Les palmiers sauvages

 © Samuel Rubio © Samuel Rubio

Les deux acteurs, magnifiques Laurent Papot et Déborah Rouach,se courent après, en tenue d'Adam et Eve high-tech, ils n'ont que la ceinture qui portent la batterie de leurs micros HF. Pris dans les flashs de lumière comme les animaux sauvages soudain pétrifiés par les phares d’une voiture, ils courent d’un matelas en mousse  à un sommier à ressort, avides  de s’aimer, jusqu’à épuisement. Eux ce sont Charlotte et Harry,  les deux amants des palmiers sauvages,adapté du recueil de nouvelles de William Faulkner "si je t'oublie Jérusalem".  Un coup de tonnerre et un éclair déchirent l’espace, coup de foudre , qui va faire quitter à Charlotte mari et enfants, et interrompre les études de médecine de Harry . Leur cavale amoureuse les transporte d’une baraque de la Nouvelle Orléans à l’état de l’Utah. Sur le mur du fond, on la voit au bord de la mer , au bout d’une jetée. La vidéo les reprend aussi parfois sur la scène, en night-shot, ce qui accentue le côté traquée des amants, prisonniers de leur désir fou. Il y a les matelas et des chaises empilées, une étagère au drôle d'équilibre qui supporte des boîtes de métal, des casiers de bière. Charlotte et Harry vivent d’amour et de bière fraîche tant qu’ils travaillent à aimer comme il est écrit en ouverture du deuxième acte. Ils ne jurent de ne jamais devenir un couple avec enfant, boulot , dodo. Hélas, la nature en décide autrement et la fin sera tragique. Les palmiers sauvages décrivent le parcours d’une femme  qui se donne entièrement, sans concession, prête à tous les sacrifice pour écrire sa loi du désir . C’est elle qui réclamera l’avortement au péril de sa vie. La troisième partie intitulée  «recoller les morceaux» est marqué de coups de marteaux et des cliquètements de la machine à écrire sur laquelle Harry essaient vainement d’écrire ses romans de gare pornos.  Tout en suivant un découpage classique en trois actes,  la metteuse en scène, Séverine Chavrier fait basculer ses acteurs d'une scène à l'autre comme on navigue en haute mer, dans de claquements de vents et des flashs de lumière et sans gilets de sauvetage. C’est un spectacle déchaîné quelle conduit. Egalement musicienne, elle fait de cette passion un tsunami sonore et visuel, épaulée par le travail remarquable scénographe Benjamin Hautin , de l’éclairagiste  David Perez et du créateur sonore de Philippe Périn .Des feuilles mortes tombent des cintres et recouvrent la scène. Le plateau se noie dans la brume comme dans des photos de Gregory Crewdson. Dans le calme terrible qui suit la tempête, Harry sur le bord du lit ensanglanté murmure «Je ne suis pas un assassin». Un homme hébété par la puissance d’une femme qui se sacrifie sur l'autel de la passion.

Jusqu'au 12 décembre au Nouveau Théâtre de Montreuil  . Tél: 01 48 70 48 90/ contact@nouveau-theatre-montreuil.com

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