Internautes, vos papiers...

Alors là, je suis jaloux! Profondément, affreusement, éhontément jaloux: plus de 80 commentaires sur l'article de Sylvain Bourmeau en plein week-end de Pentecôte.

Alors là, je suis jaloux! Profondément, affreusement, éhontément jaloux: plus de 80 commentaires sur l'article de Sylvain Bourmeau en plein week-end de Pentecôte. Deux ou trois sur le vrai sujet de l'article — Aristote au Mont-Saint-Michel, le livre de Sylvain Gouguenheim — puis une dégelée sur la question de l'anonymat et du pseudonyme. 27 sur le post-scriptum de Patrice Beray. Mon billet sur le sujet émarge à ... 0 commentaires.

Ne reculant devant aucune bassesse, je remets donc cela.

 

Au début du mois, Jim Brady, patron de l'activité Internet du Washington Post (soit le Washington Post, Newsweek, Slate et Budget Travel) est, plus ou moins, de l'avis de Sylvain Bourmeau et l'a dit (sans citer Sylvain (-; ) lors de la conférence Digital Hollywood à Los Angeles la semaine passée: «Je pense qu'une partie de [la piètre qualité des débats sur le Web] vient du fait que les gens ne se sentent responsables de rien lorsqu'ils sont en ligne. Ils écrivent des choses qu'ils ne diraient jamais s'ils étaient en désaccord leur interlocuteur lors d'un dîner. Je crois que c'est très bien d'avoir des débats passionnés, mais si ça vire à l'engueulades [flame war], beaucoup de personnes vont cesser de participer, de crainte d'être attaqués ou d'être assommées avec l'équivalent Internet d'une barre à mine.»

 

Comme le rappelle Greg Sandoval, ancien journaliste au Post, Brady s'est déjà illustré en janvier 2006, en faisant fermer les commentaires d'un blog où les lecteurs s'en prenaient nommément à la médiatrice du quotidien, Deborah Howell. Ce qui, en sa qualité de responsable de la publication, est parfaitement son droit. De toute façon, on l'a vu, les moyens ne manquent pas pour poursuivre la conversation ailleurs sur le Web.

 

Jim Brady est allé plus loin, annonçant qu'il aimerait doter ses sites d'une technologie qui lui permet d'identifier les personnes qui violent la charte des sites et, au besoin, leur interdire de revenir. Les blogs du Post, comme ceux du Guardian et de nombreux sites de médias anglophones, sont modérés automatiquement par Pluck, qui identifie dans les commentaires un certains nombre de mots et place les commentaires suspects en quarantaine avant validation humaine.

 

Mais ce n'est pas la solution, dit Brady: on supprime les comptes des perturbateurs, ils reviennent sous un autre pseudo. On peut aussi identifier l'adresse IP, mais là encore problème: «On ne veut certainement pas bloquer le ministère de l'énergie au grand complet», par exemple, parce qu'un de ses employés laisse anonymement des commentaires orduriers.

 

«Je ne sais pas si on demandera un numéro de carte de crédit, celui du permis de conduire ou du passeport», conclut Brady, persuadé que dans les cinq ans à venir les internautes devront s'identifier formellement pour laisser leur avis sur de nombreux sites: «Je pense que le fait de rendre les gens responsables améliorera la qualité de la discussion.»

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