Un nouveau «nouveau cinéma argentin» ?

Depuis vendredi 20 mars, les Rencontres des Cinémas d’Amérique latine ont commencé sous le signe de la toujours bonne augure qu’est le cinéma argentin. Le film d’ouverture se nomme Amorosa Soledad (littéralement: Amoureuse solitude) et a pour interprète principale Inés Efron.
Depuis vendredi 20 mars, les Rencontres des Cinémas d’Amérique latine ont commencé sous le signe de la toujours bonne augure qu’est le cinéma argentin. Le film d’ouverture se nomme Amorosa Soledad (littéralement: Amoureuse solitude) et a pour interprète principale Inés Efron. L’actrice que le public français avait pu découvrir pour son rôle dans XXY de Lucía Puenzo, est l’héroïne de cette rafraîchissante comédie romantique. Lorsque l’on pense au rôle que la même actrice tient dans El Niño pez de Lucía Puenzo, diffusé en compétition ce samedi, on reste époustouflé par les registres assumés emportant l’entière adhésion du spectateur.

Pour ces deux films, impossible de naviguer en eaux connues : la comédie romantique possède un ton personnel qui privilégie le portrait sensible aux histoires d’amour de la protagoniste. Dans ce contexte, les scènes comiques servent avec pudeur à nous faire partager les difficultés de cette jeune fille hypersensible et hypocondriaque marquée par le lourd destin de son prénom (Soledad : Solitude). À l’instar du personnage, le film nous séduit là où on ne l’attendait pas. Une belle surprise alors que la compétition n’a même pas commencé !
Pour El Niño pez, Lucía Puenzo retrouve donc son actrice fétiche pour adapter l’une de ses propres nouvelles. À travers une histoire de passion, une enquête doit démêler les identités des uns et des autres, abordant à la fois les relations entre membres d’une famille, classes sociales et deux pays limitrophes, rien moins que cela ! Le film bénéficiera d’une sortie prochaine en salles : patience !

 

Dans la section Panorama, on trouve El Viaje de Teo (Le Voyage de Teo), Léopard d'Or 2008 au festival de Locarno. Le film a pour principal intérêt de parler de la frontière entre le Mexique et les États-Unis qui se dresse comme un mur infranchissable entre deux mondes. Nombreux seront les clandestins qui en tentant de passer la frontière dans le but de commencer une vie meilleure dans un pays riche, trouveront la mort en plein désert. À travers le regard d’un enfant à la recherche de son père, El Viaje de Teo aborde le problème des frontières qui divisent les familles, créent de la ségrégation et deviennent quelques fois mortelles, de la même manière que le Mur de Berlin, le Mur de Palestine et hélas d’autres encore à travers le monde. Pour l’aspect dénonciation, on préférera tout de même La Zona de Rodrigo Plá.

 

En poursuivant sur le thème de l’enfance au Mexique, ce samedi après-midi était diffusé un documentaire (en compétition) sur le travail des enfants dans les États du sud du Mexique : Los Herederos (Les Héritiers). Le sujet est sans conteste passionnant avec un parti pris qui vaut comme une réelle proposition de cinéma documentaire : la caméra suit muette les travaux des enfants dans différents lieux et différentes activités alors que les adultes font figure d’ombres auprès d’eux. Ces enfants travaillent, ils n’ont pas l’air d’être malheureux, mais leur a-t-on laisser le choix de leurs activités ? Chacun fait montre d’un beau savoir-faire mais la situation économique de leurs parents ne leur a pas laissé d’autres alternatives que de porter un fardeau dès leur plus jeune âge. On peut ensuite songer que les légumes ramasser dans les grandes exploitations abandonnées à la monoculture extensive vont servir à nourrir d’autres enfants qui jouissent du droit universel de ne pas travailler comme un adulte...

 

Sur un tout autre ton Los Bolos en Cuba s’intéresse à la présence soviétique à Cuba jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Un peu de nostalgie pour cette époque où l’immense frère russe offrait son sang pour Cuba, des objets ménagers construits pour durer (cela nous pourrait si utopique aujourd’hui !) et surtout beaucoup d’humour dans ce documentaire. Pour faire la bonne part des choses, le réalisateur a les mots adéquats: «le socialisme, c’est un bon scénario avec trop souvent une mauvaise mise en scène...»

 

Pour finir cette journée et revenir aux prémices de ces lignes : le cinéma argentin qui n’a pas fini de nous étonner. Ainsi, un film d’une durée estimée à 4h05 peut paraître peut séduisant et il faut avoir une bonne raison pour se rendre à la projection après une journée parcourue par d’autres films. Historias extraordinarias est époustouflant. Le titre tient ses promesses et sous le mode littéraire d’un recueil comprenant plusieurs histoires distinctes racontées en parallèles et divisées par chapitre, le film nous tient en longue haleine. On retrouve en cela l’énergie feuilletonesque du cinéma de Feuillade des premiers temps du cinéma. Et comme s’il s’agissait des débuts du cinéma, Historias extraordinarias ne cesse de créer de nouveaux procédés de narration captivants. Un film fleuve réussissant à mêler l’humour, l’investigation sur des chemins mystérieux, le drame psychologique et l’expérience tout bonnement cinématographique pour le plus grand plaisir du spectateur prêt à plonger dans ces histoires extraordinaires.

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