Mortelle journée

Mardi 24 mars 2009Le cinéma garde dans une certaine intemporalité une image d’êtres périssables : si le septième art n’a pas encore vaincu la mort, du moins elle est pour lui un sujet à part entière. Face à l’oubli, on peut enregistrer la mémoire qui pourra être réactivée à chaque projection.

Mardi 24 mars 2009
Le cinéma garde dans une certaine intemporalité une image d’êtres périssables : si le septième art n’a pas encore vaincu la mort, du moins elle est pour lui un sujet à part entière. Face à l’oubli, on peut enregistrer la mémoire qui pourra être réactivée à chaque projection.

Ainsi, une culture peut disparaître et il ne reste d’elle que quelques photos dans un musée. C’est le sujet de La Última huella de Paola Castillo, partie à la rencontre de la tribu des Yaganes sur la Terre de Feu au sud du Chili. Les derniers descendants regrettent cette culture qui s’éteind avec la mémoire des derniers ancêtres. Lorsque le Chili a décidé d’intégrer à son territoire cette aire géographique, les coutumes jusqu’alors en place se sont dissipées. L’arrivée de la civilisation et du progrès laissent des regrets parce que c’est bien une culture spécifique qui meurt. Difficile de faire le deuil d’une culture dont les colons civilisateurs l’ont toujours niée. Il n’y aurait de vrai que la culture et les valeurs occidentales et en dehors, point de salut.

 

Un constat amer qui cause une autre catastrophe dans la communauté Pehuenche au Chili contée par Esteban Larraín (également réalisateur d’Alicia en el país programmé à Toulouse) dans son documentaire Ralco. Un barrage hydroélectrique doit être construit et la communauté Pehuenche qui réside sur ces terres est invitée à aller vivre ailleurs. Les femmes se mobilisent car cette terre n’est pas un bien immobilier parmi tant d’autres : c’est la terre de leurs ancêtres qui les a vus naître et où ils tirent toutes les ressources de leur quotidien. Mais une entreprise espagnole appuyée par le gouvernement chilien a décidé que cette communauté pouvait bien se trouver un autre endroit, éléments gênants dans leurs projets destinés à générer de l’argent. L’exploitation par une entreprise espagnole d’une ancienne colonie espagnole se maintient au fil des siècles et les conquistadores d’hier ont un costume et une cravate. La terre reste la propriété de ceux qui peuvent l’acheter et donc pas à ceux qui y vivent. Un bien triste constat où les grands chantiers de construction sont étroitement liés avec la mort : mort d’une terre fertile recouverte de béton et de bitume, mort d’une faune et d’une flore qui n’a plus de place pour s’y développer et la mort dans l’âme des populations traditionnelles déracinées. Un hommage funèbre à une culture dont le tort est d’avoir été minoritaire.

 

La mort à travers le deuil fait le sujet du film de Paulo Pécora : El Sueño del perro. Un homme d’une grande ville argentine qui a perdu sa femme et son enfant, part pour un lieu isolé dans la forêt pour disparaître et trouve peu à peu des raisons de renaître. Le cheminement du film est un long processus de passage de la mort à la vie. Un homme endeuillé entouré d’une nature luxuriante ne pourra échapper à l’élan de vie de son environnement immédiat. Un film écrit comme on compose un poème : en silence et transporté par l’émotion qui ne tarde pas à sourdre.

 

La mort vécue comme un contexte fantastique : c’est le cas de El Pejesapo de José Luis Sepulveda et Impulso de Mateo Herrera. Dans le premier, cela commence dans un univers imaginaire : un personnage mort se retrouve dans l’au-delà. Mais bien vite il se rendra compte qu’il est bien vivant, mais dans une société où il ne peut trouver de place que dans les marges de la vie sociale. La

Pour finir avec le coup de cœur de la journée : El Cielo, la tierra y la lluvia de José Luis Torres Leiva. La mort n’est pas ici le sujet principal même si elle est présente. Elle peut être le déclencheur de nouvelles attitudes et de changement de vie (à l’instar du personnage de La Femme sans tête de Lucrecia Martel), initiant de la sorte un nouvel élan vers la vie. C’est un paradoxe que la nature assume très bien au fil des saisons et des mouvements du ciel, tel que nous le conte ce film sensitif.

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