«Stupeur.Nausée. Chagrin.» Par Les Grands Prix du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême.

Amies et amis dessinateurs et auteurs, cinq des nôtres sont morts et pour la première fois dans l’histoire de la caricature, du dessin et de la bande dessinée.  

Amies et amis dessinateurs et auteurs, cinq des nôtres sont morts et pour la première fois dans l’histoire de la caricature, du dessin et de la bande dessinée. 

 

 

« Ils sont morts victimes d’un attentat dont ils étaient la cible, et avec eux Frédéric Boisseau, Philippe Braham, Franck Brinsolaro, Elsa Cayat, Yoan Cohen, Yoav Hattab, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, et Michel Saada. 

Comment s’asseoir à sa table, comment dessiner désormais ? 

La réponse à cette question, si vous vous la posez comme nous, Cabu, Wolinski nous l’ont donnée tout au long de leur parcours et jusqu’au bout. Ils n’ont jamais baissé les bras. À l’heure où certains sont à la retraite depuis un moment, eux sont restés attelés à leur table à dessin parce que c’est leur manière à eux de respirer et de vivre. Ce qui ne les a pas empêché de passer le relais, notamment à Charb, Honoré, Tignous,

Riss, Luz, Catherine, Coco, Riad Sattouf et tant d’autres. Une preuve d’humanité et de générosité sans pareil. 

Cabu et Wolinski ont traversé l’histoire de ce pays, mené des combats, défié les tribunaux, la censure, les croyances aveugles et les peurs muettes, mais ils se sont aussi amusés en gagnant leur croûte. Cabu a animé le club Dorothée, novélisé en bandes dessinées un film avec Coluche et Depardieu ; Wolinski a écrit des scénarios légers, absurdes et érotiques pour Georges Pichard, travaillé pour diverses revues pas forcément d’une qualité irréprochable. Jamais ils ne se sont posés en porteurs d’une mission sacrée quelconque. Eux et leur bande, Choron, Reiser, Cavanna sont, étaient, de joyeux vivants même morts.

Aujourd’hui où tout nous semble dérisoire, inutile face à la perte de ces compagnons, de ces amis, dessinons, écrivons, imaginons, chacun à sa manière, chacun avec ses moyens, avec cette conviction, avec cette énergie qui semblait n’avoir jamais fait défaut à ces artistes, sans doute aussi parce qu’ils fonctionnaient en bande. 

Nous sommes ensemble un grand atelier. »

 

Signé :

Les Grands Prix du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême pour Charlie Hebdo, en vente partout.

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