Prisa, le géant de la presse espagnole, en difficulté

Les héritiers de Jesus de Polanco, l'homme fort des médias en Espagne, vont-ils perdre le contrôle d'El Pais? Un accord révélé vendredi 5 mars cède à un fonds américain 57% du capital du groupe Prisa. La famille fait valoir un verrou légal, qui lui permet de garder néanmoins le contrôle, mais un amendement en discussion au parlement espagnol pourrait le faire sauter.

Les héritiers de Jesus de Polanco, l'homme fort des médias en Espagne, vont-ils perdre le contrôle d'El Pais? Un accord révélé vendredi 5 mars cède à un fonds américain 57% du capital du groupe Prisa. La famille fait valoir un verrou légal, qui lui permet de garder néanmoins le contrôle, mais un amendement en discussion au parlement espagnol pourrait le faire sauter.

Polanco a créé au sortir du franquisme le premier quotidien espagnol El Pais et bâti progressivement un des plus grands groupes de presse européens — avec la radio Cadena Ser, le quotidien sportif As et l'économique Cincos Dias, mais aussi une participation de quelque 15% dans le groupe Le Monde et d'autres, aux Etats-Unis et en Amérique latine.

L'éditeur espagnol va être détenu majoritairement par le fonds américain Liberty Acquistion Holding Corp. La famille du fondateur, Jesus de Polanco, qui détenait jusqu'alors 70% du capital du groupe, a signé un accord avec la société d'investissements qui ramène sa part à 30% quand Liberty détiendra 57% contre un apport de 660 millions d'euros en trésorerie nette et une augmentation de capital de 150 millions (avant l'accord, la capitalisation avoisinait les 750 millions d'euros).

Le protocole prévoit néanmoins que les droits de vote de chaque actionnaire seront limités à 30%, maintenant Liberty à égalité avec les Polanco qui conserveront en outre le contrôle opérationnel en restant l'actionnaire de référence et en maintenant l'actuel directeur général du groupe et président du comité exécutif Juan Luis Cebrian à son poste. Le communiqué ajoute que le quorum sera «renforcé pour certaines décisions». Cet accord intervient au moment même où se discute au parlement espagnol une texte visant à déplafonner les droits de vote des actionnaires des sociétés cotées. Si l'amendement passe à la fin du mois, le dispositif prévu par les fondateurs ne tiendra plus.

Les deux cofondateurs de Liberty ont assuré, selon un article paru dimanche 7 mars dans El Pais que le groupe «restera une entreprise familiale, dirigée sagement» et se définissent comme des «investisseurs passifs», assurant n'avoir pour but que d'«aider (Prisa) à restructurer sa dette».

Le groupe de presse doit faire face à une dette d'environ 4,8 milliards d'euros – à cause d'un prêt de 1,9 milliard souscris pour mener en 2007 l'OPA sur la société Sogecable –, aggravée par un repli de 39% de son bénéfice net en 2009 (50,5 millions d'euros), de 19,8% de son chiffre d'affaires (3,2 milliards d'euros) et de 15,8% de ses recettes publicitaires (qui représente 28% du chiffre d'affaire en 2009). Pendant ce temps, la diffusion de son titre phare, El Pais, a baissé de 9% à 392.000 exemplaires par jour en moyenne. Cette dette a par ailleurs été renégociée avec plusieur de ses créanciers (HSBC, Santander, Banesto, Cajamadrid, La Caixa, BNP Paribas et Natixis) pour que son échéance, prévu initialement à la fin mars 2010, soit portée à mai 2013.

En décembre 2009, Prisa a également conclu un accord d'environ un milliard d'euro pour céder sa chaîne de télévision en clair Cuatro et un partie de l'activité télévision à péage, Digital+ qui distribue Canal+ en Espagne, à la concurrente Telecinco détenue par le groupe de Silvio Berlusconi, Mediaset, ainsi qu'à Telefonica. Même la toute première possession de la famille, la maison d'édition Santillana qui a permis à Jesus de Polanco d'amasser le début de sa fortune (sous Franco), a été vendue à cédé 25% de Santillana, la filiale édition du groupe, a en outre été vendu au fonds DLJ South American Partners.

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