Angoulême 2014, en accéléré

Angoulême 2014, c'est fini. Dimanche 2 février, le Festival International de la Bande Dessinée a délivré son palmarès (attendu), réservé quelques surprises (quand même), et rendu un hommage (émouvant et musical) à Fred et Cavanna avant de fermer ses portes vers 17 heures, jusqu'à l'année prochaine. Assumant pleinement ma subjectivité, retour en arrière sur cette 41ème édition pour mieux repartir de l'avant.

Angoulême 2014, c'est fini. Dimanche 2 février, le Festival International de la Bande Dessinée a délivré son palmarès (attendu), réservé quelques surprises (quand même), et rendu un hommage (émouvant et musical) à Fred et Cavanna avant de fermer ses portes vers 17 heures, jusqu'à l'année prochaine. Assumant pleinement ma subjectivité, retour en arrière sur cette 41ème édition pour mieux repartir de l'avant.

 

CHRONIQUEContre toute attente, je n’ai pas manqué le signal du départ et c’est aux aurores ou presque que le voyage a commencé. A peine installé, je croise des visages connus, des noms familiers, des figures : Georges Wolinski, François Schuiten, Florence Cestac... Profitant de la promiscuité inhérente à notre moyen de transport commun et de la gentillesse de cette dernière à mon égard (étant donné l’état de mes connexions neuronales avant mon indispensable quatrième café matinal), je démarre une interview improvisée. Florence Cestac revient sur la fronde qui a précédé l’ouverture du festival, sur la chronique d’un changement d’époque annoncé : le festival veut avoir une dimension internationale, c’est très bien même s'il s’éloigne de ce qu’il était au début. Nous ne refusons pas l’évolution, mais il s’agissait surtout de pointer la manière de faire (le mode de désignation du Grand Prix de la ville d’Angoulême, NDLR). Nous avons voulu souligner l’absence de consultation, les reproches qui ont été adressés aux anciens... Mais ce n’est pas bien grave. Florence Cestac évoque son actu récente (Le Démon du soir ou la ménopause héroïque chez Dargaud en 2013) et prochaine (un album en préparation avec Daniel Pennac qui lui écrit un texte original, à paraître en 2014), la fin des Ados et surtout sa conception de la bande dessinée (on ne raconte bien que ce que l’on connaît bien) qui la conduit à explorer le quotidien et son présent. Quand soudain (j’exagère un peu, ce n’est pas si abrupt), le carillon ferroviaire et la voix de la SNCF annoncent que nous arrivons à destination. 

Une journée à Angoulême peut rapidement prendre des allures de course contre la montre, surtout quand on est samedi et que le climat océanique de type aquitain semblable à celui de Cognac (en moins alcoolisé, quoique) ne fait rien qu’à cracher une bruine diffuse pour justifier les statistiques hygrométriques de saison. Il convient donc de s’armer sinon d’un poncho du moins de courage. Qu’importe, le plaisir de déambuler dans la ville de la BD est à ce prix et si l’on fait souvent du surplace dans les files d’attente (une touche pause bienvenue, cela dit) on se remet bien vite en mode "fast-forward" pour passer d’un site à un autre. Direction les expositions Tardi (avec une présentation par Dominique Poncet) et Gus Bofa. L’espace Polar. La bulle du Champ de Mars (où j'apprends qu'un nouveau Tintin est en préparation et que Marcel Gotlib fête ses 80 ans cette année - avec une expo à venir le 12 mars prochain). Le théâtre. L’espace Little Asia. Le Champ de Mars (pour interviewer Didier Borg, éditeur de Last Man, saluer les auteurs de La Revue Dessinée et m'enquérir du sommaire du N°3) et l’espace Polar à nouveau. Moins de douze heures plus tard, je suis de retour à Paris. Au soir d’une journée bien remplie, le périple que j’avais annoncé avec une emphase suspecte (dont je n’ai même pas honte) prend fin. Il est temps alors de passer au dérushage (terme franglais pompeux que les intégristes de la langue française me pardonneront ou pas) et remontage des images afin de livrer ma version accélérée de mon voyage en terre angoumoisine et que j’ai failli intituler : Ceux qui à Angoulême prendront le train. Mais en fait, non.

 

Angoulême 2014 - En accéléré © Mediapart
 

Et le palmarès dans tout cela ?

En accéléré toujours, passons à l'énoncé des vainqueurs… Quelques heures à peine après avoir annoncé la création d’une école de bande dessinée, les éditions Delcourt peuvent s’enorgueillir de faire une moisson de « Fauves » : Come Prima d’Alfred reçoit le prix du meilleur album et Ma Révérence de Rodguen et Wilfrid Lupano celui du Polar (le road trip est à la mode... d'Angoulême) ; Chloé Cruchaudet, le prix du public pour Mauvais Genre et Joris Chamblain & Aurélie Neyret celui de la jeunesse pour Les Carnets de Cerise (chez Soleil) ; sans surprise, le génial créateur de Calvin et Hobbes, Bill Watterson se voit décerner le Grand Prix de la ville d’Angoulême. Assumant son ambition internationale, le jury distingue Cowboy Henk de Herr Seele et Kamagurka (FRMK) qui reçoit le prix Patrimoine ; Mon ami Dahmer de Derf Backderf (çà et là) et Le Livre de Léviathan (Peter Blegvad (L’Apocalypse) le prix Révélation ; Fuzz et Pluck T2 de Ted Stearn (Cornélius) le prix de la série ; La Propriété de Rutu Modan (Actes Sud BD) le Prix spécial du jury.

Personne (du moins à ma connaissance) n’a fait le rapprochement entre le nom de plume de l'auteur du meilleur album 2014 et le nom du prix remis à Angoulême entre 1981 et 1989 en hommage au pingouin d'Alain Saint-Ogan dans Zig et Puce. Cela dit, je n’ai pas lu la presse cette semaine, trop occupé à chercher comment placer que les organisateurs allaient avoir du mal à faire réaliser l’affiche (c’est la tradition) du FIBD 2015 par le récipiendaire qui vit reclus et a cessé de dessiner depuis presque vingt ans.

Sans faire offense aux vainqueurs, on pourra regretter (moi le premier) que d’autres titres n’aient pas eu le bonheur d’être primés : Annie Sullivan & Helen Keller de Joseph Lambert (ça et là / Cambourakis), Le Chien qui louche d’Etienne Davodeau (Futuropolis), Celle qui fût de Cosey (Le Lombard), Paco Les Mains rouges d’Éric Sagot et Fabien Vehlmann ou Tyler Cross de Fabien Nury et Brüno (Dargaud), Amy & Jordan de Mark Beyer (Cambourakis)… Mais ça, c’est une autre histoire. 

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