Don Quichotte ou le vertige de Sancho

Don Quichotte même si on ne l’a pas lu, et c’est mon cas, on sait que c’est un type  qui s’attaque à des moulins, qu’il est maigre, à cheval  accompagné d’un valet  rondouillard qui, lui, est à dos d âne.

Don Quichotte même si on ne l’a pas lu, et c’est mon cas, on sait que c’est un type  qui s’attaque à des moulins, qu’il est maigre, à cheval  accompagné d’un valet  rondouillard qui, lui, est à dos d âne. On sait aussi que c’est un roman de l'auteur espagnol Cervantès, de plus de mille pages écrit dans une langue du 16 eme siècle. Alors aller au théâtre en voir une représentation ? On doute :ça va être long, on ne comprendra rien…sauf à aller au Théâtre de L’Echangeur à Bagnolet et à se laisser emporter dans l’univers halluciné de« Don Quichotte ou le vertige de Sancho ».C’est à partir de la traduction d’Aline Schulman que le metteur en scène Régis Hebette  a  adapté ce Don Quichotte. Une traduction limpide et pleine d’humour, qui rend l’oeuvre totalement accessible. Une mise en scène prodigieuse d’invention et de finesse, avec pour commencer l’idée de démultiplier la figure de Don Quichotte :Trois Quichotte, trois frères,  pour  faire tourner la tête d’un  Sancho  entraîné bon gré malgré dans un voyage qui se révèlera véritable parcours initiatique vers les portes de l'errance comme liberté suprême . Droits dans leurs mocassins, les Quichotte Fabrice Clément, Marc Bertin et Sylvain Dumont, sont aussi émouvant que drôle. Ils chantent leurs déboires façon Tri Yann , jouent de la mandoline, du pipeau , des percussions, tombent avec grandeur, toujours sublimes  dans la chute. Ils  inventent sans cesse le monde, comme  pour se convaincre qu’il vaut la peine d’être vécu, face à un Sancho Panza , homme sans éducation, mais plein de bon sens. qui use ses espadrilles à courir derrière son maître et pose les  vraies questions du type: Qu'est-ce qu’on mange ?( Pascal Bernier superbe en Candide). Deux tréteaux et une planche font une excellente table de mixage pour DJ  experts en galop de cheval à dix doigts. Un panneau en bois sur lequel un cheval est dessiné à la craie, et l’un des Quichotte dont on ne voit que le buste nous transportent dans un western désopilant. Les jeux d’ombres et les éclairages de Saïd Lahmar renforcent les effets d’échelle. Régis Hebette trouve ici matière à affirmer son talent à faire un théâtre Arte Povera, où l’économie de moyens est acte politique.  Quichotte  ne produit rien, héros de la décroissance, il s’autoproclame chevalier et va se battre contre des moulins, non pas parce qu’il et fou mais pour nous dire l’insensé des armées, de l’argent, des hommes. Sur un grand panneau noir ,il peint à l’aide d’un pinceau plein d’eau la forêt dans laquelle il va se perdre. Quelques minutes plus tard elle s’est évaporée. Don Quichotte ou le vertige de Sancho  » : un rêve éveillé.

 

Jusqu’au 19 octobre au Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet

Tél :01 43 62 71 20

info@lechangeur.org

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.