Le «work in progress» toulousain

Projection mercredi soir à la cinémathèque de Toulouse du deuxième film de l'Argentine Celina Murga, parrainé, excusez-du peu, par Martin Scorsese, Una semana solos [photo]. Récit à hauteur de pré-ados, du quotidien de gosses de riches, dans une banlieue très protégée de Buenos Aires.

Projection mercredi soir à la cinémathèque de Toulouse du deuxième film de l'Argentine Celina Murga, parrainé, excusez-du peu, par Martin Scorsese, Una semana solos [photo]. Récit à hauteur de pré-ados, du quotidien de gosses de riches, dans une banlieue très protégée de Buenos Aires. Séances de glande en maillots de bain autour de la piscine, premiers baisers (sans la langue) sous la douche des voisins, ateliers maquillage dans la chambre, au programme de ce huis-clos moins lisse et plus inquiétant qu'il n'y paraît aux premiers abords.

 

 

Les Rencontres cinémas d'Amérique latine avaient déjà projeté, l'an dernier, la même œuvre. A l'époque, elle n'était pas tout à fait terminée. Sans générique. Un film en chantier. Una semana solos est en fait issue de l'une des sélections fétiches de Toulouse, Cinéma en construction. Pendant deux jours, des professionnels européens y découvrent sept à huit longs-métrages latinos, «en panne de post-production», pour reprendre l'expression d'Esther Saint-Dizier, à l'origine du projet. Des films tournés, généralement montés, mais sans argent pour, par exemple, terminer l'étalonnage son ou financer l'impression d'une copie 35 mm. Le pari : que des producteurs en Europe s'engagent à apporter l'argent nécessaire pour boucler l'ouvrage.

 

Au fil des années, Ciné en construction, dont la 15e édition court du jeudi 26 au vendredi 27 mars, est devenu l'un des temps forts des Rencontres. On ne compte plus les films passés par là, sélectionnés à Cannes, et finalement distribués en France (comme le chilien Tony Manero l'an passé). Mais aussi les festivals un peu partout dans le monde qui ont repris le concept dans les années 2000. Des centaines de films en cours de fabrication sont envoyés chaque année au comité de sélection, susceptibles d'être sélectionnés pour Ciné en construction à Toulouse, ou sa déclinaison à San Sébastien, en Espagne. En filigrane, c'est toute la place de ces grandes machines festivalières dans la chaîne de production/circulation des œuvres, qui s'en trouve chamboulée. Les festivals ne sont plus seulement ces vitrines médiatisées des films sur le point de sortir en salles. Mais des espaces plus méandreux et militants, qui accompagnent et soutiennent la fabrication des œuvres autant qu'ils les exposent. Aux spectateurs de suivre.

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