Rencontre avec Mateo Herrera, prix Coup de Coeur des Rencontres Cinémas d'Amérique Latine

Le jeune réalisateur équatorien Mateo Herrera n’est pas inconnu de Toulouse, notre ville rose. En 2002, il présentait son premier long métrage “Alegria de una vez” dans le cadre des Rencontres. Il revient cette année avec “Impulso”, “l’Élan” en Français.

Le jeune réalisateur équatorien Mateo Herrera n’est pas inconnu de Toulouse, notre ville rose. En 2002, il présentait son premier long métrage “Alegria de una vez” dans le cadre des Rencontres. Il revient cette année avec “Impulso”, “l’Élan” en Français.

 

Réalisme, métal, noir et blanc. Le film annonce d’emblée la couleur de son essence. Il retrace l’histoire de Jessica, une adolescente gothique de 17 ans vivant à Quito chez sa grand-mère et sa tante. La jeune fille décide de partir à la recherche de son père, qu’elle n’a pas connu, pour découvrir ses origines. “A travers cette quête familiale, Jessica part à la découverte d’elle-même, de son identité propre”, explique le réalisteur. En se réfugiant chez son oncle paternel, elle va rencontrer son cousin, et l’amour par la même occasion. Amour qui semble avoir été absent de son quotidien à dominante féminine. “La seule personne ayant créé des liens forts avec Jessica est sa meilleure amie, son refuge. À la rencontre de son père, un monde plus masculin, ses relations avec les hommes deviennent plus positives qu’avec les femmes”.

 

Une crise identitaire d’adolescente, tout ce qu’il y a de plus normal, en somme. Mais le cinéaste raconte qu’au-delà du personage, il a voulu traiter le déchirement familial -une situation courante en Équateur- comme une trame à reconstruire dans le scénario. “Je voulais mettre l’accent sur la réalité de ce conflit, pour l’avoir vécu moi-même lorsque j’étais adolescent et que j’habitais avec mes grands-parents”.
L’objectif du film : “une plongée dans les profondeurs de l’inconscient, du point de vue du personnage mais aussi du public”. Ce plongeon, Jessica l’effectue en s’immergeant dans un monde fantastique, se délestant du “normal” pour mieux atteindre son for intérieur. Il confirme : “ Je voulais montrer le monde intime du personnage comme un reflet du réalisme social latino américain. Le processus de cette quête ne pouvait se traduire cinématographiquement que par le biais d’éléments magiques et fantastiques. Jessica cherche son identité aux niveaux physique, conscient mais aussi inconscient, jusqu’à ce qu’elle rencontre le désir et l’amour”.
Résultat d’un processus de deux années, dont trois semaines de tournage, ce film “anamorphique” soigne ses aspects techniques visuels et sonores.

 

En évoquant la situation du cinéma équatorien, Mateo Herrera exprime sa satisfaction quant à la création d’un fond de l’État destiné au cinéma il y a deux ans. “L’intérêt croissant du public équatorien répond à l’émergence de nombreux projets”. Pour l’heure, il est heureux d’être sur le festival et non, il ne “regrette rien”.

Noémie ANTONY

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