vie aidant chacun pris son chemin de vie. Tous, sauf Petit juif, restèrent fidèles à eux-même : athées et anti-sioniste. Finalement le surnom avait été prédictif.

Les récents évènements antisémites, qui de mon point de vue, ne sont que répétions, mais ne comportent rien d'exceptionnels, sinon que les médias et les réseaux sociaux les font plus ressortir que ceux les précédent : en particulier du fait du gouvernement français actuel qui envisagerait de rendre la position "antisioniste" passible de condamnation. Envisage-t-il de condamner tous Juifs Français ou d'autres origines qui se sont toujours revendiqués antisionistes ?

 

Et voilà que je découvre avec peine que mon fils (1), macroniste déclaré depuis le début, sur les réseaux sociaux n'a plus que comme sujet principal ces événements, et serait devenu sioniste !

Il trahit ainsi toute sa filiation.

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(1) qui me tient dans l'éloignement depuis 20 ans, quand je connus l'état de "presque" SDF, saisie de tout, etc.

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