«Les épines» : où vas-tu Lucius Murena ?

En trente ans de carrière, on ne compte dans la bibliographie de Jean Dufaux qu’un one-shot. Un seul. Depuis 1997, avec Philippe Delaby au dessin, le scénariste préside à la destinée de Lucius Murena, patricien maudit haï de Néron, spectateur et acteur de l’Histoire en marche. Avec la parution du neuvième album de la série, Les épines, s’ouvre un nouveau cycle. Une nouvelle ère. 

En trente ans de carrière, on ne compte dans la bibliographie de Jean Dufaux qu’un one-shot. Un seul. Depuis 1997, avec Philippe Delaby au dessin, le scénariste préside à la destinée de Lucius Murena, patricien maudit haï de Néron, spectateur et acteur de l’Histoire en marche. Avec la parution du neuvième album de la série, Les épines, s’ouvre un nouveau cycle. Une nouvelle ère. 

 © Dufaux/Delaby © Dufaux/Delaby

Entretien & critique. Les aventures de Lucius Murena ont débuté il y a plus de quinze ans quand Jean Dufaux et Philippe Delaby ont, avec La Pourpre et l’Or, jeté les bases d’une série au succès critique et populaire presque immédiat. Récompensée par le prix de la meilleure bande dessinée historique lors des Rendez-vous de l’histoire de Blois en 2011, la série a rencontré son public en proposant une narration ciselée et extrêmement documentée.

 

Murena, Les épines. Jean Dufaux et Philippe Delaby. © Mediapart

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Dans Les épines, en l’an 64, au lendemain du grand incendie de Rome, l’Empereur Néron continue d’exercer sa tyrannie sur l’Urbs, « la ville d'entre toutes les villes ». La cité doit renaître de ses cendres selon un dessein dont il entend être le maître absolu. (En partie) à l’origine du désastre qui a ravagé trois des quatorze régions, Lucius Murena (en quête de rédemption et de réponses) s'interroge sur le chemin à suivre ?

En plaçant l’intrigue de Murena au cœur du pouvoir impérial, tout en multipliant les focalisations et portant une attention particulière aux personnages, Jean Dufaux a construit album après album un récit au souffle épique et d'une grande précision historique. Sans pour autant céder à la tentation de la véracité à tout prix, sans jamais oublier qu’il écrit avant tout de la fiction. En attestent les notes, les sources bibliographiques et le glossaire en fin d'album qui permettent de prolonger la lecture ou de corriger quelques « petits arrangements » avec l’histoire officielle. Comme l’ont souligné les auteurs lors de notre entretien, la force d’une série comme Murena réside dans ce subtil mélange narratif de « vérités » antiques et de réappropriations, faisant toujours la part belle à l’imaginaire et la fiction.

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Murena emporte donc à plus d’un titre : au-delà de la plongée dans le monde antique et des thèmes « classiques » inhérents au genre (complots, trahisons, haine et luttes intestines voire fratricides…), la sexualité et la spiritualité sont au cœur de ce nouvel épisode. Avec le personnage de Pierre (et à travers lui, la question des persécutions des juifs et des chrétiens), avec la « renaissance » du personnage principal, Lucius Murena, le scénariste a développé un propos qui relance la série de la plus belle des manières avec des dialogues d’une grande qualité, un montage nerveux, une esthétique sensuelle et brute.

Avec modestie, Jean Dufaux évoque d’ailleurs que c’est l’une des clés du succès d’une série (et de Murena en particulier) : pour lui, les mots ne sont rien s’ils ne sont pas servis par le dessin, « j’écris pour l’image. Il y a une confrontation très intéressante entre le mot et l’image. Et une œuvre d’écriture et de dessin ne peut fonctionner que si elle est sincère ».

Murena, Les épines. Entretien avec Jean Dufaux et Philippe Delaby © Mediapart

Magnifié par le dessin toujours aussi précis et flamboyant de Philippe Delaby, dessinateur au très grand talent, bien avant le succès de Rome à la télévision et bien après Quo Vadis ?, SpartacusGladiator ou Alix, Murena est une série incontournable.

 

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  • Murena, T9, Les épines, Jean Dufaux et Philippe Delaby, 46 pages couleur, Dargaud. 11,99€

 

 

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