"Pourvu que les bouddhistes se trompent", quatrième Blast

 En 2009, la sortie de Grasse carcasse a eu l’effet d’une bombe, premier tome d’une série explosive, le bien nommé Blast de Manu Larcenet. Cinq ans et quatre volumes plus tard, l’auteur met un terme aux errances de Polza Mancini, tueur avéré et victime à son corps défendant.

 En 2009, la sortie de Grasse carcasse a eu l’effet d’une bombe, premier tome d’une série explosive, le bien nommé Blast de Manu Larcenet. Cinq ans et quatre volumes plus tard, l’auteur met un terme aux errances de Polza Mancini, tueur avéré et victime à son corps défendant.

ChroniqueEloge de ceux qui ne marchent pas droit, expression d’une colère sourde (mais pas muette), Blast dissimule et expose tout à la fois des manifestations nées de l’observation du monde. Pour le pire. Et le meilleur. Blast est un artefact, le produit d’une exploration aiguë et amère de la conscience humaine.

Blast explore les parts d’ombres, les failles, le mal-être, la folie, la différence, la violence… et l’amour tout de même. Manu Larcenet a trempé sa plume dans une encre plus noire que le destin de son « héros ». Les personnages de Blast évoluent dans un monde où les péchés sont cardinaux et les vertus invariablement soumises à la peine capitale. Il a construit son roman graphique comme une fable moderne terrifiante, un conte pour adultes dont la morale ne s’offre pas facilement. Le récit d’un homme, Polza Mancini, 38 ans, 150 kilos, sujet à des troubles psychiques, confus depuis la mort de son père, en rupture de bans volontaire ; un homme cherchant à revivre le « blast » initial qui l’a illuminé. Pour son plus grand malheur.

Polza Mancini est toujours entre les mains de deux inspecteurs de police qui l'interrogent après le meurtre d'une jeune femme, Carole. Polza s'est livré sans contrainte, il a raconté son errance, ses rencontres, sa souffrance. Les policiers l'ont accompagné dans cette plongée dans une folie trop ordinaire, trop actuelle, ils l'ont vu descendre en apnée en marge des pulsions répugnantes des uns (Roland, son compagnon d’institution psychiatrique) et faire face à l’absence totale d’humanité des autres (Jacky, Vladimir et Illitch…). Ils ont écouté comment Polza a cru un instant en un amour rédempteur, ils ont peut-être cru à ses tentatives de retour vers la lumière malgré cette impossible quête de la « normalité ».

 Avec ce dernier opus, Manu Larcenet offre un final somptueux et ponctue une série vibrante, dérangeante, nécessaire. Blast embrasse, embrase, enserre, étouffe. Polza, lui, est enfin libre. Mais Pourvu que les bouddhistes se trompent.



  • Blast, T4, Pourvu que les bouddhistes se trompent, Manu Larcenet, 200 pages, Dargaud, 22 € 90

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