Des jours sans thèmes mais toujours des rencontres...

Jeudi 26 et vendredi 27 mars Il y a aussi des jours où les films que l’on voit ne parviennent pas à se lier entre eux par des thèmes communs. On a beau faire, rien ne se passe, à moins qu’il s’agisse d’une baisse de tension personnelle de fin de festival. L’appréhension de voir venir cette fin des Rencontres humaines et filmiques... La rencontre est proprement cinématographique, qu’il s’agisse de personnes, de lieux, d’objet, etc. La rencontre c’est la vie et les Rencontres un espace de vies qui s’entrecroisent autour de films.

Jeudi 26 et vendredi 27 mars

 

Il y a aussi des jours où les films que l’on voit ne parviennent pas à se lier entre eux par des thèmes communs. On a beau faire, rien ne se passe, à moins qu’il s’agisse d’une baisse de tension personnelle de fin de festival. L’appréhension de voir venir cette fin des Rencontres humaines et filmiques... La rencontre est proprement cinématographique, qu’il s’agisse de personnes, de lieux, d’objet, etc. La rencontre c’est la vie et les Rencontres un espace de vies qui s’entrecroisent autour de films.

 

Dans une communauté zapatiste (Córazon del tiempo d’Alberto Cortés), une jeune femme promise à un mariage prochain rencontre un combattant et découvre l’amour. Ceci dérange les habitudes du village et le défi sera de sauvegarder un espace de liberté dans les choix individuels dans une société en lutte face à l’armée pour conserver son autonomie. Sans cette rencontre, l’amour n’aurait pas été sujet de préoccupation pour la communauté. Cette rencontre en valait-elle la peine ? Oui, car l’autonomie individuelle se fait le reflet des choix généraux, et cette histoire est un léger prétexte à rappeler la situation zapatiste au Mexique (les communautés sont toujours sur leurs gardes face à une présence armée permanente).

 

Ces communautés sont obligées de prendre position face à des entreprises qui s’approprient leurs terres avec l’appui du gouvernement et de sa force armée. Cet élan de mobilisation est en train de se mettre en place en Colombie comme en témoigne Le Meilleur coin des Amériques de Daniel Vin, alors que la déforestation et les exploitations intensives chassent les communautés locales. Pour des entreprises étrangères, d’Europe et d’ailleurs, le Nouveau Continent est toujours objet de pillage, depuis des siècles et des siècles. Les rencontres avec des entreprises prédatrices ne devraient jamais avoir lieu...

 

La conquista est toujours là cinq siècles plus tard : de quoi témoignait l’exposition de Séville en 1992? Un personnage fantasmatique décide dans Sueños de hielo d’Ignacio Agüero de participer à l’expédition maritime qui a pour but de conduire des tronçons d’iceberg du Chili en Espagne. Si les conquistadores cinq siècles plus tôt n’ont pas rencontré l’Amérique parce qu’il l’ont niée dans toutes leurs initiatives, quelle rencontre est possible à Séville autour de ce morceau d’iceberg recomposé en œuvre d’art?

 

Car on ignore souvent quel type de rencontres on peut faire autour d’une œuvre d’art. Dans El Artista de Mariano Cohn et Gastón Duprat, l’œuvre existe mais on se demande où est l’artiste : l’art ne serait-il qu’une brillante mise en scène où chacun a son rôle à jouer autour d’un objet, de l’artiste au spectateur ? La mise en scène serait alors aussi à considérer comme art.

 

Mettre en scène des rencontres sur une piste de danse, c’est ce que l’on appelle l’art de la séduction. Dans Tourbillons de Laís Bodansky des hommes et des femmes du troisième âge témoignent d’une grande vitalité à danser pour mieux se rapprocher des uns et des autres, au son d’une musique et de chansons entraînantes. Même si la rencontre ne dure que le temps d’un tango, cela vaut toutes les peines du monde dans une nuit qui possède un mystère plein de charme.

 

Mais une nuit peut être aussi un cauchemar qui n’en finit plus. Les jeunes de Gasolina de Julio Hernández Cordon aimeraient trouver du carburant automobile afin d’aller à la rencontre d’un autre monde, loin de là où ils s’ennuient.

 

Partir pour ne plus revenir ? Une jeune fille cubaine à l’époque de Batista rêve de littérature et d’université à New York dans Hello, Hemingway! de Fernando Pérez. Mais pour partir et rencontrer cet ailleurs fantasmé, il lui faut quitter ses amis, son petit ami, sa famille, tout en reniant ses humbles origines.

 

Parfois, il vaut mieux ne pas rencontrer les membres de sa famille lorsque les relations atteignent un degré de conflit inextricable. Un père et un fils dans Sang impur de Pablo Fendrik vivent chacun de leur côté, vaquant à des occupations qui ne doivent pas interférer sur l’autre. Autrement...

 

Dans La voz de las alas de Jorge Echeverri, le poids familial est étouffant, surtout lorsqu’une mère tue le père de son fils, tout en cachant à ce dernier le meurtre et en lui conseillant de ne jamais aimer les femmes. La seule issue pour cet ancien garçon traumatisé devenu homme: rencontrer la femme objet de son désir, qui ressemble à sa mère, tout en étant le fruit d’une aventure adultère de son père dans laquelle il trouva la mort... Était-il utile d’aller jusque dans la forêt de la rébellion en Colombie et à Londres pour faire cette rencontre ?

 

Pour les trois et uniques personnages de Juntos de Nicolás Pereda, pas besoin de voyager pour être ensemble : il suffit de rester enfermés dans le même appartement très peu hospitalier. Les problèmes ménagers (saleté, dysfonctionnement de réfrigérateur et de robineterie) font se rencontrer dans un même plan les personnages.

 

L’esprit ironique et cynique du personnage de Memorias del desarrollo de Tomás Gutiérrez Alea pousse sa femme à le quitter pour les États-Unis. Il reste seul face à un monde qu’il considère comme sous-développé pour son grand malheur. L’enjeu est une rencontre féminine... mais où cela le mènera-t-il? Sur la voie de l’engagement?

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