Newsweek: «Si vous ne voulez pas payer pour l'information, vous aurez un autre type d'information»

Mercredi 5 mai, le Washington Post a annoncé qu'il cherchait un repreneur pour l'hebdomadaire Newsweek, qu'il détient depuis 1961.

Mercredi 5 mai, le Washington Post a annoncé qu'il cherchait un repreneur pour l'hebdomadaire Newsweek, qu'il détient depuis 1961.En une année, le chiffre d'affaire du magazine a baissé de 27% et ses pertes ont été multipliées par deux (29,3 millions de dollars, soit 19 millions d'euros, après 16 millions de dollars en 2008). «Il se pourrait que Newsweek trouve une meilleure place ailleurs», a annoncé le PDG du groupe, Don Graham.

Interrogé sur le site de Newsweek, il analyse les raisons de cet échec: «Il y a trois ans, nous avons adopté un plan qui passait par une nouvelle formule, une baisse de la diffusion de 2,6 millions à 1,5 million d'exemplaires et une augmentation du prix. Cela devait changer la démographie du lectorat et nous permettre d'être plus attractif pour la publicité. Nous avons réexaminé cela au début de l'année. La partie diffusion du plan a bien fonctionné. Mais d'un point de vue publicitaire, l'année 2009 a été désastreuse.»

La nouvelle provoque bien entendu un choc. Newsweek est avec le magazine Time l'un des fleurons de la presse magazine américaine, bien que largement derrière son concurrent (2,3 millions d'exemplaires vendus contre 3,3). Surtout, c'est l'échec d'une vision du journalisme, celle du rédacteur en chef de Newsweek, Jon Meacham, qui a largement modelé la formule éditorial de l'hebdomadaire depuis son accession à sa tête en 2006.

Invité dans le Daily Show de Jon Stewart, l'une des émissions satiriques les plus regardées aux Etats-Unis, pour parler de sa prochaine émission sur la chaîne PBS, Jon Meacham s'est donc retrouvé à devoir parler de la révolution qu'allait connaître son journal. Et il y livre, à chaud, quelques conclusions qui méritent qu'on les remâche:

Le rythme hebdomadaire est-il encore pertinent pour un journal de commentaire et d'analyse quand on peut les trouver sur Internet en continu? «Pendant 77 ans, nous avons priviligié l'imprimé. Il est probablement temps de tourner la page. Il faut se concentrer sur le numérique et, à la fin de la semaine, proposer une sélection du meilleur à l'intention de ceux qui veulent tenir le magazine entre leurs mains. Et il existe des gens qui font encore ça!»

«Je ne crois pas que Newsweek soit le seul passeur entre la démocratie et l'ignorance. Mais je pense que nous sommes l'un de ceux-là, et je ne crois pas qu'il y en ait trop en ce moment. Aujourd'hui, nous devons décider ce pourquoi nous sommes prêts à payer. Si vous ne voulez pas payer pour l'information, alors vous aurez un autre type d'information.»

«C'est une crise existentielle, poursuit-il. Je crois que le pays sera appauvri par notre disparition. La bonne nouvelle, c'est que nous ne fermons pas tout de suite. Nous ne sommes qu'à vendre.»

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